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dimanche 13 octobre 2013

Castaways on the moon by Albé

Au pays de l’oncle Sam-Sung, le cinéma respire l’originalité, la poésie et la qualité par-dessus tout. Le réalisateur Lee Hey-jun ne déroge pas à la règle. En 2009, il signe son prometteur et premier long métrage intitulé Castaways on the moon (les naufragés sur la lune).

L’excentricité totale des personnages est au rendez-vous. D’un côté, il y a Monsieur Kim, l’homme déchu, incapable de briller en société. Sur le plan affectif, personne n'est là pour l’épauler. Sur le plan professionnel, sa piètre carrière ne lui permet pas de rembourser les intérêts de son emprunt. C’est un homme délaissé et brisé, prêt à en finir avec ce supplice qu’est la vie. De l’autre côté, nous découvrons une mystérieuse jeune femme. Elle n'a pas de nom. Personne ne sait qui elle est ni même si elle existe vraiment. Elle-même ne le sait pas. Et pour cause, elle évite tout contact avec le réel et les autres. Voilà déjà trois longues années que la jeune femme reste cloitrée dans sa chambre à contempler la lune. C’est une Hikikomori.


Dans ce film, les prises de vue sont d'un esthétisme remarquable. Les instants de vie sont capturés comme de véritables tableaux.

L’histoire est celle de deux êtres submergés par le malaise et le mal être social. Dépassés et accablés par la société, ils ne se sentent plus à leur place au sein de la fourmilière humaine. Leur utilité, leur identité sociale est mise en cause. Pire encore, cette identité sociale a disparue peu à peu pour laisser place aux sentiments de solitude et d’exclusion. Nos deux protagonistes sont devenus des étrangers, des extraterrestres.

Quant au scénario, il se révèle tout aussi improbable et énigmatique que les personnages. Du haut d’un pont, Monsieur Kim tente de tuer sa honte en se jetant dans la rivière. Cependant, la rivière ne veut pas de lui et le rejette comme un vulgaire déchet humain sur l'île de Bam, petit territoire inaccessible en plein cœur de Séoul. Par un concours malheureux de circonstances, voilà Monsieur Kim contraint de se la jouer Robinson Crusoé. D’où il se trouve, le naufragé sait pourtant apercevoir les autres mais il est dans l’impossibilité de les contacter, de leur demander de l’aide. Et c’est ici que réside tout le talent et l’ingéniosité du scénariste. Désormais, l’éloignement avec les autres n’est pas seulement mental. Il est aussi physique, ce qui accentue encore d’un cran la distance qui sépare Monsieur Kim du reste du monde. Bingo ! La métaphore est sublime.



Le point de départ est donné pour une série d’aventures tout aussi rocambolesques les unes que les autres. Les dialogues se limitent pratiquement aux voix-off. Les deux acteurs monopolisent l’écran, quitte à se trouver dans l’obligation de surjouer. Le drame s’allège et devient presque drôle. On a même droit à quelques débordements scatophiles. Nul ne sait où cela va-t-il bien pouvoir mener. Le héros n’a finalement plus trop l'air de se déplaire sur cette île, devenue entre-temps sa nouvelle maison.

Cependant, quelque chose de basique manque terriblement à Monsieur Kim. Et l’envie d’y subvenir le torture de manière irrépressible. Là où cette envie pourrait être comblée de façon tout à fait ordinaire dans un monde civilisé, la chose se complique fortement au beau milieu de nulle part. Cela vire à l’obsession et bientôt Monsieur Kim se lance dans un défi aussi irréalisable que celui de "faire revivre les dinosaures à partir de l’ADN extrait chez les moustiques fossilisés". Mais après tout, vouloir l’irréalisable n’est peut-être pas si risible. L’enjeu pourrait être bien plus crucial qu’il n’y parait. Peut-être est-il question de se prouver à soi-même de quoi on est capable au moment même où l'on se sent bon à rien.


Comme dans Seul au monde, Monsieur Kim éprouve la nécessité du partage social. L'objet prend alors vie par substitution.

D'après moi, ce film frôle la perfection. Le scénario est orchestré d'une main de maître. De plus, La profonde fragilité des personnages est extrêmement touchante. Malgré la bizarrerie de la situation et la caricature des personnages, le réalisateur parvient à nous attacher pieds et poings liés à ces deux grands inadaptés de la vie. Comme quoi, la folie n’est rien d’autre qu’un état normal exacerbé. La fissure révèle ce qui sommeille en nous.

Je crois pouvoir affirmer sans trop m'avancer qu'il s'agit de ma plus belle découverte cinématographique 2013 ! Du Grand Art !

Hasta La Vista by Albé

J'en avais déjà parlé il y a quelques mois sur un autre secteur mais je crois qu'il serait bon de vous en reparler plus longuement ici, histoire que vous ne passiez pas à côté d'une telle merveille.

Hasta la vista est sans aucun doute ma plus belle découverte cinématographique de 2012. Et je ne suis pas le seul à en dire que du bien. Primé par de nombreux festivals et extrêmement bien accueilli par la presse et par le public, le film est distribué par un Claude Lelouch bluffé :

En attendant de faire une master class, je rentre dans une salle de cinéma au hasard. Une projection débute, je ne sais absolument pas ce que je vais voir. Jusque là, rien d'extraordinaire. Car quand je prends place dans mon fauteuil, je suis très loin d'imaginer qu'il va se mettre à rouler et que je vais être projeté dans le monde de ceux que je regarde rarement au fond des yeux. Et c'est le contraire qui se produit, c'est un homme aveugle que je vois me fixer à travers l'écran de mes préjugés. Prendre un tel pied en découvrant un film auquel je ne m'attendais pas, mais alors pas du tout, m'était rarement arrivé.



Ce film flamand à petit budget souffre de la comparaison faite avec Intouchables, sorti pratiquement en même temps. Pour ma part, je vous dirai d'oublier tous vos a priori. Ce n'est absolument pas comparable. Intouchables ne fait pas le poids face à ce chef-d’œuvre, et je pèse mes mots. Cette fois-ci, pas question de plaire au tout public. Le seul objectif de ce film est d'être vrai et sans superflu, quitte à être cru.

Notez que les flamands ne tolèrent aucune traduction, aussi bien dans un sens que dans l'autre. Ce sont des partisans absolus de la version originale sous-titrée. Mais le film n'est pas entièrement en flamand car il y a une francophone dans l'histoire. Cela sera d'ailleurs sujet à des plaisanteries sur l'éternel conflit entre wallons et flamands. Mais inutile d'être belge pour comprendre que même des minorités comme les handicapés peuvent être xénophobes.

Le sujet abordé est lourd et peut de prime abord rebuter par son côté tabou : le handicap et la frustration sexuelle générée par le handicap. À l'heure où l'on songe seulement à parler d'une telle problématique / pendant qu'au Pays-Bas par exemple, on subventionne déjà des programmes d'assistance sexuelle pour les personnes handicapées / ce film a de quoi être choquant. Mais ne vous y trompez pas, le sujet est traité avec une simplicité remarquable. Aucun hermétisme, aucun voyeurisme, les sentiments éprouvés par les personnages sont tout de suite accessibles. De plus, l'histoire a beau être dramatique, elle est allégée par un humour décapant, contrairement à Philadelphia où là on s’apitoie sur le sort d'un sidéen du début à la fin. Ici, c'est avant tout une comédie absolument déjantée présentée sous la forme d'un roadtrip avec la profondeur en bonus. Il y a en donc pour tous les goûts. Ainsi, comme le souligne très justement le réalisateur Geoffrey Enthoven, il s'agit d'un roller coaster d'émotion, d'une véritable montagne russe où l'on passe des rires aux pleurs. Impossible d'en sortir indemne. Les acteurs n'en sortent pas indemnes non plus. La difficulté à se déplacer sur une chaise roulante, l'incompréhension et le regard de pitié des autres sont des réalités quotidiennes du handicap qu'ils ont pu ressentir durant le tournage (voir interview sur youtube).

Comme sous-entendu ci-dessus, les acteurs ne sont pas réellement handicapés, ce qui ne se devine absolument durant le visionnage du film et démontre par la même occasion leur talent.



L'histoire est celle de trois jeunes garçons puceaux âgés d'une vingtaine d'années, tous les trois handicapés moteurs : un malvoyant, un paraplégique et un cancéreux avec une mobilité réduite. Rien ne le distingue des autres hormis leur handicap. Ce sont des gens normaux avec des besoins normaux coincés dans un corps qui leur fait défaut. Mais personne de leur entourage n'est prêt à l'admettre. À l'insu de leurs parents, les trois jeunes hommes vont donc entreprendre une virée à destination de l'Espagne et d'El Cielo, un bordel spécialisé. "Je veux du sexe. Je veux baiser" apparait alors comme le slogan de notre trio de choc. Bien entendu, tout ne va pas se passer comme prévu. Dès l'élaboration du plan, les problèmes de taille s'accumulent et cela génère des situations parfois drôles et parfois bouleversantes. Mais peu importe les problèmes, l'obstination d'en finir avec la virginité est plus forte que tout. A l'évidence, il est question ici de bien plus qu'une simple partie de jambes en l'air. Il s'agit avant tout de se sentir reconnu en tant qu'être humain avec des besoins charnels de tendresse et de bestialité ou plus généralement, des besoins d'Amour.

Quant à la bande sonore, elle est irréprochable et prenante, à l'image de tout le film en définitive. Difficile de vous trouver les morceaux qui la compose mais il n'y a que du bon. En guise d'introduction, nous avons droit à un fabuleux son pop rock sur fond de roploplos qui rebondissent. Ensuite, le ringard Joe Dassin est remis au goût du jour et puis il y a aussi ce morceau de Papermouth qui pourrait faire vaguement penser à quelques chansons soft de Marilyn Manson.

Ne passez pas à côté d'une telle réalisation et de ce véritable concentré de richesse humaine ! Vous ne le regretterez pas, je m'y engage !

Enfin et quitte à m'éloigner légèrement du sujet principal, j'aimerai également vous faire part de ce sketch sur les handicapés de Jérémy Ferrari et Guillaume Bats. C'est un humour noir et corrosif, à l'image du film. Ça ne peut qu'avoir sa place ici.

vendredi 2 août 2013

OST Pump up the volume by Albé

Sous les conseils avisés de ma chère et tendre Lisa, l'experte en Teen Movie, j'ai visionné un classique du genre datant de 1990 (Entendez nonante, je suis belge et c'est bien plus facile et plus beau à dire que quatre vingt dix !). Le film s'intitule Pump up the Volume. Niveau casting, Dylan et Misaki seront ravis d'apprendre que Christian Slater y tient le rôle principal.



L'histoire est celle de Mark, un lycéen new-yorkais contraint de suivre ses parents dans un trou perdu du désert de l'Arizona. Absolument aucun intérêt de bâtir une ville dans cet endroit. La ville ne doit son existence qu'à la présence des pipelines (à prononcer à l'anglaise s'il-te-plait Tonsexe). Coupé du monde, Mark se sent à l'étroit. Au lycée, il ne fait pas de vagues et joue la carte de l'élève discret et studieux. A la maison, il se révèle anonymement sur une station radio pirate qu'il anime tous les soirs. Mark se transforme alors en Happy Harry la trique (ou Happy Harry Hard-on). Sur les ondes, il confesse tout : ses craintes, ses envies, ses colères, ses dégoûts. Tout y passe. Cela va du plaisir onaniste qu'il simule en direct au dégoût profond du système qu’il témoigne notamment lorsqu’il appelle le conseiller d’orientation. Au départ, personne ne prête réellement attention à son émission. Et puis très vite, les fans se rassemblent et font d’Harry leur icône, celle d'une jeunesse qui se lève en signe de protestation, comme ce fut le cas pour les élèves de Monsieur Keating. Bientôt, des enregistrements de l'émission sur cassette audio s'échangent dans la cour de récréation et tout le monde s'interroge sur l'identité de l'animateur improvisé. Les débordements du jeune homme finissent par agacer les autorités ou plus exactement, les adultes. Il faut que cela cesse au plus vite et que la jeunesse rentre à nouveau dans les rangs. Toutefois, la jeunesse ne l'entend pas de cette oreille et soutient sa vedette locale. Elle souhaite faire entendre son opinion et gonfle le volume pour y parvenir, quitte à ce que cela dérape à l’affrontement.

Mon avis sur le film est mitigé. Les dialogues manquent un peu de profondeur. Cela transpire la vacuité, ce qui n’est pas le cas du Cercle des poètes disparus, sorti un an plus tôt. Mais je ne dirai absolument pas que le film est sans intérêts. Au contraire, il y a de la matière : le sexe, l'homosexualité, le suicide, les dérives d'un système éducatif qui devrait songer à s'orienter lui-même avant d'orienter les jeunes,...

Selon moi, l'intérêt majeur du film ne se situe pas dans les dialogues mais bien dans la programmation musicale choisie par Harry la trique. C'est là que se trouve toute l'émotion et le contenu. La chanson centrale du film est interprétée par un Léonard Cohen on ne peut plus blasé. Et pourtant, impossible de s'en lasser tellement le morceau prend aux tripes. C'est un peu comme une magnifique pomme rouge écarlate avec un ver bien enfoui à l'intérieur :

Everybody knows
Tout le monde le sait
Everybody knows that the boat is leaking
Tout le monde sait que le bâteau fuit
Everybody knows that the captain lied
Tout le monde sait que le capitaine a menti
Everybody got this broken feeling
Tout le monde a ce sentiment de déchirement
Like their father or their dog just died
Comme si leur père ou leur chien venait de mourir

Dans la même veine d'amertume et de désespoir à revendre, il y a cette autre chanson de Leonard Cohen un peu plus difficile à entendre : If it be your will. Ce n'est pas de votre goût ? Ne partez pas avant d'avoir écouter la suite du registre. Il y a de quoi donner la trique :

Why can't I fall in love - Ian Neville
Wave of mutilation - Pixies
Freedom of speech - Above the law
Girls L.G.B.N.A.F - Ice-T, celui des experts
Me and the devil blues - de Robert Johnson et repris par les Cowboy Junkies

Pour la bande son complète, voici le lien ! Bonne écoute !

vendredi 5 avril 2013

Submarine by Albé & Lisa

Salut CIN !

Dans cet article, vous aurez deux points de vue sur Submarine, un film de 2010 par le réalisateur et acteur britannique Richard Ayoade, puisque je l’ai vu sur le conseil d’Albé (même si j’en avais déjà entendu parler, bref). On a donc décidé d’écrire une propa sans se consulter pour ne pas s’influencer, donc voilàààà !

De quoi que ça parle ? C’est quoi cette histoire de sous-marins ? Eh ben c’est encore (promis, la prochaine fois je change de registre), un teen movie. Centré sur le personnage d’Oliver Tate, quinze ans, le film se déploie en plusieurs chapitres qui mettent en parallèle deux histoires de couples : celui du jeune garçon avec Jordana Bevan, et celui de ses parents, qui bat de l’aile. L’action ne prend pas place à notre époque, mais à la fin des années 80, d’où un léger décalage qui a son intérêt. Mais en réalité, ce résumé ne dit pas l’essentiel du film, qui tient selon moi à la présence d’une voix-off parfois étonnante, et vous voyez que je dérive déjà vers mon point de vue.



Vu par Lisa :

Ce film me laisse un peu perplexe. Après un second visionnage, je peux définitivement dire que j’ai apprécié, mais cela ne m’a pas empêchée de voir un certain nombre de défauts, ou tout du moins de procédés un peu agaçants. Tout d’abord, il y a dans ce film un très grand nombre d’effets de style (du type filtres, impression de film tourné en super 8, prise de photos en polaroïd…) qui se justifient et participent de l’atmosphère générale mais m’énervent quand même du fait que le retro joue aussi indéniablement comme mode. Bon… en fait, je crois que ce retour dans le temps fonctionne globalement, même si certains éléments ne prennent pas.

Il en va de même concernant le personnage principal, et je pense que c’est ce qui arrête mon avis général sur le film : il y a une recherche d’originalité qui se solde à la fois par une stimulation de l’intérêt du spectateur et par un effet d’étrangeté qui au contraire empêche d’adhérer totalement au film. Ainsi, le personnage d’Oliver ne prend pas tout à fait corps selon moi, il reste trop bizarre pour être réel, et les relations entre les personnages sont de même frappées d’irréalité, ils restent des abstractions malgré le fait qu’on soit plongé dans leur intimité. A plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de voir un film qui se déroulerait dans un monde de rêve, et c’est peut-être ce qui fait que j’ai aimé ce film au final. Même s’il n’y a aucun élément fantastique dans Submarine, je crois que je le rapprocherais volontiers de Donnie Darko. Beaucoup de choses intéressantes dans ce film donc, mais un film que j’ai plus aimé pour ses défauts que pour ses qualités : à savoir essentiellement son souci de perfection esthétique (images léchées, bande son sirupeuse, beurk) et son regard ironique sur les codes du teen movie, qui aboutit à une volonté de s’en démarquer. Pour moi, ces deux efforts ne prennent pas. Ce qui prend, c’est la fragilité de ce film, son aspect bancal, composite, son étrangeté irréductible, ses réticences à nous laisser percer l’enrobage sucré.

Vu par Albé :

Dévoué à CIN comme je le suis, je n’ai pas hésité à revoir le film pour vous faire part de mon opinion. La première chose à dire, c’est que le film se laisse facilement regarder. J’ai à nouveau accroché. Alors oui, ce n’est pas un Grand film et il ne plaira pas à tout le monde, en particulier parce que le personnage principal est un ado auquel il n’est pas facile de s’identifier. Pour ma part, pas trop de mal puisque j’étais un peu comme lui à son âge.

L’ado en question (Oliver) est du style intellectuel pathétique, assez déconnecté du moment présent, perdu dans ses pensées. Il passe son temps à analyser, à s’observer lui et les autres et à chercher des réponses à ses trop nombreuses questions. Certes, la plupart des ados le font mais lui, le fait de manière compulsive et ininterrompue. A un tel point que l’ado reste replié sur lui-même, effacé. Il subit mais n’agit pas. Son corps lui est étranger. Il vit en dehors de lui-même. C'est d'ailleurs pour cette raison que la voix off est omniprésente dans ce film.

Solitaire mal assumé puisqu’il rêve en secret de Jordana, une gamine au fort caractère, un peu bourrue, sans véritable charme (ou du moins pas encore). Mais pour Oliver, c’est Elle et pas une autre. L’histoire aurait très bien pu en rester là. Notre héros n’est ni un Apollon ni un audacieux, bien au contraire. Au lieu de tenter sa chance, il reste là bêtement avec son air de merlan frit à contempler cet amour platonique impossible. C’était sans compter sur le pouvoir des filles. Mais oui, vous savez, le fameux pouvoir de décider à votre place. Jordana force la main d’Oliver et sans trop savoir pourquoi ni comment, voilà que l’étrange couple se forme. La suite est à découvrir.

Tout ce que je peux vous dire d'autre, c’est que le film décrit bien l'ambiance et le ressenti de l'adolescence. Mais il se perd dans sa fâcheuse tendance à exploiter un peu trop les personnages secondaires, en l’occurrence les parents d’Oliver. Certes, ça permet de voir que les parents sont loin d’être un exemple pour Oliver. La défaillance du modèle parental est flagrante, en particulier pour le Père (interprété par Noah Taylor, ultra convaincant dans son rôle de dépressif au bout du rouleau). Mais de là à en faire toute une autre histoire en parallèle, c’est s’égarer dans l’inutile. Autre travers du film (ou pas): son côté très British. Les personnages sont caricaturés, excentriques, surréalistes. On aime ou on n’aime pas. D'ailleurs, ça me fait penser que le cinéma britannique est très souvent lié à l'Eau d'une manière générale : les anoraks, la pluie, les bords de mer, le grand large,... On se demande vraiment pourquoi !

Personnellement, j'ai fait abstraction des défauts du film parce qu’au final, Oliver n’est pas si stupide et le film non plus d’ailleurs. Il y a même quelques métaphores qui sont vachement intéressantes et je pense en particulier à la comparaison entre l’adolescence et la vie sous-marine. Ca manque d’air, on a l’impression d’être en apnée, d'étouffer. Faut pas être claustrophobe. On peut rester au fond un moment et même se sentir carrément couler, sombrer dans les abysses de l’Océan. Et puis surtout, on ne se sent pas dans notre élément. Autre idée sympa du film, celle de l’imperceptibilité des ultrasons, tout comme l'imperceptiblité des pensées des autres. Ne pas comprendre les autres est bien là une des plus grosses craintes de l'adolescence.

Pour finir, j'ajouterai que la bande son vaut le détour. Celle-ci est composée par Alex Turner, le leader des Artic Monkeys. It's Hard To Get Around The Wind est de loin ma préférée du film.

jeudi 14 mars 2013

The NeverEnding Story by Albé

"Imageries de rêves d’enfants à la Spielberg, super technologie d’effets spéciaux à la Lucas, fantasmagorie philosophique à l’allemande." (Gilles Colpart)


Injections de colorants dans l'eau pour le ciel et les nuages.

L’Histoire sans fin est un roman de l’auteur allemand Michael Ende (1979). Plusieurs déclinaisons ont fait suite à l’œuvre originale : trois films par trois réalisateurs différents et une série animée plutôt sympa de 26 épisodes correspondants aux 26 chapitres du livre. Parmi les films, deux sont des navets. Seul le premier est digne d'intérêt. Sorti en 1984 et réalisé par Wolfgang Petersen, cette adaptation cinématographique ne reprend que la première moitié du livre.

Pour l’époque, ce film est une méga production : 27 millions de dollars. A sa sortie, il s’agit tout simplement du film le plus cher jamais réalisé en Allemagne. A titre de comparaison, les budgets réunis de E.T l’extraterrestre (1981) et Gremlins I (1984) n'ont pas dépassé les 21,5 millions de dollars. Concernant les effets spéciaux, c’est le britannique Brian Johnson qui s’y colle. Et ce n’est pas n’importe qui puisqu’il a déjà contribué dans une certaine mesure à 2001 : l’Odyssée de l’espace ou encore Alien, le huitième passager.

Et pour ce film, l'équipe technique a eu fort à faire tant au niveau des décors que des personnages. Un exemple parmi d'autres: pour créer le personnage de Falkor, il a fallu inventer une créature motorisée de 13 mètres de long avec une tête de plus d'un mètre et recouvrir ensuite l'ensemble de fourrures et d'écailles. Certes, le résultat est loin d'être le plus réussi et ne colle même pas au livre (Falkor n'a jamais eu de tête de chien). Mais c'est aussi le charme du vintage. Rappelons qu'en 1984, on ne dispose pas de moyens technologiques ultra pointus. L'animation n'est pas vraiment là pour prendre le relai quand la mise en scène se complique. Voilà donc un travail assez remarquable.

Les personnages

Venons-y justement aux personnages, un des gros points forts du film. Les personnages sont tous originaux, hauts en couleur et avec des caractères biens singuliers. Petit aperçu de quelques-uns d'entre eux :


Falkor, le dragon porte-bonheur & Atreyu le chasseur de bisons pourpres (sans la peau verte d'origine parce que les maquilleurs étaient vraiment trop nuls)
La chauve-souris géante narcoleptique et l’Elfe des nuits


L'escargot géant de course et son maître Uckûck (incarné par Deep Roy, l'Oompa-Loompa dans Charlie et la Chocolaterie)
Le golem mangeur de pierre (plat préféré: l'escalope de quartz)

Pour laisser la surprise intacte, j’oublie volontairement de vous parler d'Engywook, Urgl, Moorlah, Gmork,... Voilà donc un univers fantasy extrêmement bien développé. Et là où l'histoire marque encore des points, c'est qu'il ne s'agit pas d'un pur divertissement comme dans la saga Harry Potter, bien trop lisse à mon goût. Non, ici, il y a toute une force symbolique sous-jacente.

Pour expliquer cette force, encore faut-il parler de l’histoire : Bastien Balthazar Bux (BBB) est un jeune garçon endeuillé par la perte de sa mère. C’est un enfant solitaire (par choix contraint) qui aime se réfugier dans les livres. Un jour, par le plus grand des hasards, il tombe sur un livre intitulé L’histoire sans fin. Ce livre l’interpelle énormément. En effet, il s’identifie au héros du livre : Atreyu, un petit garçon comme lui, dont le but est de sauver le monde de Fantasia et ses habitants. Et la menace pèse lourd sur Fantasia. Le Néant est en train d'engloutir tout sur son passage.

Du Néant, il en est également question pour Bastien depuis la mort de sa mère, son objet d'amour le plus cher. Bastien n'arrive pas à s'en remettre. Cette perte subite et tragique le dévore de l'intérieur. Il est sur le point d’être anéanti. Sa vie psychique est profondément menacée, bouleversée. Voilà bien là un parallélisme évident entre Bastien et Atreyu. Pour être encore plus précis, Bastien et Atreyu ne font qu'un. En lisant l'histoire d'Atreyu, Bastien est en train de se regarder dans le miroir. Autrement dit, la quête d'Atreyu est celle de Bastien. Ce qui se déroule à Fantasia est la transposition de ce qui se passe dans la tête de Bastien. Et c'est bien là toute la richesse et la complexité de l’œuvre.

Seulement voilà, l’œuvre d'origine est d'une telle envergure que Petersen ne s'est pas fait que des amis en y touchant. Et c'est peu dire. Furieux, le papa de l’œuvre originale n'a même pas voulu que son nom figure au générique de fin. On l'aperçoit néanmoins en lettres minuscules.

La faiblesse du scénario est le principal reproche émis à l’égard du film. Et c’est plutôt vrai. Petersen passe d’une scène à l’autre avec une vitesse affolante. Pas le temps de s'imprégner de l'ambiance, tout va en accéléré. Le résultat donne des situations plutôt cocasses. La scène du marécage en est l'exemple typique. Voilà une scène qui a traumatisé une génération entière de gosses. Personnellement, ce rythme effréné ne me dérange pas. On n'a pas le temps de s'ennuyer, rien n'est tiré en longueur. Mais tout de même, la vitesse à laquelle se déroule l'histoire est un peu trop exagérée. Pourquoi faire un film de seulement 95 minutes quand il y a autant de matière à travailler ? L'absence de fidélité est un autre reproche adressé au réalisateur. Les lecteurs le confirment. Des passages entiers du livre sont sautés sans oublier que la deuxième partie du livre n’est même pas prise en compte. Pourquoi dans ce cas ne pas avoir fait de suite ? Dommage comme le précise Michel Chion (charmant comme nom) : "L’histoire sans fin est… tout juste l’album-souvenir photographique du vrai film féérique qu’il aurait pu être."

Au final, la critique est facile. Le potentiel de l'histoire est peut-être mal exploité, certes. Mais peu importe la forme, le film a le mérite d’exister et de présenter un réel contenu, ce qui est rare. Qu’un réalisateur actuel tente seulement de faire mieux ! Je demande à voir ! En attendant, pour les mécontents, le film est toujours une excellente porte d’entrée vers le livre.


Le précieux médaillon d'Auryn en forme de double Ouroboros, symbole d'éternel recommencement

Une question reste en suspens : Pourquoi l'Histoire sans fin n'a-t-elle pas de fin ?

Selon moi, il s’agit à nouveau du décès de la mère de Bastien et du désastre que cela entraine chez cet enfant. Depuis cet événement, Bastien vit dans un monde en ruines. Plus aucune prise, plus rien pour s’accrocher. Le vide laissé par la mort l'attire irrésistiblement (Thanatos et la pulsion de mort). Mais au bout du compte, Bastien parvient à s’arracher de là, à dire au revoir à l’être qu’il a tant aimé. Il est enfin prêt à aimer quelqu’un d’autre. Il se l'est imaginé. Après le silence funeste, place au bruit de la vie (Eros et la pulsion de vie). Le processus du deuil est bouclé. La vie reprend son cours. Mais au-delà de tout ça, l'infini fait référence directe à l'Imaginaire qui n'a de limite que celle qu'on veut bien lui accorder. L'imaginaire, c'est cette force créatrice qui a été nécessaire à Bastien pour se réinventer.


Voilà donc une Histoire sans fin n'ayant pas fin et se dégustant avec faim.

FIN


"Tout ce qui est imaginaire est vrai." (Eugène Ionesco)


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Source 1 : Résumé et Analyse psychanalytique du film

Source 2 : Fiche technique du film: synopsis et critiques