Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Monty Pythons. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Monty Pythons. Afficher tous les articles

lundi 25 octobre 2010

La Vie de Brian, les Monty Pythons (1979) by Cowboy

La Providence fait parfois bien les choses. Une simple propa sur Le Sens de la Vie, puis le destin qui me pousse à en écrire une sur Sacré Graal (pour un IS avec CELT), il me fallait donc conclure cette [Bio] non officielle des Monty Pythons, et c’est avec la Vie de Brian, pour ceux qui ne seraient pas au courant de la courte filmographie de la troupe, que je vais finir en apothéose. Ou pas. Parce que la Providence, donc, ou peut-être même la Main de Dieu (hin hin hin) m’a aussi fait rédiger ces propas dans l’ordre décroissant de ma préférence. Fort heureusement pour ceux qui seraient déjà amateurs du film, mon article se basera, comme les précédents, surtout sur des faits, et mon opinion ne sera émise que brièvement, mon but n’étant pas de vous dégoûter de ce film qui est cultissime et qu’il faut voir de toutes manières pour tout un tas de raisons.


De gauche à droite, les présentations pour ceux qui n’auraient pas suivi :
Michael Palin, John Cleese, Graham Chapman, Eric Idle (en haut), Terry Gilliam, Terry Jones


L’idée a germé pendant la promotion de leur précédent film, Holy Grail. Eric Idle a lancé, d’abord en plaisantant, « Jesus Christ lust for glory », mais l’idée a séduit le reste du groupe (à l’exception de Terry Jones, sceptique à cause de la dimension historique), et les Pythons se sont mis, presque naturellement, à la rédaction d’un nouveau script, effectuant pour le coup de grosses recherches, notamment en visionnant de vieux péplums bibliques type Charlton Eston. Pour cela, auréolé de la gloire de Holy Grail qui a rencontré un certain succès, ils décident d’écrire dans des conditions inédites jusqu’alors : à la Barbade, dans une superbe villa, et tous ensembles autour d’une table. En effet, les Pythons avaient pour habitude d’écrire plutôt en petits groupes, Jones et Palin d’un côté, Cleese et Chapman de l’autre, et Idle et Gilliam tantôt seuls, tantôt en se greffant dans les autres groupes. Après quoi, tous mettaient leurs idées en commun et validaient les idées des autres. Mais pour la Vie de Brian, l’osmose au sein du groupe est telle que c’est ensemble, et non pas en petites factions, qu’ils s’attèlent à la rédaction d’un scénario qui devait d’abord traiter de Jésus.



Il est à noter que les Pythons avaient tous subis dans leur jeunesse une éducation catholique, même Terry Gilliam outre-Atlantique, et qu’ils étaient donc particulièrement au fait des institutions religieuses, des messages tirés des Saintes-Ecritures, et de la façon qu’on avait de les percevoir. Si ils ne s’accordaient pas sur ce qu’étaient la religion et la foi, ils étaient d’accord sur ce qu’elles n’étaient pas, et c’est à l’unanimité qu’ils ont choisis de passer au crible les institutions, l’Eglise, et sa fâcheuse manie à interpréter les sermons dans un but purement matérialiste. La communauté religieuse est aussi vivement critiquée, avec cette tendance à suivre sans réfléchir par soi-même, par paresse et par idolâtrie.
Cependant, ils se sont bien vite aperçus qu’il était difficile de rire du Christ lui-même, et que de toutes façons, son message n’avait rien de risible ni de critiquable. Jésus est donc bien présent dans le film (la seconde scène du film reprend le Sermon au Mont des Oliviers), mais c’est d’un hypothétique messie accidentel, Brian, né par accident dans l’étable voisine de celle du Christ, qu’il est question. Notons que l’une des possibilités de scénario voyait Brian devenir le 13ème disciple, mais ce ne fut pas retenu.



Et là, il faut mentionner quelque chose de simplement singulier et unique dans l’œuvre des Pythons : une intrigue linéaire. L’abandon pur et simple de la forme qui avait fait leur renommée à la télévision : un enchaînement plus ou moins cohérent de sketchs raccordés par les animations de Gilliam. Cette façon de faire était déjà diluée avec Sacré Graal, mais restait présente, notamment avec les digressions consacrées à chaque chevalier et par une utilisation toujours abondante d’animations. Ici, les seules animations sont celles du colossal générique et de la scène des extra-terrestres. Quant au scénario, bien qu’il voit le développement de plusieurs sous-parties, notamment avec l’intrigue consacrée au Front du Peuple de Judée, il reste bien plus linéaire que son prédécesseur, en tout cas, bien plus classique cinématographiquement en terme de structure.


Le front du Peuple de Judée. Pas le front Populaire de Judée, ces foutus séparatistes…

Revenons à la Barbade. Là-bas, les Pythons rencontrent par hasard un ponte d’EMI qui est emballé par leur scénario. Un quiproquo s’installe, et le temps que le grand patron de cette maison de production annonce qu’il trouve le film blasphématoire et qu’il refuse de le produire, les Pythons avaient déjà commencé les repérages et à investir pour les décors et les costumes. Les Pythons s’engagent alors dans un procès, rappelons que John Cleese a une formation d’avocat, et ils parviennent à récupérer ce qui avait été avancé, mais reste donc sans investisseurs alors que le film est déjà lancé. C’est un ami d’Eric Idle qui va leur venir à la rescousse, en décidant de produire à lui seul le film, en créant sa boite de production pour l’occasion, Handmade Films, en hypothéquant notamment sa maison. Cet homme, ce n’est ni plus ni moins que Georges Harrison, qui voulait à tout prix voir ce film, et a, ainsi, payé le « billet de cinéma le plus cher de l’Histoire ».

Une fois les 4 millions de livres de l’ex-Beatle en poche, le tournage commence. Et là, après le désastre d’Holy Grail, c’est une véritable partie de plaisir qui commence, en Tunisie, sous un soleil radieux, avec des horaires très souples. Tout le monde est au meilleur de sa forme, notamment Graham Chapman, qui sort d’une cure pour soigner son alcoolisme, et qui incarne avec un talent monumental Brian, rôle que Cleese convoitait avant qu’on ne lui fasse comprendre que Chapman est tout simplement l’homme qu’il faut, et que Cleese serait quant à lui idéal dans d’autres rôles, comme celui du centurion ou du leader du Front du Peuple de Judée. C’en est aussi fini de la guégerre directoriale entre Jones et Gilliam, qui se contente d’être directeur artistique en laissant Jones et son sens de la comédie régler la réalisation et la direction d’acteur. Enfin, quelques temps auparavant, Lew Grade avait tourné au même endroit sa série Jésus de Nazareth, permettant aux Pythons de recycler des décors, des costumes, et d’avoir des figurants locaux expérimentés (ce qui se ressent lors de la scène de la foule devant Ponce Pilate et Bigus Dicus\Grosus Bitus). Ce film marque l’apogée des Pythons, au niveau populaire et, selon beaucoup, créatif, Cleese et Gilliam avouant ouvertement qu’ils considèrent que c’est leur meilleur long métrage.


Le centurion, Ponce Pilate et Grosus Bitus

Pourtant, c’est, à mon sens, le moins bon des trois, et cela tiens à une seule chose : la vraisemblance de la reconstitution. En effet, on ne peut pas nier que l’aspect plastique du film est relativement réussi, loin d’être parfait, mais suffisamment pour que l’on s’abandonne à cet univers. Or, c’est justement cet ancrage dans la réalité qui devient problématique, à mon sens, dans ce film. Certains gags passent parfaitement, la fausse barbe, la lapidation, mais d’autres paraissent tellement gros, tellement hors de propos, un phénomène que l’on ne retrouve pas dans les deux autres films, où l’on baigne dans un non-sens constant amplifié par le caractère labyrinthique des histoires. Ici, on s’attend vraiment à une reconstitution fidèle, lorsque l’on voit un extrait de la Bible mis en scène, et lorsqu’on en arrive à voyager dans l’espace au beau milieu d’une bataille intergalactique, le non sequitur va peut-être trop loin. Cet aspect, qui n’est que mon ressenti, ne doit pas vous empêcher d’apprécier l’humour toujours aussi truculent, et le message acerbe contre la pensée unique, mais pour moi, le film pêche au niveau purement “filmique“, et je ne parle même pas de l’histoire d’amour qui ne fonctionne pas vraiment dans un tel contexte. Le problème étant peut-être qu’on en vient à oublier que le film est une parodie et que l’on se met à le regarder comme un véritable film d’époque.


Terry Jones, réalisateur, doit faire rire une foule de 500 figurants

Malgré la subversion constante du film à une époque où l’intégrisme religieux était plus important qu’aujourd’hui, le film échappe à la censure en Angleterre, tout au moins au niveau national. Si certaines régions l’interdisent effectivement, la diffusion reste conséquente. Cependant, la promotion obtiendra un coup de pouce assez inattendu, grâce à Mary Whitehouse, catholique intégriste auto-proclamée « gardienne de la morale anglaise », qui critique le film et menace d’intenter un procès pour blasphème (une taupe lui a envoyé onze pages du script, la scène du lépreux, elle ne juge donc qu’à partir de cela). Bien évidemment, cela ne fait qu’attiser la curiosité des gens, et ceux dont les cinémas proches refusent de passer le film n’hésitent pas à faire de longs déplacements pour voir l’objet de la controverse. Quelque part, cela montre deux choses : les gens, avant même de voir le film, montrent que cette mainmise de la religion sur la bien-pensance est déjà en train de tomber en désuétude, mais aussi que les Pythons étaient déjà à l’époque plus populaires que les curés.
Point d’orgue de cette promotion inespérée, l’émission de Tim Rice
, qui voit s’opposer Michael Palin et John Cleese avec Malcolm Muggeridge et l’évêque de Southwark. En fait, les deux Pythons sont bien plus sérieux et investis que les anti-Brian, et les ridiculisent, même si Palin, qui je le rappelle est prétendant au titre de l’homme le plus gentil du monde, atteint un rare niveau d’énervement (cf extrait).


Chacun sa croix…

Aux Etats-Unis, le film fait l’objet de nombreuses protestations. La première manifestation est celle de rabbins, qui accusent les Pythons d’avoir commis un sacrilège en utilisant une coiffe sacrée que porte John Cleese pour la scène de la lapidation. Juste pour ça. Autrement, quelques salles retirent le film, mais, comme en Angleterre, la controverse nourrit la réputation du film et la curiosité des gens, sans compter que des manifestations anti-censure voient le jour. Les Américains et le premier amendement…

Pourtant, les Pythons eux-même se sont auto-censurés, et parmi les scènes coupées, la retenue la plus flagrante se retrouve dans la présentation du commando kamikaze d’Otto, qui arbore déjà un insigne mélangeant swastika et étoile de David, mais qui restent assez peu visible dans la scène où ils apparaissent dans le film, alors que la scène coupée laissait entendre une comparaison entre sionisme et le national-socialisme et mettait particulièrement en avant leurs atours. Gilliam regrette que cette scène ait été coupée, l’opinion des autres Pythons n’est pas connue.


Ledit insigne

Au final, j’aurais juste envie de dire que la Vie de Brian est un semi-échec, et que là où Sacré Graal parvenait à introduire subtilement la problématique de la création, Brian nous rabache avec bien moins de finesse son message sur l’emprise de la religion. Sorte d’exutoire personnel d’anciens pensionnaires d’écoles privées, le film ne m’a pas touché comme les deux autres le font, tandis que du côté purement cinématographique, il me parait trop linéaire pour supporter les débordements typiques du groupe. Reste que si on les prend un à un sans se soucier de l’histoire, certains sketchs restent mythiques, la leçon de Latin (Cleese est aussi un ancien professeur de latin), l’ermite, Ponce Pilate et Grosus Bitus avec leurs accents, l’énumération de ce que Rome a fait pour la Judée, et, bien sûr, la chanson finale, conclusion magistrale pour une crucifixion, le Always look on the bright side of Life d’Eric Idle, et qui, insidieusement, introduit la seule opinion athée de tout un film qui ne présentait jusqu’alors que des faits : You know, you come from nothing - you're going back to nothing.
What have you lost? Nothing!

vendredi 8 octobre 2010

Le Sens de la Vie des Monty Pythons (1983) by Cowboy

Le Sens de la Vie est le dernier film des Monty Pythons, sorti en 1983. Étonnamment, jusqu’à une réédition DVD récente, il ne jouissait pas du même culte en France que La Vie de Brian et Sacré Graal, malgré son succès à Cannes (le Grand Prix, en gardant à l’esprit que les comédies sont rarement primées au festival).



En 1983, les Pythons, sans vraiment s’être séparés, sont plus ou moins partis chacun dans leur coin, mais lorsque Universal propose à John Cleese (le grand brun qui a une démarche bizarre) de tabler une dernière fois sur le succès de la troupe pour se faire quelques deniers, ce dernier s’empresse de rassembler tout le monde pour se mettre définitivement à l’abri financièrement. C’est donc sur ces considérations mercantiles que le film est né. Cela ne veut pas dire que les Pythons ne se sont pas donnés à fond pour fournir le meilleur d’eux-mêmes, mais, peut-être à cause d’une séparation trop longue, ils éprouvent de grandes difficultés à écrire un scénario convenable. L’un d’entre eux, on ne sait lequel, propose alors d’adopter, en relation avec leur thème déjà approuvé du ‘sens de la vie’, un format qu’ils maîtrisent depuis leur série télévisée Monty Python’s Flying Circus, à savoir le film à sketchs (ce qui rappelle leur premier produit cinématographique, La première folie des Monty Python, une simple reprise de leurs plus fameux sketchs destinée au marché Américain).

Résumer ce film, ce serait comme résumer un poème, à chaque nouvelle ligne et à chaque nouveau sketch, une nouvelle idée. C’est d’ailleurs avec un poème résumant les notions développées dans le film que les Pythons sont allés voir les pontes d’Universal avec un projet d’abord intitulé ‘Monty Python’s Fish film’. Car la base du scénario est la suivante : 6 poissons (interprétés par les comédiens grâce à un effet spécial des plus kitsch) nagent tranquillement dans l’aquarium d’un restaurant, lorsque, voyant l’un de leur congénère finir dans l’assiette d’un client, ils se mettent à réfléchir au sens de la vie. Dès lors, de manière complètement fragmentaire et sans autre lien que les 7 âges de l’homme revisités par les Pythons (relisez Shakespeare pour en savoir plus), nous allons naviguer de scénette en scénette, de la naissance à la mort d’un homme, du fin fond de l’Angleterre jusqu’au Paradis, en faisant escale notamment par la première guerre mondiale et la guerre Anglo-Zoulou de 1879, le tout dans le plus pur esprit Pythonesque.


De gauche à droite : Terry Jones, Terry Gilliam, Michael Palin, John Cleese, Eric Idle (en tigre), et Graham Chapman sur le tournage de la 3ème partie.

Comme c’est le cas depuis la Vie de Brian, les deux Terry, Jones (le petit Gallois moustachu) et Gilliam (le ricain, celui que vous devez connaître) se partagent les crédits de réalisateur un peu à la manière de Jeunet et Caro, le premier est en charge de la caméra et du jeu des acteurs et le second de la direction artistique, c'est-à-dire les décors, les effets spéciaux et les costumes. C’est plutôt bien filmé, y a un fondu enchaîné absolument incroyable qui nous transporte d’un terrain de rugby à un champs de bataille de la guerre 14, et quelques travellings bien foutus, mais, comme pour les décors, on sent que ça a été fait avec des bouts de ficelle, ce qui, il faut l’avouer, fait quelque part partie du charme du film. Alors, pourquoi un film d’Universal avec un aspect aussi cheap ? Gilliam devait à l’origine diriger un segment vers la fin du film (5ème partie), avec sa propre équipe. Cependant, comme personne ne l’a arrêté, il a filmé pour plus de vingt minutes de film (l’équivalent d’un quart du reste du film), et utilisé, selon certaines mauvaises langues, la moitié du budget. Raccourci à 16 minutes, ce mini-film complètement épique (les aventures d’une compagnie d’assurance qui vogue littéralement sur les mers de la finance internationale…) sera alors utilisé comme court-métrage avant le film principal et raccordé de manière plutôt originale au reste de l’histoire. De son côté, Jones, pris lui aussi par la folie des grandeurs, et ignorant le montant total du budget à ce point du film, va dépenser ce qui s’avèrera être l’autre moitié de l’argent investi dans ce qui restera une des chansons les plus cultes des Monty Python, Every Sperm is Sacred, dans une parade absolument dantesque et baroque. Jugez plutôt :

Every Sperm is Sacred

Ce qui m’amène à parler de la bande son, qui, comme souvent chez les Pythons, contient quelques morceaux truculents, composés généralement par Eric Idle(celui qui a l’air un peu précieux et qui fait des longs monologues) , notamment The Galaxy Song, The Meaning of Life (qui fait office de générique), Every Sperm is Sacred, le court et concis Penis Song, ou encore Christmas in Heaven.
Gilliam, qui en avait marre de se coltiner les animations, sa marque de fabrique dans la série, en réalisera quand même quelques unes ; outre le générique, on en retrouve une hilarante dans le style classique de Gilliam lors de la dernière partie, ainsi que quelques animations par ordinateur qui ont plutôt mal vieillies. Néanmoins, il y en a bien moins que dans la série ou dans Sacré Graal, qui comptait pas mal sur ce procédé pour faire avancer l’histoire. On peut aussi noter une plus grande implication de Gilliam en tant qu’acteur, notamment son rôle absolument dément de hippie affabulé d’une moustache de Hitler\Chaplin pour le sketch du don d’organe (« I’m using it… ». Désolé, cette réplique me fait toujours mourir de rire…)
Et enfin, parce que je les ai tous cités sauf eux, n’oublions pas le sympathique Michael Palin, beau gosse et redoutable auteur quand il collabore avec son compère d’Oxford Terry Jones, et qui est depuis devenu Globe-Trotter ; ainsi que Graham Chapman (le grand blond qui faisait Arthur et Brian), et qui a décidé depuis de décéder, rendant toute réunion des Python impossible car incomplète.

Le film ne manque pas, une fois de plus, de subversion, et la religion (catholiques comme protestants), le système éducatif, l’armée, le monde hospitalier, les grosses corporations sont malmenées pour notre plus grand plaisir. En cela, le film rappelle La Vie de Brian, véritable pamphlet contre les méfaits de la Religion et le contrôle des masses, plutôt que Sacré Graal qui était simplement une parodie des légendes Arthuriennes. Ajoutez à cela un cours d’éducation sexuel pour le moins explicite (Cleese a donné de sa personne…), une scène franchement gore d’extraction d’organe et une course poursuite entre un homme qui a eu le choix de la façon dont il pouvait mourir et une vingtaine de jeunes femmes en rollers et en string, et vous obtenez un film Rated-R (interdit aux moins de 18 ans…) et banni notamment en Irlande jusqu’à sa sortie en vidéo (tout comme la Vie de Brian).


Le fameux cours d’éducation sexuelle, avant les travaux pratiques

Le film est aussi l’occasion d’apprendre des tas de choses très utiles, parfois vitales, comme l’intérêt du préservatif, comment exciter une fille, pourquoi il ne faut pas provoquer Dieu (surtout quand on est dans l’armée), pourquoi il faut être attentif en cours et ne pas jouer d’ocarina, la différence entre un tigre et un virus, comment fabriquer un costume de tigre avec des boîtes de céréales, comment faire un gâteau avec des rations de survie, pourquoi il ne faut pas signer chez les donneurs d’organe, pourquoi il faut toujours utiliser du saumon en boite pour faire une mousse de saumon, mais surtout, où est le poisson et quel est le sens de la vie, information qui vous sera révélée à la fin du film. Autant dire que si vous êtes allergiques à l’humour des Pythons (vous aurez probablement déjà lâché l’affaire en ce qui concerne cette propa…), ce film n’est pas une exception. Bien au contraire, il est le plus exigeant de leurs trois films, ne se préoccupant même pas d’avoir un scénario cohérent et allant encore plus loin dans le choquant et le subversif, mais c’est aussi l’apogée des Pythons, qui, sans avoir la fraîcheur de leurs premières expérimentations à la télé, produisent un film qui atteindra un rare niveau de maturité, bien plus qu’une comédie simplement absurde, une véritable réflexion sur…le sens de la vie.


Le trailer

Sacré Graal des Monty Pythons (1974) by Cowboy

We’re the Knights of the Round Table

Pour profiter au mieux de cet article, veuillez passer ce thème en fond sonore, en boucle.

I am Arthur, King of the Bretons


De gauche à droite: Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Terry Jones, Terry Gilliam, Michael Palin

Nous sommes en 1974, les Monty Pythons se sont désormais imposés dans le paysage culturel Anglais. Ils ont achevé leur troisième série de Flying Circus, et de faire des tournées live, d’enregistrer des albums et d’écrire des livres. C’est donc tout naturellement qu’ils vont se tourner vers le média cinématographique.
Leur première expérience au cinéma, And now for something completely different, qui n’était qu’une reprise de leurs plus célèbres sketchs, n’a pas obtenu le succès escompté, à savoir ouvrir les portes du marché Américain à la troupe. Cependant, les Pythons remontent en selle (pas littéralement !) et s’attaquent à leur premier film composé de matériel original.
Ce sont Michael Palin et Terry Jones qui sont à l’origine de l’idée de base du scénario, à savoir parodier les légendes Arthuriennes. Rappelons que Terry Jones est féru d’histoire médiévale, et qu’avec son camarade Michael Palin, ils avaient réalisé The Complete and Utter History of Britain avant d’entrer dans les Monty Pythons, et que depuis 1995, Jones réalise ou participe à de véritables documentaires historiques (tandis que Palin joue les globe-trotters…).
Seulement, malgré leur popularité, peu de gens sont prêts à investir dans cette épopée loufoque. L’argent viendra, tenez-vous bien, des plus grands groupes de rock de l’époque : Led Zeppelin, Pink Floyd, et les Beatles (enfin surtout Georges Harrison, même si il parait que les quatre Beatles arrêtaient immanquablement leurs sessions d’enregistrement le temps d’aller voir Flying Circus). Echange de bons procédés entre grands artistes, en quelque sorte. Enfin surtout fanitude béate associée à un fort pouvoir d’achat, en fait. Et c’est donc avec le budget pharaonique de £229,575 que la troupe va devoir réaliser la plus grande épopée jamais conçue, celle à côté de laquelle Ben-Hur fait documentaire (sic).



And now on to scene 24. A smashing scene with some lovely acting, in which Arthur discovers a vital clue, and in which there aren't any swallows, though I think you can hear a starling...

Alors, quand on chronique un film, on en arrive fatalement au moment où l’on doit prodiguer un synopsis au lecteur…mais avec les Monty Pythons, ça n’est jamais évident. Essayons quand même :
Ce film nous narre les aventures d’Arthur, roi des Anglais, et des chevaliers de la table ronde dans leur quête du Graal.
Ça fait court, j’en conviens, mais après, si l’on doit rentrer dans les détails, je ne suis pas sorti. Et puis vous l’avez tous vu. Bon, d’accord, je cède au plaisir de la taxinomie, un bref rappel quand même : dans ce film, il est question d’ornithologie, de la rivalité franco-anglaise, de sociétés autonomes vaguement marxistes, de la peste noir, de chevaliers qui se démembrent et s’entretuent joyeusement, de gens qui ne sont pas tout à fait morts et qui devraient même s’en sortir, de sorciers pyromanes, d’énigmes, de mariages, de chasse aux sorcières, de meurtres inexpliqués d’historiens, de jeunes nonnes perverses, de chevaliers qui disent Ni et veulent des jardinets, de lapin tueur, de monstres en dessins animés, de Géants tricéphales en pleine thérapie de groupe, de Terry Gilliam qui fait une crise cardiaque, de blaireaux géants en bois, de…du Graal, un peu, quand même, à la fin, même si on ne le voit pas.
Un joyeux bordel façon Monty Python, raccordé avec soins et nonsense par l’illustre Terry Gilliam, qui, comme mentionné précédemment, mourra pendant le tournage alors qu’il s’appliquait à pratiquer son art ancestral, celui de l’animation, principal procédé depuis la série pour créer des transitions entre ce fouillis chaotique de sketchs. En cela, le film se rapproche énormément du premier produit des Pythons, ce qui sera abandonné dans la Vie de Brian, et utilisé bien plus parcimonieusement dans le Sens de la Vie (déjà chroniqué ici même par votre serviteur).

It’s only a model…



Ce qui m’amène à la partie technique. Non, ce film n’est pas techniquement un chef d’œuvre du 7ème art. Une comédie désopilante, certes, mais cinématographiquement, c’est juste extrêmement cheap, et si on ne passait pas son temps à rire et qu’on accordait un peu d’importance aux détails, on verrait que ce film a vraiment été fait dans l’urgence, dans un chaos inénarrable.

La première chose à dire, c’est que les Pythons ne voulaient plus de Ian MacNaughton, réalisateur des trois premières séries de Flying Circus, alcoolique notoire, qui ne travaillait que le matin puisqu’il était déjà ivre mort à midi (c’était donc Terry Jones qui continuait le travail à sa place). Ce sont donc tout naturellement les deux Terry, Jones et Gilliam, qui ont endossé ce rôle, puisque les deux avaient des prétentions directoriales. Sauf que sur le tournage, cet arrangement s’est très mal déroulé, les deux ayant un style complètement différent. Jones privilégiait la comédie, et Gilliam le côté visuel ; on se retrouvait donc à entendre Jones dire qu’une prise était parfaitement hilarante, tandis que Gilliam demandait à la refaire parce qu’il n’y avait pas assez de brouillard. Au final, sûrement après délibération, c’est Jones qui a eu le dessus, et qui réalisera par la suite La Vie de Brian et Le Sens de la Vie, même si Gilliam restera directeur artistique, et fort heureusement, d’ailleurs, puisque sa touche se ressent vraiment dans les trois films des Pythons. Gilliam ira d’ailleurs tourner son film médiéval plus tard, avec Jabberwocky, qu’il est impossible de ne pas comparer à Sacré Graal.

Pour continuer la bérézina côté matériel, les cottes de mailles étaient en réalité de la laine peinte en couleur argentée, mais celle-ci prenait l’eau et moisissait. Certains décors étaient extrêmement difficiles d’accès, et les problèmes techniques se sont multipliés, notamment avec la destruction d’une caméra dès le début du tournage. A côté de cela, les Pythons avaient un accord avec le gouvernement Ecossais pour filmer plusieurs châteaux, mais au dernier moment, celui-ci s’est désisté, prétextant que Sacré Graal allait souiller la mémoire de leurs ancêtres, si bien que les Pythons ont du trouver un arrangement avec un propriétaire privé pour filmer sa demeure. Au final, touts les plans proviennent soit du même château, soit de maquettes (ce qui permet la blague de Patsy\Terry Gilliam : « it’s only a model… »). Le film a prit un retard considérable, et le planning a dû être raccourci, avec les conséquences que l’on peut imaginer. C’est même visible dès le générique de départ, constitué simplement de cartons dans lesquels sont disséminés, dans la plus pure tradition des génériques de fin de Flying Circus, un drôle de discours sur un élan et des noms et des métiers loufoques, et qui aura pour conséquences quelques licenciements…



Your mother was a hamster and your father smelt of elderberries

Enfin, outre cette petite guéguerre entre Jones et Gilliam, il convient de mentionner le fait que Graham Chapman, le rôle principal (Arthur, quoi…merde, suivez, un peu !), était à l’époque au plus bas, qu’il était complètement sous le coup de l’alcoolisme. De là, il avait un mal fou à se souvenir de ses répliques. John Cleese raconte que Chapman, qui était pourtant un alpiniste chevronné, n’a pas pu traverser un pont suspendu, et qu’on a du envoyer quelqu’un d’autre à sa place avec son armure. Alors certes, ça lui donne cet air brumeux, complètement à côté de ses pompes (on a même l’impression qu’il est le seul à ne pas jouer la comédie, dans le film), mais à posteriori, Chapman a su reproduire les mêmes impressions plus tard dans le rôle de Brian, et ce en étant sobre.

Ce qui, notez la transition d’une subtilité à peu près aussi remarquable qu’une vache qu’on aurait fetché dans un corridor, me fait passer à l’interprétation en général.

Et là, évidemment, c’est du Python, donc c’est génial. Enfin si on aime l’humour anglais. Sinon, ça doit être d’un ennui mortel. Bref, John Cleese est fabuleux dans le rôle du sanguinaire Lancelot et de celui qu’on appelle…Tim ! le sorcier. Il est également le chevalier noir et a assuré ses cascades lui-même. Jones est désopilant en jouant le soi-disant sage Bedevere avec sa visière qui lui tombe tout le temps sur la gueule. Son rôle de jeune prince est assez remarquable, surtout qu’il a du raser sa fameuse moustache. Eric Idle interprête le brave sir Robin, qui mouille souvent son armure, ou encore Concorde, le page réticent à mourir. Michael Palin se charge quant à lui du chaste Gallahad, qui aura bien du mal à le rester au château Anthrax…à noter également, son rôle du roi du château des marais, où il hausse pas mal le ton (ceux qui le connaissent savent qu’il est prétendant au titre d’homme le plus gentil du monde) ou dans celui du chevalier qui fait Ni, perché sur un escabeau pendant des heures à répéter Ni. Ni, Ni ! Terry Gilliam joue notamment le fidèle Patsy, qui suit Arthur avec la fameuse noix de coco, mais aussi le chevalier vert (cascades himself, comme Cleese), le gardien du pont (à peine reconnaissable), Sir Bors (le premier chevalier qui se fait dézinguer par la Bête) ou encore le gorille qui assassine le narrateur et tourne les pages du grimoire-script. Notons aussi Graham Chapman, qui, outre Arthur et deux petits rôles (un garde un peu niais et une des têtes du Géant), incarne la voix de Dieu.
Enfin, notons la participation de Connie Booth (qui a été la femme de John Cleese, et dont les amateurs de Fawlty Towers doivent être familiers) dans le rôle de la sorcière, de l’immanquable Carol Cleveland dans le rôle de Zout et de sa sœur jumelle au château Anthrax, et de Neil Innes, principal compositeur de la bande-son, dans le rôle du barde (celui qui chante ’brave sir Robin’ et du page qui se fait écraser par le lapin en bois géant.

Stop the music ! Stop it!

La bande-son est absolument mémorable. Tin-tintin-tintintin tin !
Pourtant, il faut savoir que ce thème héroïque n’était pas prévu à l’origine pour être la BO du film, les Pythons avaient d’abord fait une bande-son avec des instruments traditionnels, mais, suite aux projections tests, ils se sont aperçus qu’elle était complètement en décalage avec le film, et que certaines scènes étaient littéralement plombées par cette ambiance sonore si sérieuse. Ils ont donc décidé de la remplacer par un véritable cliché du film moyenâgeux, extrêmement exubérante, mais qui vient rendre parfaitement l’aspect parodique du film.
Il faut également parler des chansons, toutes l’œuvre du précédemment mentionné Neil Innes, l’une des quelques personnes en lice pour la place de « septième Python », et s’il n’y a rien d’aussi inoubliable que dans les deux films suivants, j’adore la balade de Sir Robin, à titre personnel. Il est à noter qu’à ma connaissance, Eric Idle, pourtant chansonnier principal du groupe, n’a pas participé, ou alors pas suffisamment pour être crédité dans les compositions. En revanche, ce sont Graham Chapman et John Cleese qui signent Camelot Song.

Oh, king eh? Very nice. And how'd you get that, eh? By exploiting the workers. By hanging on to outdated imperialist dogma which perpetuates the economic and social differences in our society.



Souvent, quand on dit Monty Python, les gens pensent que tout ça n’est qu’un immense fatras de conneries nonsense. Et bien ils se trompent. Les Pythons sont loin d’être idiot, ou en tout cas, ils sont idiots uniquement quand ils en ressentent le besoin, et ce bien souvent dans le but de bousculer un ordre établi qu’ils jugent insensé. Sacré Graal n’est peut-être pas leur oeuvre la plus mature, elle n’est cependant pas dénuée d’intérêt. En effet, ce film, par sa nature, m’apparaît être une œuvre sur la puissance de l’imagination, de l’image, de la frontière entre réalité et fantastique. Nul ne saurait dire de quoi il est réellement question, à la fin, qui sont ces chevaliers qui se font arrêter par la police, comment un tel chaos a pu se mettre en place. La scène de la noix de coco est également très évocatrice. D’abord, on rit de voir Arthur mimer d’être sur un cheval, puis on s’habitue, on fait comme si on y croyait, on s’abandonne à ce subterfuge, et, enfin, les Pythons viennent nous mettre face à notre propre crédibilité en pointant du doigt l’impossibilité de trouver une noix de coco dans cette région. Sauf si c’est une hirondelle d’Afrique qui l’aurait transporté par la tige, mais c’est impossible puisqu’elle n’est pas migratrice. Et puis, il y a les animations de Gilliam, qui viennent interagir avec le ‘vrai film’, sans que l’on se pose trop de question. Même, la majorité des acteurs brisent l’une des règles fondamentales du cinéma, à savoir ne pas regarder droit dans la caméra. La narration décousue est aussi sujette à de nombreuses bizarreries, au final, c’est un gorille (incarné par Terry G) avec la voix de Michael Palin qui vient tourner les pages du vieux livre en nous faisant sauter directement à la scène 24 et en la commentant allègrement (le bon vieux coup du narrateur intrusif façon Tristram Shandy…).

Le détournement des codes est également un élément important, du travestissement des légendes Arthuriennes à la réinterprétation absurde du mythe du cheval de Troie. La scène la plus intéressante à ce niveau est celle où Arthur s’adresse à Dieu, et celui-ci lui répète constamment de ne pas s’en tenir au protocole, qu’il déteste tout ça.

Je passe sur une hypothétique contestation de la monarchie, c’est suffisamment explicite, entre le « I didn’t vote for you » et l’air effaré d’un Arthur qui n’y comprends rien pendant tout le film, tout en continuant à clamer son droit à régner sur ses sujets.
Bedevere constitue quant à lui une critique de la démagogie, Lancelot de la violence aveugle, Robin de la couardise, Gallahad de la tentation, Patsy du pragmatisme borné. Bref, la majorité des éléments de ce bouillon sont motivés par quelque chose, même si ça passe souvent à la trappe vu qu’on ne regarde que le côté comique.

...and that, my liege, is how we know the Earth to be banana shaped.

Voilà, j’espère que vous en savez dorénavant un peu plus sur ce film cultissime, les conditions hasardeuses dans lesquelles il a été fait, ce que sont ses forces et ses faiblesses, quel est le sens de la vie, où se trouverait le saint-Aaaaaaaaaaaargggggh…

Le mot de la fin

Ni !

L’autre mot de la fin

Run away !

L’autre autre mot de la fin

Get on with it!