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mercredi 6 mars 2013

Eastwood - Impitoyable by micab

Les années 80 n’ont pas été tendres avec Clint Eastwood, ou plutôt elles ont menées l’emblématique cowboy de Sergio Leone dans une routine de bon aloi, avec deux suites à son Dirty Harry dont aucune ne connaîtra le succès des précédents volets, et quelques comédies très vite oubliables dont le très fameux Pink Cadillac. L’acteur se dirige lentement vers une retraire dorée à l’orée des projets de studio qui ont fait sa gloire durant les deux décennies précédentes. Il s’essaye (un peu) à la politique en devenant le maire républicain de sa ville de Camel et cachetonne donc dans des films pour s’amuser de son image macho à la gâchette facile que la jeune génération des action heroes des 80s, à l’instar de Arnold Schwarzenegger, vénère. Il s’agit là, accessoirement, d’une manière de financer des projets beaucoup plus personnels qu’il veut réaliser lui-même.



Clint Eastwood passe de plus en plus de temps derrière la caméra avec notamment le très remarqué maître de guerre une sorte de "comédie" sur la formation des marines avec un Clint Eastwood très en forme en sergent instructeur. Mais c’est sur cette décennie où pour la première fois il réalise un film où il ne joue pas, un film en hommage à sa passion du jazz Bird, qui va marquer les esprits lors de sa présentation à Cannes. Pour la première fois, le réalisateur va être récompensé pour un de ses films avec un prix d’interprétation pour Forest Whitaker. Ce tournant respectable le pousse à vouloir reprendre un script dont il avait acquis les droits en 1976 mais, se jugeant trop jeune pour le rôle principal à ce moment là, qu’il avait fini par écarter. Impitoyable, ce western crépusculaire, n’attire pas vraiment les financiers. La Warner, le studio qui l’aura suivi toute sa carrière, accepte de payer, à condition de le voir jouer dans la relève avec Charlie Sheen, un film en forme d’ersatz de Harry Callahan. Pour le studio, il s’agissait d’un moyen détourné pour convaincre Clint Eastwood qui en avait fini avec la franchise Dirty harry de reprendre le rôle d’un flic teigneux aux méthodes discutables. L’acteur accepta le deal proposé, réalisa le film qui fut un succès assez modéré au moment de la sortie en salle à cause de la concurrence, non prévue par la Warner, de deux films : Misery et Home Alone.
Le scénario d’Impitoyable a tout pour plaire à Eastwood. Fasciné par l’origine des violences dans l’histoire américaine, ou la violence de l’origine (dans le sens naissance des USA), chacun de ces deux termes se mélangeant allégrement dans la filmographie du réalisateur, Impitoyable est un condensé d’histoires brutales se regroupant et se coupant pour un final sanglant où personne ne sort vainqueur. L’injustice de départ (une prostituée défigurée) considérée comme l’origine de cette violence n’a finalement pas d’importance, il s’agit d’un prétexte à une vengeance dont le personnage principal joué par le réalisateur ne comprend pas les contours et les répercussions. Pas plus que les autres personnages d’ailleurs, aucun semble être maître de son destin, ils se retrouvent mêlés au gré du vent semant sur leur passage mort et désolation pas toujours volontairement, pas toujours de manière efficace, pas toujours pour les "bonnes" raisons qu’ils croient défendre.
Le réalisateur a toujours voulu incarner le personnage principal, William Munny, un ancien desperado devenu fermier qui sort de sa retraite pour un dernier contrat. Devenu père de famille, ce dernier n’a plus qu’un souhait : cultiver sa terre pour nourrir sa famille et oublier son passé peu reluisant. La prime offerte par les prostituées pour tuer les deux cowboys responsables de la défiguration d’une de leurs consœurs réveille en lui un désir de violence qu’il croyait enfoui. Sous prétexte de l’aide indéniable que pourrait apporter cet argent dans une petite exploitation agricole, il finira par accepter le contrat au nom d’une justice dont il se moque mais surtout au nom d’une repentance pour une jeunesse peu glorieuse et qui l’a rendu célèbre. Pour l’aider, côté casting, Clint Eastwood fera appel pour la première fois à Morgan Freeman et à deux autres vieux de la vieille Gene Hackman et Richard Harris. Un quatuor de papy tient donc la tête d’affiche. Pas vraiment de quoi rassurer, mais pour la Warner cela importe peu, il ne s’agit pas là d’un film à gros budget.



Impitoyable arrive à un moment très particulier aux USA, puisqu’il est tourné peu de temps après l’affaire Rodney King. La violence gratuite de policier envahit les petits écrans aux USA. Il s’agit là pour Clint Eastwood d’une confirmation de la nécessité de ce film en même temps que de l’intemporalité du sujet dans la société américaine. Il choisit d’ailleurs de situer une scène très violente d’Impitoyable le 4 juillet, fête de l’indépendance, celle de la rencontre et l’affrontement entre le shérif joué par Gene Hackman et English Bob campé par Richard Harris.



Après le tournage, d’une durée très courte, comme à son habitude, reste l’épineuse question de savoir comment convaincre le public d’aller voir un film dont le genre n’est plus à la mode depuis au moins deux décennies. Si l’actualité Rodney King a involontairement aidé Impitoyable, le film, sorti en 1992, bénéficie également d’un concours de circonstance qui va lui permettre d’atteindre de nombreux spectateurs. Cette année marque en effet la fin d’un règne de près de 30 ans sur les émissions nocturnes à la télévision de Johnny Carson présentateur du tonight show sur NBC. Les derniers mois de son passage à l’antenne ont été marqués par des audiences défiant toutes concurrences pour un show si tardif (23:30/1:00) même pour ce présentateur qu’on appelait the king of late night television, une légende aux USA. N’ayant plus rien à prouver et se retrouvant libre d’inviter qui bon lui semblait, sans tenir compte des obligations marketing, Johnny Carson demanda à Clint Eastwood de parler de son western dans son émission. Les premières très positives critiques aidant, son passage chez Johnny Carson, le film fut un succès considérable puisqu’il rapporta plus de 100 millions de dollars sur le sol américain et 58 de plus dans le reste du monde. En signant un film dont le genre désuet devait le pousser à l’échec, Clint Eastwood en a fait son plus grand succès critique et commercial.



Après le succès, viennent des récompenses couronnant un artiste de premier plan sur toute sa carrière. Lors de la 65e cérémonie des Oscars, le film se retrouva en tête des nominations avec 9 citations dont 3 pour Eastwood, une comme producteur, une comme acteur et une comme réalisateur. Le film en emporta 4, dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur. On pensait alors que Clint Eastwood était au sommet de sa carrière, qu’il pourrait se reposer sur des lauriers bien mérités, mais ce dont on se rend compte maintenant, c’est… que ce n’était qu’un début !

lundi 30 avril 2012

Eastwood : un monde parfait by Micab

1993 aura été une année charnière pour Clint Eastwood, à plus de 60 ans l’homme a signé des grands films populaires au succès retentissants. Il n’a pour autant jamais été reconnu par ses pairs malgré son statut inattaquable de star, seul une sélection à Cannes et un golden globes sont venus récompensés Bird mais rien d’autre, et surtout aucune nomination à l’oscar comme acteur ou réalisateur pour ses films après plus de 30 années de carrière et quelques chefs d’œuvres à son actif !
L’année précédente il aura marqué les esprits avec son précédent film comme réalisateur impitoyable qui s’est payé le luxe de devenir un hit au box office. Bien placé dans la course des oscars, il a pour une fois l’occasion de marquer l’essai avec son western crépusculaire, un sacré pari mais pas impossible au vu de la concurrence. Clint Eastwood a également le film de Wolfgang Petersen : la ligne de mire avec un très grand John Malkovich dont le succès permettra à l’acteur/réalisateur d’être le retraité le plus en vu d’Hollywood.

C’est justement dans cette période très prolifique qu’il tombe sur le scénario très prometteur de John Lee Hancock. Ce dernier n’avait qu’un seul film à son actif Hard Time Romance (un drame sous forme de romance racontant les obstacles que rencontre un cowboy pour épouser sa fiancée). John Lee Hancock avait dans l’idée de réaliser le film, mais les studios refusèrent à cause de l’envergure du projet et son manque d’expérience. La Warner acheta les droits du scénario et le proposa à Clint Eastwood qui emballé voyait l’occasion de mettre entre parenthèse sa carrière d’acteur. Le studio comme le réalisateur n’ont pas hésité longtemps pour choisir l’acteur dans le rôle principal. Kevin Costner est à l’instar de Clint Eastwood à l’apogée de sa carrière, il venaitt d’enchaîner Danse avec les loups, Robin des bois, JFK et bodyguard. Autant de films, autant de succès. Il s’agit d’un allié de poids pour des raisons financières évidentes mais également pour des raisons artistiques, Kevin Costner accepte de jouer dans le film et baisse considérablement son cachet habituel, son statut de star de film d’action à quelques peu fait oublier son véritable talent d’acteur : il veut se payer le luxe d’être dirigé par la caméra d’une autre légende et prouver qu’il reste un grand. Son implication est entière et il suggère même à Clint Eastwood de jouer le rôle du texas ranger poursuivant son personnage. Ce dernier accepta réalisant pour le coup que son temps devant la caméra serait peu important et ne l’empêcherait pas de se consacrer pleinement à son travail derrière la caméra.



Quelques semaines après son triomphe aux oscars, Clint Eastwood lance donc le tournage de son 17e film un monde parfait. Il s’entoure comme à son habitude d’une troupe de techniciens qui le suit depuis longtemps et en qui il a toute confiance. Le réalisateur bénéficie d’une aura un peu particulière à Hollywood et surtout à la Warner. Sa société de production Malpaso a ses bureaux dans les locaux de la major, et il bénéficie au même titre que Stanley Kubrick un statut très enviable où les dirigeants du studio ne lui demandent finalement que très peu de compte. Son aura auprès du public assure un succès non négligeable sur le long terme car ses films deviennent pratiquement des classiques instantanés.

L’histoire d’un monde parfait est pourtant un peu délicate à vendre. Butch un évadé de prison prend en otage un gamin de huit ans, témoin de Jéhovah, avec qui il va se lier. Se situant dans les années 60 au Texas, précisément en novembre 63 quelques jours avant l’assassinat du président Kennedy, l’atmosphère est lourde. Le kidnapping fait la une des journaux et l’affaire devient politique au point où le gouverneur confie au Texas Ranger joué par Clint Eastwood tous les moyens modernes pour capturer le fugitif. La poursuite est en marche, l’humanisme du réalisateur fait petit à petit surface jusqu’à un climax, sans réelle surprise au vu de la mise en scène et du montage choisi par Eastwood, mais marquant les esprits.



Le film fut un succès critique et populaire à ranger à côté des plus grandes réalisations d’Eastwood, mais il est curieusement moins connu que d’autres de ses films. Comme un grand vin, il se bonifie avec l’âge. Ceux qui avaient critiqué la longueur du film deviennent avec le temps des défenseurs d’un monde parfait. Clint Eastwood continua dans une période où, à l’instar de ce film, il mélange un romantisme ancré dans le réel de l’époque qu’il décrit, un présent dur et peu acceptable et des hommes et des femmes essayant de trouver leur place. Un monde parfait est de ce fait le précurseur d’un classique du genre qui sera le prochain film du réalisateur sur la route de Madison.

dimanche 12 décembre 2010

Dirty Harry by micab

A l’orée des années 70, Clint Eastwood est un acteur qui a le vent en poupe. Il vient de passer la décennie précédente à créer sa propre légende grâce à des westerns dont il est le héros ambigu. Depuis ses débuts dans la série TV Rawhide et sa consécration avec sa collaboration avec le réalisateur italien Sergio Leone, Clint Eastwood vogue sur son image macho soucieux de l’ordre et de la justice. Très marqué à droite au sein de la libérale Hollywood, l’acteur est une énigme vivante naviguant entre un jeu très minimaliste et souvent caricaturé et une volonté réelle et bientôt concrète de prendre le contrôle de tous ses films. Il aurait fait parti de la précieuse A-list des acteurs les plus demandés et le mieux payés si cette liste avait existé.
Les producteurs et les distributeurs se méfient autant de lui qu’ils l’admirent, et dans un système dont la tendance à presser le concept jusqu’à la dernière goutte, Eastwood est très voir trop marqué western. Personne ne le voit autrement qu’avec un chapeau et des bottes, le monde moderne n’est pas pour l’acteur, les spectateurs ne le suivent pas.



Deux essais ont pourtant été tentés pour casser son image :
- les Proies réalisé par son ami Don Siegel dont l’action se passe certes pendant la guerre civile, mais dont l’histoire est centrée sur une histoire d’amour entre une jeune fille et un vétéran. Le public réservera un accueil très timide à ce film le considérant trop à l’eau de rose pour l’acteur.
- un frisson dans la nuit qui marque les débuts derrière la caméra d’Eastwood. C’est la première fois dans sa filmographie où il joue autre chose qu’un cow-boy pur et dur. Même dans sa première collaboration avec Don Siegel dans un shérif à New-York, l’acteur ne joue pas autre chose qu’un ersatz des personnages de Sergio Leone. Si la critique suit Clint Eastwood sur un frisson dans la nuit, le public est encore fébrile et ne réserve pas le même succès à ce film qu’au cow-boy acteur !

C’est dans ce contexte qu’arrive le script de Dirty Harry, un véritable tournant.



Écrit au départ par Harry et Rita Fink, le scénario s’inspirait en grande partie du serial killer le zodiac dont David Fincher réalisera le film éponyme quelques années plus tard. L’action se passe cependant à New-York pour éviter toute ressemblance avec les événements s’étant réellement passés. Le script est passé entre plusieurs mains pour une amélioration sensible de l’histoire de départ. Tout d’abord le très controversé John Milius qui changera largement le personnage principal en s’inspirant d’un ami policier « qui ramenait rarement les gens qu’il venait chercher », on lui doit également le très célèbre do I feel lucky, well do you punk ? et Terrence Malick qui voulut faire de scorpio, le serial killer du film, un ancien flic qui tuait des criminels en liberté. Son idée sera repris pour la suite de Dirty Harry : Magnum Force. Malgré leur contribution, leurs noms ne seront pas crédités au générique.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les producteurs n’ont pas pensé à Clint Eastwood pour le rôle d’Harry Callahan. Il n’était même pas envisagé. Il faut dire que le script décrivait le policier comme un homme dans la cinquantaine. Robert Mitchum, John Wayne, Burt Lancaster refusèrent le rôle. Franck Sinatra fut un temps considéré avec à la réalisation Irvin Kershner mais l’acteur s’étant cassé le poignet durant son précédent tournage, il trouvait le revolver trop lourd. De plus, venant de perdre récemment son père, il voulait se tourner vers un registre beaucoup plus léger. Les producteurs se tournèrent alors vers des personnes plus jeunes dont Marlon Brando (bien qu’officiellement jamais approché) mais surtout Steve McQueen et Paul Newman. Ce dernier trouvant le rôle beaucoup trop à droite pour lui suggéra le nom de Clint Eastwood pensant que cela lui conviendrait mieux. Sept acteurs parmi les plus grandes stars d’Hollywood ont donc refusé le rôle !. Eastwood demande en échange de sa participation la relocalisation du film en Californie à San-Francisco, lieu de chasse du zodiac et une des villes les plus libérales des USA, afin de mettre en exergue les valeurs de justice véhiculées par Harry Callahan, notamment en ce qui concerne les droits des victimes.

A l’instar de Bullit, Dirty Harry se veut clairement ancré dans une réalité à l’encontre du flower-power de l’époque avec son personnage de flic droit, incorruptible et prêt à tout pour garantir à bien sa mission quitte à dézinguer quelques traines savates au passage.
Mais contrairement à Bullit, Dirty Harry va beaucoup plus loin. Callahan n’est pas un simple policier, l’homme ne vit que pour et par son boulot, et il ne s’arrêtera jamais. Il ne se fixe aucune limite et joue avec l’humour pour arrêter ou tuer les criminels. En fait, son attitude est en accord avec une grande partie de la population fatiguée des politiciens qui n’arrivent pas à endiguer la vague de crime perçu comme une conséquence de la perte des valeurs de la génération des baby-boomers. Une raison qui poussera Don Siegel à engager le très jeune Andrew Robinson pour incarner le tueur car il avait « une tête d’enfant de chœur ». Ce dernier hésita avant de s’engager car il était très mal à l’aise à l’idée de tourner des scènes où il devait torturer des enfants.



Considéré comme un classique du genre, de nombreuses fois copiés sans pour autant être égalé, Dirty Harry fut un immense succès aux USA et dans le monde. Non seulement il répondait aux attentes du public en créant un véritable phénomène surprise, mais il répondait aussi à une actualité brûlante à un moment où les plaintes contre des policiers outrepassant leur rôles à la manière de Harry Callahan commençaient à émerger dans la presse.
Les mimiques d’Eastwood, son ton, sa cool-attitude et ses répliques faciles à retenir deviendront sa marque de fabrique. Les spectateurs du monde entier reviendront encore et encore le voir lui permettant ainsi de devenir une icône culturelle mondiale.
Un film de cette importance n’existe pas sans son lot de critiques acerbes (justifiées ou non). On a taxé Dirty Harry de véhiculer des idées fascistes et anti-démocratiques. Peut-être est-ce dû à l’influence de John Milius dans l’histoire, ce dernier passera d’ailleurs sa vie à essuyer ce type d’attaques non sans volontairement les alimenter en se créant un personnage de scénariste-réalisateur génial mais à l’extrême droite. Sans être trop éloigné de la réalité, à force d’en user il finira petit à petit par se fermer les portes d’Hollywood.
Dirty Harry demeure sa plus belle création méconnue magnifiée par un Clint Eastwood engagé et simple de naturel et un réalisateur au top de sa forme. Un film incroyablement bien fait et efficace, dont on parle encore comme un modèle de spectacle qui diffuse des idées limites mais tellement jouissives à regarder sur grand écran !

lundi 25 octobre 2010

Invictus de Clint Eastwood (2009) By Soul




Souvenez-vous. Il y a quelques semaines, un faux troll nous annonçait qu'il était impossible de ne pas aimer Clint Eastwood.
Il est vrai que le Clint a le don pour choisir ses sujets et que dernièrement surtout, il a pratiquement toujours fait l'unanimité.

Clint s'attaque donc de nouveau à l'Histoire avec un grand H, et c'est cette fois l'élection de Nelson Mandela à la tête de l'Afrique du Sud qui retient son attention.

Le sujet:
Libéré en 1990 après 27 années de détention, Nelson Mandela accède au pouvoir démocratiquement et devient le premier président noir d'Afrique du Sud en 1994.
Le pays est au bord de la crise. Car si l'apartheid est théoriquement morte et enterrée depuis 1991, les tensions entre les noirs et les blancs sont toujours au plus haut.



Mandela souhaite avant tout à réconcilier son peuple. Et pour lui, cela passera par le rugby. L'emblème même de la domination blanche devra en effet devenir un vecteur d'unification pour un pays déchiré. Et avec l'organisation de la coupe du monde de rugby qui se déroulera sur ses terres l'année suivante, l'occasion est trop belle de montrer à la communauté internationale que l'Afrique du Sud a changé.



L'histoire est ensuite connue: Donnés perdants par tous les observateurs, les Springboks réussiront l'exploit de battre les intouchables All Blacks Neo-Zélandais.


Clint Eastwood n'y va pas par 4 chemins. Dès la première scène du film, le ton est donné. Un convoi de voitures conduit Mandela qui vient d'être libéré.
D'un côté de la route des adolescents blancs jouant au rugby sur un véritable green de golf, de l'autre des noirs jouant au football sur un terrain vague entouré de grillages.
L'entraineur blanc constate: "Retenez bien ce jour, c'est celui où notre pays a commencé à sombrer".

Son message, Eastwood l'adresse au peuple...américain.
En effet, difficile tout au long du film de ne pas faire la relation Mandela-Obama. Et impossible non plus de se dire que le choix de cette histoire n'est que coïncidence.
Eastwood est un malin. Républicain du plus profond de son âme, il est avant tout patriote et si ses films sont des œuvres qui semblent engagées, elles ne le sont jamais vraiment. L'important semble se situer au niveau non pas de l'identité, mais de l'appartenance.
Et c'est le cas ici. Mandela souhaite réunir autour de lui SON peuple, noir ou blanc, aux identités bien distinctes mais à l'appartenance unique, celle d'Afrique du Sud.

C'est en montrant l'exemple qu'il souhaite faire changer les mentalités. D'abord en s'entourant de personnes de l'ancien gouvernement, tant dans son équipe politique que pour ses gardes du corps. Ceux-là même qui opprimaient les noirs quelques temps auparavant.
La réconciliation passe par là et le discours est clair: Le pardon est essentiel et il est hors de question de reproduire ce que les blancs ont fait subir aux noirs.
Comme lorsque le ministère du sport vote à l'unanimité la suppression du symbole des Springboks ainsi que les couleurs vert et or du maillot national mais que Mandela lui même intervient pour argumenter en faveur du maintien de ses symboles.

"Ils m'ont élu comme dirigeant, qu'ils me laissent les diriger à présent" assènera-t-il à sa conseillère qui semble perplexe sur les priorités du nouveau président.


L'élément clé du film est la rencontre entre Nelson Mandela et le capitaine des Springboks, François Pienaar.
La poignée de mains entre les deux hommes résonne comme la réconciliation vers laquelle Eastwood souhaite nous emmener.
Sera-t-elle possible? Oui, si l'Afrique du Sud gagne sa coupe du monde. Oui si les noirs cessent de supporter tout pays jouant contre les Springboks. Oui si Pienaar parvient à changer la mentalité de ses équipiers. Oui si les Springboks parviennent à conquérir le public.


On le sait, toute cette tâche sera couronnée de succès.


Pourtant, pendant le film, je me pose une question: "Pourquoi est-ce aussi facile?"

En effet, à aucun moment Mandela ne rencontre réellement le moindre obstacle. Ou alors, ils sont vite mis sous l'éteignoir et lui permettent de poursuivre son œuvre jusqu'à la consécration de son pays et la réconciliation tant attendue.
Il manque à l'histoire de Clint Eastwood un opposant, celui qui peut faire vaciller Mandela.
Certes, il est sous-entendu à plusieurs reprises mais disparait très vite pour se rallier à la cause de Madiba, surnom affectueux donné à Mandela par ses proches.
Les gardes du corps blancs deviennent souriants, le père de François Pienaar oublie qu'il est raciste, sa mère semble copiner avec la nounou noire le jour de la finale et même ce qu'on pense être une tentative d'attentat se transforme en message de soutien total pour les Springboks.
Évidemment, Eastwood ne peut pas prendre de libertés sur l'Histoire et j'en arrive donc à la conclusion qu'il nous laisse la responsabilité de la prise de position face à cela. Nous sommes assez grands pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal.
J'en reviens à ce que je disais plus haut et je constate que ce film est bien un film destiné au public américain, un film qui prend une seule et unique direction sans réelle prise de risque.

Et finalement, il ne pourrait en être autrement. Eastwood réussit son pari une fois de plus, avec certaines imperfections qui feront sourire certes, mais il faudra s'y faire.
Et après avoir mis en scène sa propre mort dans Gran Torino (celle du républicain borné?), il annonce une renaissance en couleur, peut-être bien décidé à tenter de réunir les gens.
En espérant toutefois qu'il ne s'agisse pas d'un message désespéré d'un homme au crépuscule de sa vie, mais bien d'une réelle entreprise pour les années à venir.

la bande annonce

Faux Troll, Vrai Eastwood by Micab

L’avantage du monde du cinéma en général, et les réalisateurs qu’on apprécie en particulier, c’est que rares sont ceux dont on aime tous les films dans une carrière. Il y a forcément un moment où on lâche, où ça passe moins bien voire pas du tout. Toutes les bonnes séries ont une fin, et finalement ça rassure un peu car ça prouve en fait que tout ce joli petit monde est humain… ni uniquement génial ni uniquement nullissime, juste humain, et c’est déjà beaucoup.
Les esprits dérangés et cyniques comme [**Jim**](http://www.parano.be/bbs/view.php?id=64562) par exemple ne peuvent que se réjouir de voir un réalisateur se planter lamentablement. Tel un renard à l’affût, elle guette le moindre faux pas, le moindre écart, et en profite généralement pour brûler une filmo au napalm à cause d’une mauvaise herbe… sans aller dans ces extrêmes regrettables dignes d’une critique des **Inrockuptibles** ou de **Télérama** (*et ce n’est pas un compliment*), il faut avouer que ça fait aussi du bien de se défouler et de **se comporter en bon vieux Troll**.

Mais parfois, on a un peu plus de mal, non que c’est impossible, mais surtout parce que le consensus général, le travail en lui-même, réunit une grande majorité de personnes de goûts et d’opinions différents. Et si on rajoute par-dessus le marché, que le réalisateur en question enfile des chefs d’œuvre comme d’autres des perles…
Du coup, j’en ai marre, j’énergie protestement, je fulmine…

http://trailerblogger.files.wordpress.com/2008/11/gran-torino-clint-eastwood.jpg

On devrait brûler Clint Eastwood en place publique.
Soyons sérieux, depuis quelque temps le papy de pratiquement 80 piges enchaîne des films de qualité qu’on aimerait bien voir chez des réalisateurs plus jeunes !
Le dernier "moins bons" de Clint ? Euh… ça remonte à un bail, on va dire [**Space Cowboys**](http://www.youtube.com/watch?v=e46H1KS59Pk&feature=related) pour le fun et même [**Créance de sang**](http://www.youtube.com/watch?v=jko9xst0GjI), tout en étant pas terrible prouvait encore une fois l’efficacité et le savoir faire du monsieur. Mais après…

[**Mystic River**](http://www.youtube.com/watch?v=nmiA24jwlbM), [**Million Dollar Baby**](http://www.youtube.com/watch?v=WHgPJjub790), [**Mémoires de nos pères**](http://www.youtube.com/watch?v=uKuym66LIr4), [**Lettres d’Iwo Jima**](http://www.youtube.com/watch?v=dr59K1j-P44), [**L’échange**](http://www.youtube.com/watch?v=G0i9vHYiW2g), [**Gran Torino**](http://www.youtube.com/watch?v=gN-67B8tI9E&feature=fvst), et le petit dernier [**Invictus**]( http://www.youtube.com/watch?v=E9Ovkye6lac&feature=fvst)…

Y’a pire comme filmo ! Et il a composé la musique de certains !

http://www.scordo.com/blog/blog/pics/seanpenn.jpg

Et en plus il bosse comme jamais dans sa carrière à l’âge où d’autres sont en train de se la couler douce sur une plage à Miami ou pourrir dans une maison de retraite où leur seule distraction sera l’infirmier qui viendra les tabasser. Lui il continue, pas mécontent de lui, un sourire façon "ouais je sais que je suis un génie, ça t’emmerde hein ?", il atteint à l’aube de sa vie une maturité, une grandeur que peu de réalisateur et d’acteurs ont connu à un âge aussi avancée ! Ses premiers Oscars il les a eu à 63 ans pour Impitoyable, et 10 ans plus tard il en rajoute 2 autres pour Million Dollar Baby !
Eastwood n’est pas super critiquable sur ses films. A l’image de John Ford, il cultive les ambigüités : foncièrement républicain, il soutien George Bush en 2004 mais il est opposé à la guerre d’Irak, il est pour la peine de mort, mais livre un film comme Jugé coupable...
Vous pensez trouver Clint Eastwood à un endroit, profitant de fignoler dans sa salle de montage son dernier long métrage ? Il a déjà fait 3 films !

Bref ce mec est une ode à l’anti-trollisme et ça fait chier !


Pourtant ça serait si simple de lui cracher à la gueule… mais non monsieur fait des supers films et gnagnagna… merde à la fin ! Il se prend pour qui ? [**Clint Eastwood**](http://www.youtube.com/watch?v=UQXOx2lYnA4) ?

Ah oui et sinon c’est quoi votre film préféré du papy ? [**Période western**](http://www.youtube.com/watch?v=2RrjRaFeaB0) ? Période [**Dirty Harry**](http://www.youtube.com/watch?v=8nw7x-VDSVk) ? Période [**réalisateur**](http://www.youtube.com/watch?v=3bClztu2xao) ?

vendredi 8 octobre 2010

Un Frisson dans la Nuit de Clint Eastwood (1971) by Cowboy

« La beauté du cinéma, c’est de pouvoir tenter quelque chose de différent. »





Pour comprendre pourquoi Clint Eastwood, alors acteur internationalement reconnu, est passé derrière la caméra, je crois qu’il faut remonter à sa prime jeunesse. Clint a toujours baigné dans une atmosphère de création artistique, que ce soit à travers la photographie, les cours d’art dramatiques ou les leçons de piano et de clarinette. Si son premier choix a d’abord été la musique, c’est le hasard qui l’a mené sur les plateaux de Rawhide, la série qui a fait de lui une star aux Etats-Unis. Là, pendant les sept années qu’il consacre au feuilleton, Clint se passionne entre les prises pour les métiers du cinéma, et, alors que les autres jouent aux cartes et tuent le temps comme ils le peuvent, lui s’intéresse aux aspects techniques de la production. Il aurait même demandé à réaliser un épisode, requête qui lui fut refusée, mais il se serait en revanche investi dans le travail de la seconde équipe. Une brève approche qui ne lui fit qu’effleurer la surface du métier de réalisateur, mais qui, peut-être, lui donna l’envie de donner vie à ses idées comme il l’entend. Vient ensuite le départ pour l’Europe en 1964, où Sergio Leone achève d’en faire une star internationale avec sa Trilogie du dollar.

L’étape suivante, c’est la création en 1968 de la société de production de Clint, The Malpaso Company. Pourquoi ce nom ? Deux théories existent : soit il a été adopté par Clint après son rôle de l’Homme sans Nom dans les films de Leone, que son agent jugeait comme un faux-pas, soit il s’agirait du nom d’une rivière qui coulerait près de la propriété d’Eastwood à Monterey. Le poste de producteur est vital pour le contrôle d’un film et de son script ; en faisant cela, Eastwood s’assurait d’imposer un minimum de sa vision dans les films auxquels il prenait part et qu’il choisissait de produire.

Enfin, ce qui va décider Eastwood à passer derrière la caméra, c’est le fait d’un homme, Don Siegel, qu’il a rencontré sur Un Shériff à New-York et qui le dirigera dans Les Proies ou encore le fameux Inspecteur Harry. Il va pousser Eastwood à proposer aux studios, avec un scénario d’un de ses amis, Jo Heims (qui sera également à l’origine de Dirty Harry et de Breezy), de réaliser lui-même un film. Lew Wasserman, patron de MCA et d’Universal, accepte et donne carte blanche à Eastwood, à condition qu’il ne touche qu’un salaire d’acteur et qu’il signe pour jouer dans plusieurs autres films. C’est donc un peu par chance qu’Eastwood a pu faire ses preuves, notamment grâce à son cachet en tant qu’acteur et à ses relations.


C’est ainsi que Clint a pu tourner en 1971 Un Frisson dans la Nuit, un titre que je vais vite remplacer dans cette propa par son titre original, Play Misty for Me, tellement plus en adéquation avec le sujet du film.

Play Misty for Me, donc, c’est l’histoire d’un DJ, David Garver, dans la petite station de jazz de Carmel, K.R.M.L, un petit play-boy qui profite de sa relative notoriété pour s’envoyer des groupies à foison. Un soir, il fait la rencontre d’Evelyn Draper, une fan un peu envahissante (et qui lui demande chaque soir de passer Misty d’Errol Garner) qui s’avèrera être atteinte de troubles psychiatriques, et qui va s’imposer de plus en plus dans la vie de David, au moment même où celui-ci retrouve Tobie Williams, une femme dont il est profondément amoureux, mais qui n’a pu supporter ses infidélités, et qui revient en ville au moment même où Evelyn entre dans la vie de David.


L’affiche originale

Avec un budget extrêmement réduit (725 000$), Clint tourne son film à Carmel et à Monterey, en partie dans sa propre propriété. Le travail de pré-production a donc été basé sur le vécu de Clint lui-même, qui faisait les repérages à partir de ses souvenirs. Il va sans dire que cela confère une sorte d’aura personnelle au film. De plus, Clint a retenu de Leone quelques leçons en ce qui concerne la façon d’aborder les grands espaces, et il parvient à opposer leur ouverture au caractère quasi-clostrophobique des intérieurs, ce qui donne un contraste intéressant. Et juste pour information, Clint deviendra maire de Carmel en 1986, c’est dire son attachement à cette région.

De par son genre, le thriller psychologique, le film repose énormément sur l’interprétation pour rester crédible. Celle de Clint, tout d’abord, qui incarne avec beaucoup de classe David, mais qui, un peu comme l’Homme-sans-Nom venait briser son image de cowboy héroïque, vient ici détourner son apparence de playboy cool qui se retrouve désemparé devant une folle furieuse. Psychotique incarnée avec un intensité et une vraisemblance assez incroyable par Jessica Walter, qui joue merveilleusement sur deux tableaux, celui de la gentille femme sexy et attentionnée et celui de la folle possessive et démente . Il faut vraiment la voir passer en un instant d’un état à l’autre (elle a été nominée aux Golden Globe de la meilleur actrice pour ce rôle). Les rôles secondaires s’en sortent assez bien eux aussi, Donna Mills dans le rôle de Tobie, John Larch dans la peau du truculent Sergeant McCallum. Enfin, il faut noter l’apparition de, tenez-vous bien, Don Siegel himself derrière le comptoir du Sardine Factory. Drôle d’échange de témoin, Eastwood qui passe à la réalisation et Siegel devant la caméra. Première scène du film qui a été tournée, Siegel était apparemment tellement stressé qu’il n’aurait pas pu aider Clint si celui-ci avait eu besoin de conseils pour sa première expérience en tant que réalisateur. La petite histoire voudrait que Clint, qui d’habitude effectue très peu de prises à l’instar de son mentor Siegel, aurait demandé à l’infortuné de refaire la scène 11 fois avant de demander au caméraman de charger la pellicule dans la caméra…


Mr Siegel dans Play Misty for Me

En toute sincérité, je m’attendais à une réalisation extrêmement classique, un peu bateau, et je suis donc tombé de haut en constatant l’audace dont Eastwood a fait preuve sur sa première œuvre. Soyons honnêtes, tout n’est pas réussi, mais il y a clairement des idées, des tentatives, des prises de risques. Au niveau des échecs, ou en tout cas des incompréhensions, un des plan voit les personnages discuter en marchant sur un trottoir, le plan coupe, on se retrouve à la plage…mais la conversation a continué comme si de rien entre les deux plans ! A côté de cela, un insert filmé sur la côte est l’occasion de repérer un énorme faux raccord entre deux vagues, pas franchement dérangeant mais qui fait tiquer. Au niveau des réussites, je retiens surtout le zoom sur les yeux de Clint lorsqu’il tient Jessica Walter sur le lit, puis le fondu enchaîné sur son visage immobile le soir, et le dézoom qui s’en suit. Profond, intense, et qui fait très bien passer la notion d’ellipse. Le genre de plan qui n’aurait réussi qu’avec un acteur de la trempe de Clint, d’ailleurs. On a droit à un montage un peu…disons…pastoral ; une vraie bouffée d’air au beau milieu du film, qui vient adroitement apaiser la situation. A noter aussi, un passage au festival de Monterey, filmé un peu à la manière de la Nouvelle Vague (je ne saurais dire s’il s’en est inspiré), avec un véritable public qui n’hésite pas à regarder la caméra. C’est cependant très bien amené, et ne choque pas négativement. Le reste est généralement adroitement filmé, monté avec les moyens de l’époque. La lumière m’a surpris, et ce positivement. Les nombreuses scènes le soir sont vraiment chouettes, et les touches de lumières rouges qu’on trouve dans la propriété de Clint participent subtilement à l’ambiance.



La musique tient bien entendu une part extrêmement importante dans le film, et c’est l’occasion pour Clint de glisser dès son premier film une de ses plus grandes passions : le jazz. On retrouve bien entendu le Misty d’Errol Garner, réenregistré pour l’occasion avec un orchestre (à noter que Clint a dû batailler pour imposer ce titre, là où Universal voulait se contenter d’un titre de son catalogue). Il y a aussi le passage au Monterey, où l’on peut notamment apercevoir Cannonball Adderley nous jouer un passage vraiment émouvant de Country Preacher (composé par le claviériste Autrichien Joe Zawinul ; tout le monde s’en fout mais je le dis quand même…). A part ça, il y a pas mal de musique en fond sonore, intra et extra diégétique, surtout du jazz et peut un peu de pop-rock comme on en faisait dans les sixties.

Thématiquement, le film est également très novateur tout en gardant un aspect très Hitchcockien. Il est un panorama intéressant de la société des années 70, avec la révolution sexuelle, l’homosexualité, le féminisme qui monte. D’ailleurs, l’une des grosses originalités du film, c’est que la victime est ici un être masculin, et que le tueur prend les traits d’une jeune femme banale, dont le seul travers est d’ordre psychiatrique. D’ailleurs, et attention, c’est un spoiler : la scène finale voit Clint hésiter à se défendre face à une femme, puis, acculé, la frapper et provoquer sa mort par accident, ce qui, bien entendu, est le genre de chose qu’on ne montrait pas au cinéma à l’époque. On constate aussi l’importance que prend une actrice noir-américaine, appelée Birdie ( !), qui joue la femme de ménage de David, et ce avant le début de la Blaxploitation.

Play Misty for Me est, à bien des égards, une réussite. En tant que simple film, il propose un thriller de bonne facture, innovant pour son époque tout en gardant un côté très classique qui rappelle Hitchcock, mais il a surtout permis à Clint de faire ses preuves en tant que réalisateur (bouclé en avance et avec 50.000$ de budget non-utilisés !), et les revenus générés par ce film (plus de cinq fois la mise de départ) lui ont donné les moyens de persévérer dans cette voie, avec les succès que nous lui connaissons et qui seront chroniqués ici même par la fine équipe de CIN. A vous la parole, pour continuer l’épopée Clint Eastwood…

l'Homme des hautes plaines de Clint Eastwood (1973) by Evi

Tout commence avec un mirage, une musique discordante, un cavalier qui sort peu à peu du brouillard tel un fantôme, un fantôme sans nom.



Pour sa deuxième réalisation, Clint Eastwood reprend le mythe du cavalier sans nom exploité dans la trilogie de Leone. Mais si, chez Leone l'origine du cavalier (ou plutôt son absence d'origine) n'a pas grande importance car on sait qu'il est fait de chair et de sang, ici, cette absence d'information amène une atmosphère pesante qui va donner au film toute sa puissance.
En effet, l'histoire en elle-même est assez simple, on ne peut pas dire qu'Eastwood se soit foulé à écrire son scénario. Mais je ne pense pas que c'est ce qu'il a recherché, à faire un scénario dense avec une intrigue à se retrouver sur le cul à la fin du film. Pas du tout. Le film ne dépend que des personnages, et plus particulièrement de ce cavalier sans nom (évidemment). C'est un western qui recherche le cruel. On est loin des John-Wayne-tout-beau-tout-propre-tout-juste ou des Leone-Blondin-t'es-qu'un-gros-salopard (comment ça je caricature ?). On a un homme, un cavalier sans nom, le personnage principal mais ce n'est en aucun cas un héros, au contraire. Il est sale, immoral, profiteur, tueur, il transforme la ville en véritable enfer (aux sens propre et figuré), il met des gens dehors, il abandonne les habitants à l'arrivée des trois méchants, il se moque d'un prêtre, bref, c'est un gros salaud, en tout cas c'est ce que tout le monde pense.

L'histoire :

Un cavalier arrive dans une petite ville (une rue et une quinzaine de maisons) nommée Lago. Il traverse la rue pour arriver au saloon de l'autre côté, tous les habitants le scrutent. Au saloon, trois kékés le provoquent, mais cet homme n'a rien à faire de cloportes pareils et il part se faire raser. Pas de bol, les trois kékés ont mal pris la chose, ils le suivent dans le but de le tuer, mais ce sont eux qui se font dégommer. Évidemment, la chose ne passe pas inaperçue dans la ville. Il se trouve qu'en plus de cela, trois bandits, qui ont juré de venir ravager la ville pour se venger, viennent de sortir de prison. Les habitants ne doutent pas un instant qu'ils vont tenir leur promesse, ils ont besoin d'un homme fort, d'un tueur pour les sauver, et l'inconnu est là. Il va d'abord refuser. Après tout qu'est ce qui le retient ici ? Il n'aura de cesse pendant le film de répéter qu'il n'a aucune raison de rester dans cette ville, que rien ne l'y attache. Pourtant le spectateur sait que quelque chose se trame. Il le sait sans le savoir dès que l'inconnu se retourne au coup de fouet avant d'entrer dans le saloon. Puis il le sait vraiment quand les flashbacks commencent, (spoiler) ces flashbacks où l'on voit un homme se faire fouetter à mort par trois méchants (ceux qui sortent de prison) pendant que tous les habitants regardent sans rien dire (fin du spoiler). Mais il finit par accepter la demande des habitants à conditions qu'il puisse faire tout ce qu'il veut. Si les premières demandes sont « normales » (bottes, pistolets, etc.), les suivantes seront pires, jusqu'à transformer la ville en enfer.


welcome to hell


welcome too

Les personnages :

Commençons par ceux qui m'ont fait le plus sourire (voire rire), les personnages féminins. Il n'y en a que deux de notables : une blonde nymphomane, et une brune mariée et rangée. Ils sont assez stéréotypés, mais c'est souvent le cas des femmes dans les westerns.
La brune, Sarah, est la première à faire son apparition, mais pendant longtemps elle va rester celle qui regarde l'étranger d'un œil mauvais parce qu'elle sent que c'est un salaud et qui ne dit rien (mais ça se voit qu'elle n'en pense pas moins). Évidemment, elle va céder à l'étranger tellement ténébreux et captivant, mais pas du tout pour les mêmes raisons que notre blondinette.
Notre blondinette, Callie, m'a fait penser à Renée Zellweger dans Appaloosa (ou alors le contraire, enfin bref). On peut dire que c'est le genre de femme qui veut être possédée par un homme puissant, mais qui, si elle se fait repousser, va le lui faire payer. Des deux personnages c'est elle la moins intéressante puisqu'on la cerne très vite.
À mon sens, Sarah est la seule de la ville à être quelqu'un d'honnête, on voit d'ailleurs lors des flashbacks que c'est la seule à avoir voulu arrêter la mise à mort du Marshall Duncan (l'homme qui se fait fouetter). C'est peut être même la seule du film à ne pas avoir peur de l'inconnu, elle ne lui cède pas parce qu'il est fort, énigmatique ou je-ne-sais-quoi, mais plutôt parce qu'elle est lasse et qu'en plus son mari n'a rien fait pour empêcher qu'elle soit avec lui. Notons le court dialogue (en gros) entre elle et l'étranger « Tu fais peur et c'est dangereux. - Ils ont peur parce qu'ils ont quelque chose sur la conscience. »

J'ai trouvé les hommes de Lago assez effacés, probablement pour faire un contraste avec l'étranger. Ils sont d'abord tous très soumis, très trouillards, puis, quand ils commencent à en avoir franchement marre des manières de l'inconnu, ils tentent de se rebeller et se font écraser (bien évidemment). Mais il n'y a pas qu'avec l'inconnu qu'ils se comportent ainsi. En effet, lors des flashbacks, on voit très bien qu'ils sont tous restés debout à leur porte, pour observer la mise à mort du Marshall, sans rien faire, à demi dans l'ombre.

Les trois méchants, Stacey Bridges et les frères Carlin, ont des bonnes têtes de méchants (d'ailleurs je ne sais pas vous, mais je me suis toujours demandé ce que ça faisait d'avoir une tête de méchant, surtout quand on ne l'est pas).



On les voit peu : leur rapide sortie de prison, le moment où ils récupèrent des chevaux, leur arrivée en ville (attention spoiler dont tout le monde se doute) et quand ils se font dégommer par l'inconnu. On les voit dans les flashbacks également puisque ce sont eux qui tuent le Marshall à coups de fouet (fin du spoiler).


c'est moi qui ai le fouet maintenant

Et évidemment, il y a l'inconnu. Au départ on peut avoir un peu de mal à le cerner, il a beau être un gros salaud, ça ne l'empêche pas de donner des couvertures et des bonbons à une famille d'indiens sans le sous, mais on comprend vite que sa seule motivation est de faire chier les habitants de la ville.

(Spoiler)

Tout le film va tourner autour de l'identité de cet inconnu, c'est quelque chose qui hante le film dès le début. On se doute qu'il y a un lien avec le Marshall Duncan, mais on ne sait pas quoi : est ce le frère ? Le cousin au troisième degré ? Le meilleur ami ? Le fantôme ?
Je voudrais souligner que la version française casse horriblement tout le mystère qui tourne autour de son identité, ce qui casse une bonne partie du film à mon sens. En effet, quand l'inconnu s'en va à la fin, il croise le nain en train de graver le nom du Marshall Duncan sur la tombe (qui était jusqu'à présent vierge). Deux versions :
VO : « I never did know your name - Yes you do. Take care. » et il s'en va, laissant le nain surpris mais toujours sans réponse.
VF : « J'ai jamais su votre nom. - C'est celui que tu graves, celui de mon frère, prends en soin. » et l'inconnu s'en va en laissant le nain surpris mais avec sa réponse.
Je ne sais pas vous, mais j'aurais été Clint Eastwood, j'aurais porté plainte pour libre interprétation d'une fin qui casse tout le film. C'est vrai, le fait de savoir qui il est casse tout l'effet mystique, brouillard, ambiance malsaine du film. On aurait pu avoir un certain malaise jusqu'au bout, on aurait pu se dire « mais punaise qui sait ?! », malgré toutes les hypothèses possibles on serait resté sur notre faim (un peu comme pour la valise dans Pulp Fiction, c'est de l'or ou pas ?). Et c'est ça qui est génial dans ce film, c'est ça qui confère toute la puissance au rôle de l'étranger, c'est un étranger, un inconnu, un mec tout droit sorti de l'enfer pour faire payer aux habitants et aux méchants. Mais là on se dit « ah ouais, c'est son frère... ouais, on s'en doute un peu au final, pas terrible comme fin, peut mieux faire ». Enfin bref, faut le voir en VO hein.

(fin du spoiler)

J'ai noté une certaine ressemblance entre cet inconnu et celui que Clint Eastwood incarnera quelques années plus tard dans Pale Rider : un homme sans nom, habillé en noir, sur un cheval blanc (ou en tout cas clair), et qui n'a pas forcément des manières très « morales ». Il y a également un aspect mystique dans Pale Rider, avec une association à l'enfer puisque le cavalier apparaît alors que la jeune fille lit le passage des Quatre de l'Apocalypse, et plus particulièrement le passage sur la Mort.

En clair, l'Homme des hautes plaines est un western comme on en voit peu. C'est un film qui va au delà des westerns traditionnels avec règlements de compte au saloon, coups de feu dans tous les sens et plus vite que l'éclair, bruits d'éperons qui enlèvent toutes discrétion, en gros c'est un film à voir. Et puis, c'est Clint quoi.

Ainsi tout finit avec un mirage, une musique discordante, un cavalier qui rentre peu à peu dans le brouillard tel un fantôme, un fantôme sans nom.