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mercredi 1 janvier 2014

La Tour Infernale par Carban



Si la Tour Infernale est un film catastrophe sortie en 1974, c'est aussi le film de la rencontre au sommet entre deux des plus grands acteurs de cette époque.En effet Paul Newman et Steve McQueen se donnent la réplique dans ce film spectaculaire qui vous passera peut-être l'envie de séjourner dans un gratte-ciel.

Le film réalisé par John Guillermin et Irwin Allen est en fait une synthèse de deux romans, et s'inspire librement de la construction de grandes tours comme celle du World Trade Center par exemple, afin de montrer ce qui pourrait se passer en cas d'incendie dans une construction de ce genre.
En effet, la Tour Infernale commence lors de l’inauguration de la nouvelle plus grande tour du monde. La première partie du film sert principalement à nous présenter les personnages principaux, dont l'architecte de l'édifice Paul Newman. Pourtant les présentations ne trainent pas trop, et on peut noter plusieurs petits incidents électriques avant le début de la cérémonie.
Celle-ci à peine commencé, une incendie va se déclarer au 81ème étage. Commence alors pour les invités une nuit qu'ils ne seront pas près d'oublier, malgré l'intervention des pompiers et de leur courageux capitaine, Steve McQueen.

Tout d'abord, le film s'offre le luxe d'avoir un casting pour le moins exceptionnel. Outre Newman et McQueen, on notera la présence de Fred Astaire, Faye Dunaway, William Holden, Susan Blakely, Richard Chamberlain, ou encore O.J. Simpson qui était encore à cette époque, un citoyen respectable.
Si le film possède de nombreux personnages secondaires, on peut dire malgré tout que le scénario est suffisamment bien construit pour nous les présenter et leur donner une importance à l'histoire, sans que l'on s'éloigne de la construction standard du film catastrophe. Des codes que l'on retrouve encore aujourd'hui sont utilisés pour le film, qui marque finalement les débuts moderne du genre, avec son grand frère l'Aventure du Poseidon.



Bien évidemment, le film sert un propos qui lui est propre, et outre l'incendie d'un gratte-ciel, ce qui est vraiment mis en avant ici est la lutte de tous les instants fournies par les pompiers pour essayer de maitriser l'incendie et sauver des vies humaines. D'ailleurs lors de la scène d'ouverture, un hommage directe et rendu aux combattants du feu. Avec une mise en scène efficace et soignée, et des scènes spectaculaires mais d'un grand réalisme, on n'a aucun mal à imaginer la difficulté et le calvaire que cela doit être de lutter face à ce genre de catastrophes, dont les flammes ne sont pas le seul ennemi. Il est difficile de voir ce film sans imaginer l'enfer qu'a dû être pour ces hommes le World Trade Center, par exemple. En effet, si le film à plus de quarante ans aujourd'hui, il a admirablement bien vieilli, et conserve un effet intemporel, tellement les effets spéciaux et la réalisation sont correctes. Bien loin des films catastrophes plus récents qui préfères montrer des désastres à grandes échelles comme 2012, Le jour d'après ou ce genre de films, La tour infernale, présente la conséquence d'un incendie dans un immeuble, mais aussi dans des espaces particulièrement réduits comme les ascenseurs ou les cages d'escaliers, ce qui est particulièrement efficace pour conférer un maximum de réalisme. D'autant plus que plus l'espace est clos, plus le piège sera susceptible de se refermer sur les gens.



D'une certaine manière, ce film, qui décrit un incendie à grande échelle, s'attaque aussi à la cause principale de ces feux, et de toute catastrophe pouvant survenir dans l'immobilier, mettant en cause la construction même de l’édifice en matière de norme de sécurités ou simplement le côté peu scrupuleux des promoteurs qui, pour faire des économies sont prêts à se limiter aux standards, même quand ceux-ci ne suffisent pas. La responsabilité est clairement donner à l'être humain, et comme le dit le personnage de Steve McQueen, la construction de tours toujours plus hautes est un problème, quand on sait qu'on ne peut lutter efficacement contre le feu, au-delà de sept étages (à l'époque du film en tout cas.)

Pour en revenir au casting, si les deux acteurs principaux avaient pendant longtemps imaginés tourner un film ensemble, il aura fallut de longues négociations pour y arriver. Cependant le résultat est là, et les deux acteurs, s'impliquant dans leurs rôles, effectueront la plupart de leurs cascades eux-même. Pour la petite anecdote, c'est Steve McQueen qui réclama le rôle du capitaine des pompiers, alors qu'il était pressenti au départ pour celui de l'architecte. D'ailleurs l'acteur exigera de bénéficier du même nombre de lignes de dialogues que son rival (Paul Newman ayant débuté sa carrière avant celui-ci). Autre anecdote plus ironique celle-ci, le tournage du film s'est terminée un 11 septembre.Si le film fait la part belle aux deux acteurs, le scénario nous livre les petites histoires des acteurs secondaires, même si une fois la catastrophe bien lancée, ceux-ci sont mis en retraits, schéma assez classique des films du genre.



Néanmoins le film prend le temps de se mettre en place et si le début semble un peu long, les 2h45 passent finalement assez vite et l'on prend un réel plaisir face à ce spectacle, dont la tension crescendo reste très présente. A chaque instant on nous rappelle que nous somme face à quelque chose qui peut réellement arriver, et le réalisme de chaque scène ne fait aucune concession. Bien que mettant l'accent sur l'héroïsme des pompiers, le film nous montre également que bien souvent, ce sont les mouvements de paniques et la bêtise des gens qui enveniment et compliquent les situations. De plus il nous est montré à de maintes reprises, que le feu est un ennemi mortel, contre lequel on ne peut quasiment rien faire. Les fumées toxiques, la fragilisation des structures, et les flammes, forment un piège réel, sans compter les surprises que réservent le feu se déclenchant dans un local clos (embrasement généralisé éclair, explosion de fumée etc.) Et c'est sans doute pour son réalisme et sa mise en scène excellent que la Tour Infernale deviendra la référence en matière de film catastrophe, un an à peine après la sortie l'Aventure du Poseidon qui avaient déjà rencontré un grand succès. Après il est évident que ça reste un film, et que le tout est scénarisé, que certaines scènes sembleront un peu extraordinaire, mais le but d'un film, c'est aussi d'en mettre plein les yeux, mais le fond lui, reste solide et bien réel.



Pour conclure, malgré ses quarante ans, la Tour Infernale à très bien vieilli, et aujourd'hui encore, reste très efficace dans le genre du film catastrophe, même si on sent qu'on est bien dans les seventies. La réalisation est parfaitement menée, le spectaculaire est au rendez-vous, la bande son colle parfaitement aux situations oppressantes de ce piège de flammes, et un casting haut en couleur permettent à ce film de s'imposer comme une œuvre culte de cette époque, et qui fonctionne encore très bien aujourd'hui. On est loin du film catastrophe moderne, mais ce n'est pas déplaisant, au contraire.

Finalement, s'il y a une chose que l'on peut dire et qui est à retenir, c'est que le feu, ça brûle.

Lettre à Stan Wilson par Carban



Tu sais, depuis que tu es parti, le 7ème art a perdu l'un de ses créateurs les plus visionnaires. Tu as su traverser trois décennies de cinéma et surprendre avec ton travail colossale.
Tu fais indéniablement parti de ces magiciens qui en arrière plan donnent vie à l'extraordinaire, et si on retient plus facilement le nom d'un réalisateur, il ne fait nul doute que tu fais parti de ceux qui donnent réellement vie aux films les plus surprenants.
Mais grâce à ton travail tu as su t'imposer et être reconnu. Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment n'aurais-tu pas pu recevoir les multiples oscars et autres récompenses qui ont couronnés ta carrière ?

Après tout, tu es le père de tous les personnages emblématiques de ces trente dernières années. Peut-être que d'autres les ont pensés, mais toi tu leurs a donnés vie. Monstres, robots, alien ou créatures du passé, tellement te doivent leur existence, et tant qu'on parlera d'eux, personne ne pourra oublier l'artiste et le technicien de talent que tu étais. Ton nom restera à jamais lié aux effets spéciaux, et au-delà de ça, aux différentes technologies qui s'offraient à toi et dont tu as utilisé le plein potentiel pour insuffler la vie dans le rêve afin d'effrayer ou encore d'émerveiller.

Tu étais l'un de ces rares spécialistes de talent qui était indispensable au cinéma, qui aujourd'hui à de plus en plus tendance à se reposer sur les CGI, faute à l'avènement du numérique. Malgré les difficultés, tu as maintes fois prouvé qu'avec de l'ingéniosité on pouvait surpasser tous les défis, et je souhaite que tu serviras encore longtemps d'exemple à cette nouvelle génération qui prendra la relève et que tu as inspiré et fait rêver grâce à ton travail.

Prédator par Carban




Grand cru de mon année de naissance, Predator est le second film de John McTiernan, maître du film d'action de sa génération avec entre autre Pièges de Cristal. Cet action survival orienté SF donne la vedette à Arnold Schwarzenegger et à Apollo Creed.

Si l'histoire du film est assez basique en elle-même, l'intérêt se situe davantage dans la mise en scène et surtout dans la présentation d'un nouveau personnage phare dans le domaine de la fiction : le Predator, un extra-terrestre dont le principal plaisir est la collection de trophées acquis lors de traques.
C'est la triste découverte que fera une équipe de commandos américains envoyée dans la jungle sud-américaine pour libérer au départ des otages.Si la mission se passe plutôt bien, malgré quelques surprises, c'est bien lors de son repli que la petite équipe dirigée par Dutch (notre Arnold), va devoir faire face à un prédateur inconnu, qui à la vilaine habitude de tuer, dépecer et accrocher ses victimes la tête en bas. Le chemin de retour ne se fera pas sans heurs bien évidemment.

On peut clairement le dire, le scénario tient sur un timbre poste et ne risque pas d'émoustiller les capacités intellectuelles des spectateurs les plus exigeants. Le film reste cependant aujourd'hui encore un classique du cinéma de science-fiction. Il faut dire que le boulot fourni par McTiernan pour la mise en scène, mais surtout par Stan Winston pour créer cette créature toute particulière est très bien mené, et ainsi le Predator trouvera sa place dans notre univers de fiction à travers plusieurs films, mais également de jeux-vidéo ou encore de comics.



Pourtant ce n'était pas gagné au départ. En effet, la créature imaginée était totalement différente de celle que l'on connait, et c'est la collaboration des deux hommes qui permettra de créer le monstre emblématique que l'on connait aujourd'hui. Pour en revenir au film lui-même, il ne faut pas se leurrer, on est dans le testostéroné. Entre les poignées de mains épiques et ultra viriles, le tabac à chiquer, ou les blagues bien masculines, il n'y a pas de doutes, ici on est face à des militaires de chez l'Oncle Sam, et vu leur armement, ils sont là pour tout casser.
D'ailleurs les personnages sont assez stéréotypés, et on a le droit à tout, du black, au taciturne, au gringalet à lunette, en passant par le pisteur animiste d'origine amérindienne. Fallait bien un peu de sixième sens dans tout ce tas de muscles.
Et c'est justement parce que le film assume son côté léger au niveau de l’histoire, que l'on peut y prendre un plaisir malgré tout. D'autant plus que les chasseurs vont devenir les chassés, et que notre ami E.T. aux dreadlocks, sait y faire pour leur faire perdre la boule.

Cela dit, si Predator est devenu un film culte des années 80, malgré ce scénario qui plonge sans vergogne dans les clichés du genre, ce n'est pas gratuit non plus. Le côté grand spectacle est assuré, mais au-delà de ça, la mise en scène nous plonge dans l'ambiance. On ressent très bien la présence moite et chaude de la jungle, l'effet qu'elle a sur le commando, et surtout, le Predator est une créature qui intrigue. Pour de nombreuses raisons d'ailleurs. Tout d'abord on ne la voit pas.
Pas parce qu'elle se cache constamment mais surtout parce qu'elle est invisible grâce à une technologie inconnue sur Terre. On devine sa présence, on le sent rôder, mais son camouflage ne permet pas de le distinguer, ce qui va brouiller nos amis militaires qui ne savent pas contre quoi ils se battent.



Le Predator attise donc la curiosité. On se demande à quoi ressemble cette créature qui semble dotée d'une technologie supérieure aux humains, au point de tenir en échec un commando surentrainé. Aucune arme moderne ne peut en venir à bout et il faudra en venir à la force brute, bestiale, et à l'intelligence pour espérer triompher de cet inconnu.

En ce sens les dernières scènes du films sont une réussite et Schwarzy excelle dans son rôle de commando mis en position de faiblesse, tout comme Stalone le faisait dans le premier Rambo. Néanmoins McTiernan toujours dans son rôle de maitre de l'action, ne tente pas de nous angoisser et de nous effrayer comme le huitième passager de Ridley Scott peut le faire dans le Nostromo. Ici on est dans l'action pure et dure, et il ne s'agit pas de nous laisser supposer les choses, de nous surprendre ou de nos donner une crise cardiaque. Quelques scènes gores sont au rendez-vous pour mettre en avant le côté Safari du film, ainsi que les trophées collectés par le Predator, ainsi que sa nature violente et bestiale (on le voit arracher un crâne avec colonne vertébrale d'un coup).
Et c'est bien là, l'un des aspects intéressants du film. En effet celui-ci s'ouvre sur la mission du commando, où une petite troupe entrainée et parfaitement équipée parvient à vaincre des dizaines d'ennemis retranchés dans leur camps avec une violence palpables. Leurs supériorités est écrasantes, ils le savent et ils le montrent.
Pourtant une fois que le Predator se met en chasse, les rôles sont parfaitement inversés. Face aux aptitudes et aux équipements de la créature, les militaires en deviennent inefficaces, comme le montrent plusieurs déploiements de forces inutiles qui ne font que détruire des arbres sans même blesser le Predator. Pour vaincre une telle créature, il faudra régresser à un stade plus primaire.
C'est le constat qui s'impose à nous lors de la dernière scène où le personnage de Dutch parvient à leurrer la créature avec des moyens archaïques (utilisation de la boue), et des armes qui ont quelques millénaires de retard. D'ailleurs on notera que le Predator est un chasseur qui aime les défis et qui sait reconnaitre un adversaire valeureux, puisque celui-ci retirera ses armes les plus avancés pour affronter Dutch dans un combat final épique et violent.
Malgré tout, la créature en tant que prédateur ultime n'accepte pas la défaite, et est prête à tout.



Ainsi le film avec des choses simples parvient à s'imposer à coup de scènes explosives et de punchline savoureuses (qui ont d'ailleurs parfois plus d'effet dans la VF du film). Le film qui n'a pas loin de trente ans aujourd'hui, n'a pas mal vieilli, et la mise en scène montre clairement qu'en matière de film d'action burné, John McTiernan reste un des artiste du genre. On notera également la musique du grand Alan Silvestri qui a bien su trouver comment mettre en avant cette partie de chasse dans laquelle l'homme est la proie. Le thème principal, rend un bel hommage au Predator et ne manque pas de faire son effet.

Pour conclure Predator, bien que dans un registre différent d'Alien, et peut-être plus basique également, n'en demeure pas moins un film culte dans la SF d'action des années 80, et sait faire de ses simplicités apparentes une force qui finalement sert le film tout du long et prenant le luxe de poser une petite question métaphysique sur la supériorité technologique apparente et la violence.
Un classique à voir, avec des prestations d'acteur simples mais efficaces et des scènes d'action qui continuent de faire effet même 26 ans après.

dimanche 13 octobre 2013

Ink by Carban

Je prends aujourd'hui la plume (le clavier serait sans doute plus correct, mais admettons) pour vous parler d'un petit film indépendant sorti en 2009.

Prenant pour toile de fond l'éternelle opposition entre rêves et cauchemars, le réalisateur/scénariste/compositeur/producteur Jamin Winans, nous livre avec Ink un conte moderne intelligemment mis en scène. Son long-métrage qui se contente d'un petit budget de 250 mille dollars parvient à atteindre son objectif, puisque malgré une sortie en salle inexistante, il bénéficiera assez rapidement d'un succès important sur la toile, notamment via le téléchargement illégal. Selon le réalisateur, cette exposition inattendue fera quadrupler les ventes et les donations sur le site web du film. Devenu un véritable phénomène internet Ink parvient à faire le buzz et à s'imposer finalement à l’insu de son plein gré.



Nous pouvons saluer l'excellente qualité visuelle du film en matière d'effet spéciaux et de photographie, et ce malgré un faible budget pour un métrage de ce genre. Car Ink lorgne clairement du côté du cinéma fantastique, entrainant avec lui le spectateur dans une bataille silencieuses qui oppose chaque nuit les Conteurs et les Incubes. Si les premiers tentent d'apaiser le sommeil de chacun et de leur rendre ce moment le plus agréable possible, les seconds eux, exploitent nos peurs les plus enfouies afin de les faire ressurgir dans nos cauchemars.
Mais tout ceci est sans compter l'apparition de Ink, une créature hideuse qui poursuit un desseins tout autre et qui va se retrouver déchirer entre les uns et les autres.



Afin de donner un peu de matière à son film et de personnaliser tout ceci, le cinéaste prend le parti d'apporter quelques scènes d'actions efficaces opposants les deux factions. Loin des fusillades d'Hollywood (je rappelle que nous sommes dans un conte, tout de même), nous avons le droit à quelques scènes de combats lorgnant du côté du film d'art martiaux sans faire de l'excessif ou du spectaculaire. Le sujet du film n'est en effet pas là, et le réalisateur ne l'a pas oublié.
Bien que le sujet ne soit pas d'une originalité à toute épreuve, et qu'avec un bon sens minimal on pourra aisément comprendre le film avant sa fin, il est très facile de se laisser emporter par son histoire et par ses personnages. A l'instar d'un conte, il suffit de se laisser transporter, de se laisser conter cette histoire, de laisser la musique nous transporter avec les images. Selon moi Ink fait parti de ces films qui sont un peu comme une douce mélodie. On ne réfléchit pas dessus, et on se contente de se laisser transporter par les notes qui s'enchainent.

Alors bien sûr, il serra sans doute facile de trouver quelques défauts par ici ou par là (le rendu visuel par exemple peut surprendre, l'utilisation de filtres couleurs etc. étant omniprésents, il ne sera peut-être pas au gout de tous), mais ce qui est important, c'est le travail de qualité qu'a pu fournir un réalisateur indépendant, avec des acteurs inconnus, et un budget plus que restreint. C'est le genre de film qui peut donner une leçon à certaines grosses productions qui oublient que l'essentiel quand on veut créer une histoire, c'est d'y mettre une âme.
Et quand on pense qu'au départ aucun studio ne s'est montré intéressé par le scénario, on est en droit de se demander, au vu du succès rencontré par le film, qu'est-ce qu'il leur faut ?!

L'indifférence des studios et des distributeurs obligeront Winans et sa femme (productrice du film) à multiplier les casquettes durant le tournage ainsi qu'en post-production. Néanmoins, ce dur labeur porte ses fruits puisque malgré l'absence de distributeurs, le film arrive à se faire une place dans les festivals locaux, et ainsi, grâce à de bonnes critiques, à gagner une renommer sur le web, flirtant au niveaux des téléchargements avec les plus grands films SF de l'année 2009.



Et pour cause, l'histoire, le visuel, le côté dramatique du film ne manquent pas de toucher. A la fois sombre mais plein d'espoir, l'histoire est pleine de sensibilité, et rend de ce fait les personnages attachants.
Au-delà de ça, on pourra certainement voir des petites références aux certains monuments du cinéma de science-fiction. Le combat entre Conteurs et Incubes, qui agissent dans notre réalité sans y appartenir pourtant pourra rappeler Matrix, où le fait que tout ceci se passe durant la nuit, pendant que les gens dorment ne manquera pas de faire penser au chef d’œuvre de Proyas Dark City
Pourtant le film ne se contente pas de s’inspirer de ces prédécesseurs. Il développe son propre univers qui alterne entre différentes réalités, le passé, le présent et parvient même à y mêler le futur, permettant au conte de s'encrer irrémédiablement dans la réalité, sans oublier la magie propre à ce genre de récits.
Certaines scènes sont tous simplement bluffantes et l'une d'elle nous offre une réaction en chaine à la fois surprenante mais parfaitement maîtrisée.
Encore une fois la musique colle parfaitement à l'histoire, légère, douce, elle donne un aspect assez aérien au long-métrage.



En conclusion, Ink fait parti de ces films qui montrent que le 7ème Art, ce n'est pas qu'une question d'argent, de budget ou de têtes d'affiche. Un film intelligent, parfaitement réalisé, une histoire qui transporte et qui touche, et au final, un bon moment. Tout simplement.

Trailer
Scène de la réaction en chaine /!\ petit spoil!

lundi 2 janvier 2012

The Prodigies by Carban

The Prodigies est un film d'Antoine Charreyron, sorti en Juin 2011. C'est l'adaptation du roman la Nuit des Enfants Rois de Bernard Lenteric. Prenant un pari assez risqué, le réalisateur choisit de réaliser son film grâce à la motion capture ainsi qu'avec les techniques d'animations, malgré un univers très réaliste.
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Synopsis


Jimbo Farrar est un jeune enfant surdoué. Il est même plus que cela. Incompris et battu par ses parents, il laisse un jour ses capacités hors du commun prendre le dessus. Pris en charge par Charles Killian, Jimbo apprend à se maitriser ainsi qu'à faire bon usage de ses dons.

Une vingtaine d'années plus tard, Jimbo est devenu un brillant professeur au sein de la fondation Killian, mais l'existence possible d'autres comme lui l'obsède, et il dissimule un test dans un jeu en ligne, afin de les découvrir.
Un jour, 5 jeunes réussissent le test en même temps. Jimbo se met en tête de les rencontrer et de les réunir. Tous, connaissent comme lui une enfance difficile et sont isolés de par leur intelligence.
Alors que Jimbo les réunit et tente de les aider, un incident va définitivement faire perdre aux enfants la confiance qu'ils pouvaient encore avoir envers les adultes, et ils décident de se venger. Usant de leur pouvoir qui leur permet de contrôler certaines zones de leur cerveau, ainsi que du cerveau des autres, ils commencent un jeu de massacre dans lequel Jimbo doit faire un choix. Empêcher ses semblables de nuire, ou les rejoindre.



Analyse


La réalisation du film est tout d'abord très surprenante de par son aspect graphique assez élaboré. En effet, ici la motion capture est utilisée pour incarner des humains normaux, dans un monde relativement normal. Le film aurait très bien pu avoir une mise en scène traditionnelle, et le choix de l'animation est un procédé purement esthétique et artistique.
C'est sans doute un des points crucial du film puisque le réalisateur s'en sert également pour donner un aspect métaphorique à certaines scènes. Ainsi les scènes de violences extrêmes se passent dans une sorte de réalité parallèle, où les méchants deviennent des monstres hideux et effrayant. Cela permet de prendre le point de vue de l'enfant qui voit la scène à sa façon, et ainsi de la vivre comme il peut la vivre. Ce procédé est également utilisé pour renforcer certains ressentiments ou émotions.
Si le rendu final peut diviser, je le trouve très convaincant et suffisamment original pour créer la surprise, même si ce n'est pas le premier film à avoir subi un tel traitement.



L'histoire en elle-même reste très intéressante et dénonce plusieurs choses. Réactualisée par rapport au livre, on peut noter une certaine critique de la société moderne, du côté excessif de la télé-réalité qui traite finalement ici les enfants surdoués comme des monstres de foire en quelque sorte en les exposant au public. Le film traite également de la violence en général, et de la violence commise envers les enfants, de l'isolement que peuvent subir les enfants surdoués, souvent en marge des autres.
Les personnages restent très intéressants. Jimbo Farrar, lui, caractérise bien l'évolution de l'enfant qui a souffert, mais qui a su trouver ses repaires grâce à une figure paternelle. Il devient un homme gentil et doux, et même si ses vieux démons sommeillent en lui, il ne les réveillera que pour protéger ceux qu'il aime et non pour lui-même.
Les 5 enfants en revanche sont très différents. Voyant en Jimbo un espoir, mais subissant une nouvelle désillusion du monde des adultes en général, ils prendront le parti de ne compter que sur eux même et de se venger, éveillant ainsi leurs pires instincts.
A noter donc que ce sont de vrais acteurs qui ont réalisé les mouvements du film grâce à la technique de la motion capture, et que le film jongle entre scènes d'animations, captation de mouvements, et dessins à la main.



Là où le film trouve une certaine force percutante, c'est justement dans la violence qui l'anime. Bien qu'étant un film d'animation, certaines scènes sont d'une violence psychologique assez impressionnante ; et le point de vue des victimes, ainsi que la métamorphose des êtres mauvais en monstres par le ressentiment des enfants accentue cela davantage. Le fait qu'ici ce sont des enfants qui deviennent les principaux antagonistes en rajoute davantage. En effet, la cruauté, presque légitime, dont peuvent faire preuve les 5 surdoués est sans limite et voir le désir de vengeance, et la volonté extrême de faire le mal dans les yeux d'un enfant est encore plus percutant.

L'histoire est donc très prenante, et le système graphique du film ne m'a pas du tout déçu. Le tout possède un bon rythme, et l'action est au rendez-vous. The Prodigies possède vraiment les capacités d'un film traditionnel, et les petits plus dus à l'originalité d'un film d'animation. On pourra également noter une très bonne Bande Son réalisée par Klaus Badelt, qui offre au film une ambiance grand spectacle et prenante. Bien qu'on reconnait son style, son travail sert le film avec justesse.

Pour conclure, The Prodigies a été une bonne surprise pour moi, et s'il a divisé les avis lors de sa sortie, je trouve qu'il reste très correct, et mérite le coup d’œil. Le choix artistique ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais l'essentiel reste que le réalisateur a maitrisé son travail, ce qui est le cas ici.
L'histoire ainsi que les personnages sont vraiment très intéressants de manière générale, et le rythme est suffisamment soutenu pour que l'on ne s'ennuie pas, et que l'on y prenne un certain plaisir.
Pour une première réalisation, Charreyron a fait un très bon travail, sans compter qu'il n'a pas forcement choisi une mise en scène des plus faciles.

Trailer

lundi 20 juin 2011

300 by Carban

Film anglo-américain-écossais (oui oui) sorti en 2007 et réalisé par Zack Snyder, 300 est l'adaptation du roman graphique éponyme de Franck Miller. Le film nous donne une version assez fantastique et très romancée de la bataille des Thermopyles, qui opposa le roi Spartiate Léonidas, et 300 de ses soldats (pour simplifier le tout).



Synopsis

Le méchant roi Perse Xerxès, tyran travelo de son état, veut dominer la Grèce, et envoie donc un ultimatum à chaque cité : se plier ou mouriiiir. Bien sûr, la fière cité de Sparte, composée de farouches guerriers, refuse le marché, balance le diplomate au fond d'un puits et décide d'entrer en guerre contre une armée énormément plus nombreuse.
Le roi Léonidas, accompagné de quelques 300 soldats décide de ralentir l'avancé perse aux Thermopyles, fin passage près de la mer qui permet de s'enfoncer sur les territoires grecs, alors que sa femme, tente de convaincre les politiciens de Sparte d'envoyer le reste de l'armée pour prêter main forte à son mari.



Analyse

Si on cherche un film historique, on passera ici son chemin. Bien que l'intrigue générale soit assez conforme à la réalité dans les grandes lignes, Franck Miller, puis Zack Snyder ont pris de grandes libertés afin de donner au film une approche plus héroïque, et plus fantastique à l'histoire.
Comme le montre clairement les couleurs de la photographie, les costumes ou certaines situations, le réalisateur veut donner à son film un aspect moins convenu, et s'éloigne du péplum traditionnel.
Si les couleurs et la photographie du film sont à mon sens superbes, il est bon de noter que la plupart des scènes ont été tournées derrière un fond vert, et que les effets spéciaux font des miracles de nos jours. C'est pas moins de 1300 effets visuels qui auront été utilisés dans le film. Autant dire qu'on en trouve partout, dans chaque scène, dans chaque plan.

A partir de là, 300 assume clairement son aspect visuel à la fois étrange et attirant. Bien que le scénario soit assez simple, voire de la taille d'un timbre poste, la force du film vient justement de sa photographie originale, mais également du mythe incarné par ces 300 hommes qui défièrent tout un empire. Si la réalité peut sembler moins glorieuse, les faits ne sont finalement pas si différents que ça puisqu'il y avait une différence énorme entre les deux armées, et qu'à la fin de la bataille des Thermopyles, Léonidas combattra avec ses 300 soldats.

Outre les libertés historiques, le film cherche également à créer sa propre identité, afin de s'approcher d'un univers davantage irréel et divin. Ainsi, on peut le voir dans le traitement que donne le réalisateur à la sélection naturel des nouveaux-nés (bien qu'il puisse s'agir d'un fait réel, soumis à controverse), dans l'éducation des jeunes spartiates (tout aussi réel), ou encore chez les éphores, sans compter l'aspect assez étrange du personnage de Xerxès, grand folle, piercée, à moitié à poil. Mill, et Snyder, dans son interprétation réutilise les faits historiques tout en apportant un côté plus fantastique pour rester dans le ton du film (exemple de la scène avec le loup).



Ces aspects fantastiques et ces libertés n'auront pas été au goût de tous, puisque Franck Miller, tout comme Zack Snyder seront accusés de vouloir donner un aspect sombre et barbare à la culture perse, et 300 sera accusé de film de propagande pro-américain.
En effet, après la seconde guerre du golfe, et les tensions existantes entre l'Iran et l'occident, le film sera jugé comme discriminatoire et propagandiste, afin de glorifier le soldat "blanc" face aux sauvages d'Orient, dénués de toute culture.
Beaucoup de critiques feront des rapprochements entre le cinéma de propagande Nazi et le film de Snyder, allant parfois loin dans la comparaison, certains jouant sur les faits historiques pour discréditer davantage le film.
Le plus amusant seront les critiques disant que dans le film Sparte valorise les valeurs de liberté et de démocratie. Si pour la liberté c'est vrai, il ne me semble pas avoir entendu parler de démocratie dans le film. Comme quoi, quand les esprits s'échauffent...

Mis à part cette controverse sans doute exagérée et facile, le film explosera le boxe office, et pour un budget de 60 millions de dollars, en rapportera quasiment 7 fois plus.



En effet, en plus de l'aspect graphique très remarqué du film, on pourra également attirer l'attention sur ces 300 hommes en slips, bien bâtis, avec un sens de l'humour certain et une envie d'en découdre. Les acteurs s'en sortent plutôt bien, et Gérard Butler est convaincant dans son rôle de roi Spartiate. Les scènes de combats sont très esthétiques, et le réalisateur prend un malin plaisir à jouer avec le ralenti et l’accélération afin de garder un contrôle sur la vitesse de ses scènes d'action, et le pari est réussi. Sans compter qu'il faut le faire : crier comme un farouche guerrier devant un fond vert, et réussir à être convaincant, ça ne doit pas être l'exercice le plus facile.
On pourrait peut-être souligner le manque de charisme chez l'empereur Perse, et on aurait pu s'attendre à autre chose qu'à un géant efféminé, mais au moins on ressent clairement une mégalomanie qui ne peut qu'offenser les dieux.

Autre point fort du film : la musique de Tyler Bates qui est tout à fait dans le ton du long-métrage et qui correspond très bien à cet univers visuel original, à ces scènes d'action, à la vitesse changeante et au traitement global du film.



Pour conclure 300 est un très bon film. S'il ne mise pas tout sur un scénario ultra-complexe, l'univers visuel unique, ses acteurs et les scènes de combats grandioses qui le composent lui donne un attrait particulier. On pourrait presque déplorer la présence des intrigues politiques se déroulant dans la cité, qui font un peu trop remplissage à mon gout, mais ça permet de temps en temps de changer le rythme de film.
On peut également noter que la narration du film est plutôt une bonne idée et reste très agréable, conservant un côté assez littéraire et poétique, donnant l'impression qu'il s'agit d'une histoire contée, ou d'un témoignage écrit.
Bien que la réalité historique passe parfois à la trappe, il est bon de souligner que pour une adaptation de ce type, voulant s'orienter davantage vers un univers fantastique, c'est VOULU, et nécessaire. Et puis pour appelé le film 300, on est bien obligé de faire sans certains détails historiques. Donc s'il est bon de souligner les oublis historiques, il serait bête de les reprocher au film.
Un très bon film de Snyder selon moi, et un bon moment de cinéma pour se divertir et passer du bon temps.

Divers : Il est très agréable de savoir que le film réutilise des citations ayant réellement eu lieu durant la bataille, et que tout n'est peut-être pas aussi fantasmé qu'on pourrait le croire. Mais pour la vision réaliste de la bataille, Frifri nous a concocté deux articles sur le sujet.


Trailer
OST - To Victory
OST - Returns a King
OST - Message for the Queen
OST - Goodbye my Love

lundi 25 avril 2011

Dead Poets Society by Carban

Film sorti en 1989 et devenu culte aujourd'hui, Dead Poets Society a été plusieurs fois récompensé. Titulaire de l'Oscar du meilleur scénario original et du César du meilleur film étranger, son réalisateur Peter Weir nous présente en effet un film fort sur la jeunesse et sur l'importance de vivre sa vie pleinement.



Synopsis

Todd Anderson, jeune adolescent introverti, rejoint la célèbre école de Welton comme son frère avant lui. Lieu d'enseignement uniquement pour garçon, Welton a la réputation de former ses élèves de la manière la plus réputée, au prix d'un enseignement très dur.
Avec ses amis, dont Neil Pery, Knoxe ou encore Charlie, le jeune homme essaye de s'habituer à sa nouvelle vie.
Pourtant l'arrivée d'un nouveau professeur de littérature, ancien élève de Welton lui aussi, John Keating, va complètement changer leurs habitudes scolaires. Ce dernier, professeur passionné, va leur apprendre l'importance du "carpe diem", de vivre le jour présent, en accordant de l'importance à la libre pensée et en la concrétisation de ses rêves.



Analyse

Dead Poets Society nous plonge dans l'univers assez peu réjouissant d'une école privée très dure où tout est surveillé. Comme le montre le discours d'entrée du directeur, l'académie de Welton forme l'élite et on comprend assez rapidement que les étudiants ne vont pas s'amuser. Sentiment partagé par les concernés, lorsqu'ils rejoignent leur dortoir.
Pourtant le film prend une dimension tout de suite plus ouverte avec l'entrée en scène de Robin Williams, qui dès les départ confère au film un intérêt tout particulier dans sa façon d'être et dans ses dialogues. Rapidement ses tirades rencontrent l'oreille attentive des étudiants comme des spectateurs. Sa connaissance de la littérature classique anglaise, l'utilisation qu'il en fait et sa façon de parler captivent.
Si nous suivons davantage le parcours du groupe d'amis dans le film, c'est à mon sens l'interprétation de Robin Williams qui en est indéniablement le moteur et qui rythme la vie des étudiants.

Son interprétation est très juste. Personnage à la fois attachant et paternel, l'acteur est très bien dans la peau de ce professeur et on ressent la passion qu'il a pour son métier. La dimension dramatique du personnage, notamment à la fin du film, est elle aussi poignante, et à l'instar de celui qu'il interprète dans Will Hunting, on ressent le côté passionné de l'homme dans ce qu'il fait, et pourtant on a du mal à cerner le côté plus personnel de sa vie, comme si l'essentiel de son existence était son métier (ce qu'il dit implicitement dans le film).



La bande d'amis est également la force du film. Très diversifiée au niveau des personnages et des interprètes, on s'identifie facilement à eux, et suivons leur année scolaire, ainsi que les 400 coups avec à la fois un certain plaisir et une certaine tristesse à certaines occasions. On peut noter l'apparition de Ethan Hawke dans le rôle de Todd Anderson, mais j'ai trouvé son personnage un peu trop introverti et trop effacé. À ses côtés nous avons Robert Sean Leonard (Dr Wilson), interprète de Neil Perry, plus enclin à profiter de la liberté qu'il peut avoir et d'assouvir sa passion du théâtre malgré l'interdit paternel. Sa rencontre avec Keating est donc une révélation.
Nous pouvons également citer Josh Charles en amoureux transit, ou encore Gale Hansen en tête brûlée complètement décalée, un peu rebelle, mais qui nous apporte certains moments forts du film. Un personnage attachant et drôle.

Ainsi avec des personnages variés, (qui peuvent tomber parfois dans le cliché, mais comment faire autrement), le film nous offre un panel d'acteurs convaincants. Tout au long, la notion de Carpe Diem reste mise en avant et nous suivons les cours de Keating avec plaisir.
Le film traite également du désir d'affranchissement qu'ont les étudiants par rapport à leurs parents qui essayent de tracer leur vie alors qu'ils n'ont encore que l'âge de rêver à leur avenir. Grâce à l'ouverture d'esprit et à la poésie, Keating va leur apporter les clés nécessaires à la liberté de penser et d'agir par eux-même, ce qu'ils vont faire, notamment en bravant les interdits de l'école (exemple flagrant : la création du Cercle).

Avec ce film Peter Weir a pris un certain risque. Il est difficile de réaliser un film qui traite de poésie tout en le rendant intéressant sur la durée. Pas d'action réelle, pas de rebondissement inattendu, le film suit son cours, suit la vie des étudiants, sans pour autant jamais tomber dans les longueurs et l'ennui. La mise en scène est parfaitement maitrisée et nous attendons la suite avec impatience et curiosité. Assumant un certain anti-conformiste, notamment chez son professeur, Weir assure un film pour tous, à la fois émouvant et touchant, et drôle dans des situations inattendues, notamment au sein d'une école ayant ce prestige.
La musique de Maurice Jarre quant à elle est tout à fait dans le ton, très belle, elle assure au film sa force.



Pour conclure, Dead Poets Society est un très bon film, peut-être pas réservé à tout le monde à cause de son rythme assez particulier et de son contexte assez restreint (internat de garçon). Pourtant le long métrage est porté par des acteurs très bons, notamment la prestation exceptionnelle de Robin Williams qui nous montre toute l'étendue de son talent, dans un rôle qui pourtant reste assez simple. Il parvient néanmoins à captiver dès le début du film et à sublimer son personnage.
Bien qu'il ait sans doute un peu vieilli, ce film ne se démode pas et reste un classique du genre, à voir pour sa poésie particulière et son scénario de qualité. À noter que le film a rapporté au box-office mondial 15 fois plus que ce qu'il a couté à la production.

Trailer
Soundtrack - Keating's Triumph
Soundtrack - Carpe Diem

Divers : Est-ce qu'il n'y a que moi que cette phrase du film a "surpris" : voix dure "Asseyez-vous monsieur Anderson !... Répondez à la question monsieur Anderson !"

lundi 18 avril 2011

Master & Commander by Carban

5 ans après le mythique The Truman Show et 14 ans après l'oscarisé Dead Poets Society, Peter Weir revenait en 2003 avec un nouveau film, qui cette fois-ci nous emportait sur les océans du bout du monde.
Avec un thème assez peu utilisé au cinéma et une tête d'affiche comme Russel Crowe, Weir nous promet un grand film d'aventure maritime. Promesse tenue ou non ?



Synopsis

Au début des années 1800, le navire anglais HSM Surprise est attaqué par un navire français, l'Acheron. Le capitaine Jack Aubry, commandant du Surprise décide contre l'avis de son équipage de se lancer à la poursuite de son agresseur à travers tout le Pacifique afin de laver cet affront.
Bien que voguant en mers inconnues et malgré la supériorité de l'Acheron, rien ne pourra faire changer d'avis le capitaine, pas même son fidèle ami Maturin, médecin de bord et naturaliste passionné.



Analyse

Chose frappante chez Peter Weir, et notamment dans ses films d'aventures, c'est la grande qualité dont jouit la photographie. On a pu le voir récemment dans The Way Back et ce n'est pas son précédent film Master & Commander qui déroge à la règle. Et pourtant filmer en mer n'est pas forcément la chose la plus aisée à faire. Pourtant le réalisateur nous ravit avec des images exotiques tout à fait sublimes.
Outre l'image même de l'océan en général, Weir nous emmène jusqu'aux Galapagos et nous fait arpenter un monde intimiste et inconnu et c'est avec l'équipe du Surprise que nous voguons à travers le Pacifique pour en découvrir les secrets et les dangers.
Le film recevra d'ailleurs l'Oscar de la meilleure photographie, récompense largement méritée au vu des images que nous offre le long-métrage.



Et pourtant le scénario lui-même était risqué. En effet, sans aller jusqu'à parler de huis clos, nous ne quittons jamais le Surprise sauf pour suivre les personnages principaux durant une rare escale. Il fallait donc pouvoir traiter un sujet avec peu de marge de manœuvre et rendre un duel sans fin entre deux navires haletant et passionnant.
Cela pourrait marcher facilement dans un livre, mais comme on a pu souvent le remarquer, ce qui fonctionne en littérature ne fonctionne pas toujours sur grand écran. Le film est cependant une adaptation combinée de plusieurs romans de l'écrivain Patrick O'Brian, les personnages de Aubry et de Maturin en étant les protagonistes principaux.
Malgré les difficultés imposées par les restrictions du scénario, Weir parvient à rendre son film intéressant et à nous raconter la vie d'un équipage militaire au début du XIX siècle.
Afin d'y parvenir il n'hésite pas à multiplier les personnages secondaires, se penchant sur certains avec plus d'attention, et c'est ce qui confère au film son attrait.

En effet, outre Russel Crowe qu'on ne présente plus, surtout depuis l'Oscar qu'il a gagné trois ans auparavant, et qui joue toujours à la perfection et sans fausses notes, le film possède de nombreux personnages contrastés, qui permettent de mettre en avant la difficulté de la vie à bord d'un vaisseau de guerre.
Le personnage d'Aubry reste forcement le plus intéressant. Officier au sang froid, courageux, sévère mais juste, intransigeant et borné et qui pourtant est prêt à tout pour ses amis proches. Le rôle a tout de suite séduit le comédien, qui aime les personnages au caractère marqué, et on sent qu'il s'investit comme à l'accoutumé entièrement dans son rôle, prenant possession du capitaine Aubry.
Le second rôle est celui de Maturin, interprété par Paul Bettany, bon dans sa prestation. Médecin fidèle et dévoué, c'est aussi un naturaliste précurseur, en avant sur son temps, qui voit en ce voyage l'opportunité de découvrir de nouvelles espèces animales et végétales. Souvent en désaccord avec Aubry, on ressent la force de leur amitié et de leur loyauté malgré les disputes. Une certaine complicité est présente entre les deux acteurs qui avaient déjà tourné ensemble par le passé dans Un Homme d'Exception.
À noter une apparition de Billy Pipin Boyd.



Les seconds rôles tous aussi présents, permettent de mettre en avant les tensions, les difficultés et parfois l'insubordination qui peuvent naitre dans un lieu isolé. Mais c'est aussi l'occasion de montrer l'entraide et la solidarité dans les moments difficiles. On pourra noter la performance du jeune (au moment du tournage) Max Pirkis qui interprète un jeune officier d'une douzaine d'années, les marins pouvant être très jeunes à l'époque, et qui arrive à tirer son épingle du jeu dans ce monde d'hommes. À noter le côté amusant du gamin de douze ans qui crie et donne des ordres à des marins pouvant être son père.
Le film en général reste très bien interprété et permet de rendre compte du monde marin en général (absence de vent, tempêtes, batailles, blessures, ainsi que de la forte superstition qui l'habite). À noter que les figurants ont été recrutés à peu partout et sont originaires des quatre coins du monde, le réalisateur voulant trouver des visages "d'époque" et non des gravures de mode.

La musique, qui est toujours essentielle dans un film d'aventure, est bien présente et témoigne de la bataille acharnée qui oppose les deux vaisseaux de guerre. Celle-ci, écrite par de nombreux compositeurs, alterne les moments de tension et les moments de détente, durant les escales, ou l'utilisation de plusieurs morceaux de musique classique, notamment durant les repas des officiers du Surprise, afin de donner au film les effets souhaités.

Autre point important du film, le lieu de tournage : le navire Surprise. Afin de crédibiliser son film, c'est un véritable trois-mats qui a été utilisé pour les besoins du long-métrage et qui a été retravaillé pour le rendre le plus réaliste possible aux navires britanniques de cette époque. Ainsi pour en garantir l'authenticité, l'équipe du film s'est largement documentée.
Le seul tournage n'ayant pas lieu en mer a été fait sur les îles Galapagos, fait assez rare, puisque c'est la première fois qu'un film est tourné dans cette région du monde connue pour la diversité de sa faune et de sa flore. Il aura fallu de longues négociations pour que l'équipe puisse recevoir l'autorisation de filmer dans cette zone protégée, mais au final cela nous permet de visiter sommairement ce lieu inconnu.

Le film, outre l'Oscar de la meilleure photographie, a reçu l'Oscar du meilleur montage sonore et avait été nominé pour 8 autres statuettes, notamment celle du meilleur film et celle du meilleur réalisateur.
On peut donc dire que Peter Weir réussit son pari et nous offre un excellent film, malgré des risques de longueurs assez présents.



Pour conclure, Master & Commander est un excellent film, à tous les niveaux. On ne s'ennuie pas, on découvre un univers qui n'est pas souvent traité au cinéma (surtout ces dernières décennies) et le long-métrage jouit d'une attention soignée globale. On retiendra la performance de Russel Crowe qui bien que très bonne, reste en-dessous (selon moi) de celle de Gladiator, mais son personnage reste comme toujours intéressant et comme dans chacun de ses films, il parvient à lui conférer une force de caractère saisissante.
Peter Weir quant à lui rend un bel hommage à O'Brian, décédé quelques années plus tôt et nous livre un film réaliste et fidèle sur le monde de la marine et sur le travail de l'auteur.
Un très bon film d'aventure à voir et à revoir, que je conseille à tous.



Divers : Dans le roman, il s'agit d'un vaisseau américain et non d'un vaisseau français. Cependant quand le film a été réalisé en 2003, la France étant mal perçue aux USA (refus de la guerre en Irak, etc), il a été décidé de changer l'origine du navire. (De nombreux faits similaires se retrouveront dans le cinéma hollywoodien de cette période.)


Soundtrack - divers
Trailer

dimanche 3 avril 2011

Citizen Kane by Carban

Premier long métrage de et avec Orson Welles, Citizen Kane est considéré, encore sept décennies après sa sortie en salle comme l'un des meilleurs, voire le meilleur film jamais réalisé. Rien que cette réputation devrais attirer le cinéphile à regarder cette œuvre majeure du cinéma du début des années 40, et c'est pourquoi après avoir mis un certain temps, je me suis décidé à visionner ce film qui à l'époque a été qualifié de révolutionnaire d'un point de vu technique.



Synopsis

Le film commence sur la mort du magnat de la presse, Charles Foster Kane. Rapidement la nouvelle fait le tour du monde journalistique. On retrace sa vie, décortique son existence. Pourtant un mystère demeure.
Le dernier mot prononcé par Kane avant de mourir est Rosebud, et personne ne sait à quoi cela peut faire référence, pas même ceux qui ont été le plus proche de lui. Qu'est-ce qu'est ce bouton de rose ?
C'est la question à laquelle devra répondre le journaliste Thompson. En rencontrant les anciens associés, femmes, amis de Kane, le reporter va découvrir la vie d'un homme hors du commun, plein de contradictions, sans pour autant pouvoir cerner clairement le personnage, tellement les avis diverges et ne se recoupent pas forcément.



Analyse

Bien qu'acclamé par la critique à sa sortie Citizen Kane n'a pas eu le succès auquel il avait droit, pour la simple raison, que l'histoire de Charles Foster Kane, s'inspire en parti d'un autre magnat de la presse, bien réel celui-ci : William Randolph Hearst, qui n'a eu de cesse de tenter d'interdire le film, notamment à cause de l'expression rosebud qui aurait qualifier le clitoris de sa maitresse : l'actrice Marion Davis.
C'est donc après avoir subit une longue campagne de dénigrement de la part de Hearst, un combat avec sa propre maison de production et beaucoup de fatigue mentale que Welles parvient à sortir son film en salle en 1941.
C'est un film moderne et novateur au niveau de la technique qu'il présente, et si les critiques s'accordent pour en faire l'éloge, le public ne suit pas.
Pourtant Welles a su faire de son film une œuvre de visionnaire comme en témoigne sa caméra sûre et audacieuse ainsi que son système narratif particulier.

En effet, le personnage principal meurt au début du film, et si on a un léger aperçu de sa vie grâce à des documentaires et films d'archive, on va apprendre à connaitre le personnage à travers les yeux de ceux qui l'ont côtoyé de prés, comme ses femmes, ses amis et collaborateurs.
Welles alterne donc entre souvenirs des uns et des autres, et l'enquête de Thompson, et il utilise tous les moyens pour nous plonger dans le passé de Kane. Archives écrites, témoignages etc. et là où le réalisateur fait montre de son génie c'est dans la manière dont il recoupe la narration de son film.
Les témoignages ne sont pas toujours chronologique, certains étant antérieur à d'autres, ou l'un s'enchainant directement à un autre, mais d'un point de vu différent. Welles essaye d'être novateur et confère à la narration de son film une originalité réelle et saisissante sans être brouillon.



On peut également noter l'existence d'un narrateur omniscient au début du film qui raconte l'histoire même du magnat de la presse, ce qui amorce le début de l'histoire. C'est d'ailleurs grâce à ce narrateur que l'on connaitra le fin mot de l'histoire et non pas du fait des autres intervenants internes au film. Le film possède donc une narration fluide et bien suivie, à la fois grâce à l'entourage de Kane qui raconte quel homme il a été, mais également grâce à ce narrateur inconnu, qui nous montre et nous dit ce que l'on n'est pas censé voir ou entendre.

Citizen Kane a également révolutionné la technique cinématographique au niveau de l'utilisation de la caméra. Les plongés et contre-plongés sont très souvent utilisés dans le film, et parfois de manière inattendue et à contre-emploi. (certaines scènes montrant une contre-plongée là où l'on aurait attendu une plongée).
Welles joue aussi énormément avec le champs de la caméra et les plans, mettant ainsi en avant certains éléments du plan, ou s'en servant dans le déroulement de la séquence, changeant ainsi le point du vue ou attirant l'attention du spectateur sur un autre élément.
Le réalisateur aime jouer avec sa caméra comme le montre la première scène du film où la caméra passe à travers une grille et une fenêtre de manière fluide et sans coupure, s'infiltrant ainsi dans une nouvelle séquence sans coupure.



On peut également noter une large utilisation d'effet spéciaux dans le film (chose peu courante pour l'époque), notamment au niveaux des décors, ceux-ci étant souvent fictifs (utilisation de diapo ou de toiles peintes.)
Outre les trucages divers au niveau de l'utilisation de la caméra et de la manière de filmer (jeux de lumières, utilisation de la pellicule...), on peut également noter d'autres montages, comme Kane apparaissant à côté d'Adolphe Hitler sur une vidéo.
Orson Welles n'hésite pas à se servir d'images d'archive pour enrichir son film et son personnage.

Mais Citizen Kane, c'est aussi des acteurs, notamment la troupe du Mercury Theatre (dont est membre Welles) qui permettent à ce film d'être ce qu'il est. L'interprétation de Welles en Charles Foster Kane et s'étalant sur plusieurs décennies est saisissante. Dans le peu de temps que retracent les témoignages, on peut voir l'évolution d'un homme, de son développement et ses contradictions et finalement sa mégalomanie qui n'a pour seule compagnie qu'une solitude presque touchante. Kane est à la fois un personnage détestable et attachant. Mauvais mari, mauvais ami, qui ne veut accorder de l'importance qu'aux apparences, et qui portant aurait besoin de bien plus. Un personnage qui comme le dit son meilleur ami dans le film, demande beaucoup d'amour, alors qu'il en a si peu à donner.
Welles nous offre donc une prestation magistrale. Celle d'un homme complexe et difficile à cerner.
A ses côtés on peut voir de nombreux acteurs qui débutent aux côtés de Welles comme Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Ruth Warrick ou encore Everett Sloane qui nous présentent le personnage de Kane, souvent de manière pathétique, l'étant eux-même d'une certaine façons.
On peut également noter une qualité au niveau des dialogues, certains restant à l'esprit, comme une tirade d'Everett Sloane sur l'étrangeté de la mémoire.



En conclusion, Citizen Kane est un grand film, qu'il faut voir avec un certain recul néanmoins, et qu'il faut replacer dans son contexte. Ce film a 70 ans. Pour beaucoup il peut sembler ennuyant, aspect renforcé par sa forme, qui pourrait ressembler à celle d'un documentaire réalisé à la mort d'un quelconque homme publique. Néanmoins le procédé narratif, la qualité des acteurs, et le déroulement même du film, suffisent à attirer l'attention, sans compter la curiosité inspiré par ce fameux Rosebud dont on peut essayer de deviner la signification mais qui ne pourra que surprendre lors de sa révélation, compte tenu de la vie de ce personnage atypique.
Un film à voir, pour sa réputation, et parce qu'il s'agit d'un grand classique du cinéma, sans compter la parfaite réalisation dont il jouit.
Il est sans doute difficile aujourd'hui de classer ce film, compte tenu du cinéma moderne mais malgré la différence d'époque ce film mérite la place qu'il occupe dans le monde du septième art.



Divers :
- Tout le film repose sur un non-sens très facile et rapide à découvrir.
- Charles Monthy Burns des Simpsons est largement inspiré de Kane (histoire personnelle, son château et la clôture avec le "B" etc.). Le film inspirera la série de Groening à de nombreuses reprises.
- Citizen Kane possède de nombreuses références dans les milieux de l'art en général.

mercredi 30 mars 2011

Saving Private Ryan by Carban

Film de guerre sorti en 1998 et réalisé par Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan a été récompensé à de nombreuses reprises, notamment à la cérémonie des Oscars, en remportant 5 statuettes, dont celle du meilleur réalisateur.
Ce long-métrage de presque 3 heures met en scène Tom Hanks, Tom Sizemore, ainsi que Matt Damon ou encore Vin Diesel.



Synopsis

6 juin 1944. Après des mois d'attente, l'opération Overlord commence et le débarquement en Normandie a lieu. John Miller, capitaine d'une compagnie de Rangers est dans la première vague à débarquer à Omaha Beach.
Après une lutte sanglante et acharnée pour le contrôle de la plage, les Américains prennent pied en France et parviennent à repousser les Allemands hors des côtes.
Cependant après cette difficile victoire, une mission encore plus délicate est confiée à Miller.
Il doit en effet partir à la recherche d'un soldat parachuté derrière les lignes ennemies : James Ryan, afin de le ramener au pays.
En effet, Ryan a perdu ses trois frères à la guerre et le chef d'état-major des armées lui-même, Georges Marshall, désire ramener ce quatrième frère en vie à sa mère.

Commence alors pour Miller et ses hommes une longue quête en territoire ennemi. Mais alors que l'ennemi se fait de plus en plus présent, des questions divisent la troupe du capitaine.
La vie d'un seul homme mérite-elle qu'on lui sacrifie plusieurs autres ? D'autant plus que personne ne sait si Ryan est toujours en vie.



Analyse

Il faut sauver le soldat Ryan marque le spectateur d'entrée de jeu par une reconstitution hyper-réaliste du débarquement allié à Omaha beach. La reconstitution est quasi-historique et le réalisme est poussé à l'extrême, sombrant parfois dans l'horreur et le gore. Néanmoins, comment reprocher à un film de guerre, relatant un évènement historique, de se montrer vrai, bien que jugé cru à sa sortie.
Le résultat est là malgré tout et le spectateur est rapidement immergé dans cette bataille qui semble désespérée. On ressent clairement le coupe-gorge dans lequel se débat l'armée américaine et la caméra parfois subjective renforce encore plus cet aspect. Le mixage et la bande sonore (récompensés aux Oscars) sont d'une grande qualité et la déflagration des obus et des cartouches finissent de nous faire revivre cette bataille acharnée.
Spielberg réussit un coup de maître en tournant l'une des scènes étant considérée comme la meilleure scène de bataille du cinéma par de nombreux magazines. Plus d'un millier de figurants, le double en armes et un total de 11 millions de dollars auront été nécessaires pour tourner ce début de film qui dure pas loin de trente minutes, ce qui pour une introduction s'avère particulièrement long.

Le réalisateur n'a pas précipité sa mise en scène et laisse donc tout le temps nécessaire à son film pour se mettre en place, lui conférant ainsi un grand réalisme et un contexte marquant.



La photographie du film jouit d'une grande qualité, notamment lors de la scène du débarquement. L'image semble assez épurée, très peu de couleurs vives composent la scène. Seul le sang se démarque et cela renforce l'aspect visuel de la mise en scène. La luminosité est assez faible, le débarquement ayant eu lieu très tôt le matin. L'esthétique est très convaincante et Janusz Kaminski sera oscarisé pour son travail à la photographie. À noter également l'utilisation de caméras sous-marines qui enrichissent le visuel du film et le côté réaliste, montrant ainsi que de nombreux soldats sont morts noyés, ceux-ci ne pouvant débarquer sur la plage, ont alors essayé de nager jusqu'à elle, devant supporter la charge trop lourde de leurs équipements ou les mitrailleuses allemandes.

Au niveau des acteurs, on peut noter une grande qualité dans l'interprétation de Tom Hanks qui incarne un capitaine tout ce qu'il y a de plus humain au niveau des émotions. On ne tombe pas dans le cliché de l'officier américain à la grosse voix et au cigare. Il en va de même pour l'ensemble des acteurs constituant la troupe de Miller.
Chacun possède son propre caractère, plutôt bien mis en avant, et ceux-ci rendent bien compte des tensions qui peuvent se développer dans un groupe durant l'exécution d'une mission controversée. Néanmoins ils parviennent à rester solidaires dans l'adversité sans surjouer et stéréotyper le militaire américain en héros.
Tom Hanks est donc bien entouré, principalement par Tom Sizemore qui une fois de plus endosse l'uniforme pour le rôle de dur à cuir qui lui va si bien et par Matt Damon qui, un an après son Will Hunting, passe devant la caméra pour Spielberg, dans le rôle d'un jeune soldat courageux, sans trop en faire cependant. Il rend bien compte de l'esprit de camaraderie qui peut naître entre soldats et son interprétation est bien dosée.



Malgré quelques erreurs techniques (parfois volontaires), Spielberg nous offre une fois de plus un grand moment de cinéma et évoque l'une des plus grandes pages de notre histoire avec réalisme et une certaine neutralité. Il ne cherche pas à enfoncer les soldats allemands et à valoriser l'armée américaine. Il se contente de filmer une histoire, certes plus d'un point de vue que de l'autre, mais sans perdre de vue son objectif principal, qui n'est pas d'encenser les victoires alliées, mais de raconter l'histoire d'un groupe de soldats durant la seconde guerre mondiale et d'en profiter ainsi pour traiter ces évènements qui ont marqué l'histoire.
Un grand film donc, pour trois heures d'immersion dans un des conflits les plus célèbres du vingtième siècle. De plus, venant du réalisateur américain, la bande originale n'est pas en reste, puisque c'est John Williams qui s'y colle pour nous offrir une nouvelle fois une musique sublime qui épouse parfaitement le film. Même si le côté symphonique reste courant dans les films de guerre, l'essentiel est que l'effet soit là et que les morceaux s'accordent harmonieusement avec les différentes scènes et c'est le cas ici et plus encore.
Williams alterne les morceaux très instrumentalisés et symphoniques pour renforcer les moments forts du films et des morceaux plus intimistes pour mettre en avant des moments plus calmes ou qui font monter la tension de l'intrigue. Rien de très novateur en somme, mais la recette marche tellement bien.

Pour conclure, Saving Private Ryan est un excellent film, maintes fois récompensé. Avec un large budget de presque 90 millions de dollars, Spielberg a réussi à rendre son long-métrage grandiose et authentique.
À voir, et je dirais même plus, à voir sur écran géant (comme si c'était facile :p)



Trailler
OST - Omaha beach
OST - Finding pvt. Ryan
OST - Approaching The Enemy
OST - Tu es partout (Edith Piaf)

lundi 25 octobre 2010

Equilibrium de Kurt Wimmer (2002) by Carban

Sorti en 2002 et réalisé par Kurt Wimmer (ahah), Equilibrium est un film de science-fiction porté à l'écran par Christian Bale.
Surfant sur la vague de la Matrix-mania, ce long-métrage reprenant bon nombre de thèmes chers à la S.F. classique nous embarque dans un futur pas si loin que ça et dont le seul mot d'ordre est "Paix".



Synopsis

Après une troisième guerre mondiale meurtrière, le gouvernement de Libria cherche la cause de ce qui est tellement inhumain chez l'être humain et en vient à conclure que les sentiments sont responsables des pires atrocités commises par l'Homme envers ses semblables.
Le Père, chef spirituel et politique de Libria, décide de mettre au point un remède à ce mal : le Prozium. Ce composé chimique inhibe tout sentiment et permet ainsi de faire disparaitre la haine, la colère, la souffrance, mais également la joie ou l'amour.

Afin de préserver cette paix, une unité d'élite, le Tetra Grammaton, est formée. Ses membres, les ecclésiastes Grammaton, sont chargés d'éliminer la menace que représente les Transgresseurs, communauté refusant de prendre du Prozium. Possesseurs d'une technique de combat des plus efficaces, le kata-armé, les ecclésiastes sont des adversaires redoutables.

Malgré sa foie et son talent, le plus gradé des ecclésiastes, John Preston, va découvrir que le système qu'il sert est plein de failles et de privations après avoir malencontreusement brisé sa capsule de Prozium. Sa remise en question va l'amener à voir le monde dans lequel il vit d'une manière différente.


(As-tu déjà dansé avec le diable au clair de lune ?)

Analyse

Bien que le succès du film ne fut pas au rendez-vous lors de sa sortie en salle, aujourd'hui Equilibrium est considéré comme un film culte par de nombreux fans de science-fiction et a connu un grand succès lors de sa sortie en DVD.
Il faut dire qu'à la même période, au cinéma, paraissaient les deux derniers volets de la trilogie Matrix (oui oui les deux qu'on se demande pourquoi qu'ils existent). Face à un tel concurrent et avec une accroche quelque peu risquée ("forget the Matrix"), le film de Kurt Wimmer aurait pu tomber dans les oubliettes.

Néanmoins, malgré quelques erreurs techniques et scénaristiques, le résultat final est plus que satisfaisant, compte tenu du faible budget mis à la disposition d'un film de cette envergure.
L'histoire, bien qu'assez classique pour une œuvre de science-fiction et s'inspirant de grands récits de SF, est traitée de manière convaincante, même si parfois on pourrait souhaiter que certains points soient davantage approfondis.
Cependant le côté action du film reste son principal point fort et la mise au point du "Gun-Kata", art martial mêlant techniques de corps à corps et d'armes à feu, y est pour quelque chose. C'est le chorégraphe Jim Wickers qui en est à l'origine, et ce système de combat donne un caractère certain au film. Du coup à côté le bullet-time de Matrix ne semble plus tellement impressionnant.


(Kireiii-desu =^____^=)

L'autre point essentiel qui fait de ce long-métrage un bon film est le jeu sans fautes de Christian Bale. Loin de ses dernières interprétations plus médiocres, il nous livre ici un très bon personnage dont la froideur déshumanisée est aussi convaincante que son aspect plus sensible. La scène dans le palais de justice en est une très bonne illustration, chaque détail du visage marquant l'état d'esprit du personnage. Bale est criant de vérité dans son rôle.
Mention spéciale à Sean Bean (dédicace à notre concitoyenne et bleuette Wild) qui malgré une courte apparition nous montre une nouvelle fois son talent et sa sensibilité tout en pudeur. En plus dans ce film il garde sa bonne habitude qui est de ####.


("Mais tu sais, je suis pauvre et je n'ai que mes rêves. J'ai déposé mes rêves sous tes pieds. Marche doucement, car tu marches sur mes rêves.")

Pour ce qui est de (bou)Taye Diggs, troisième rôle du film, bah j'ai eu envie de le claquer dès sa première apparition, jusqu'à sa dernière.
Très bonne surprise également pour l'interprète du fils de Preston, qui malgré son jeune âge m'a fait presque peur, tellement qu'il semble pire que son paternel et dont le personnage nous offre un twist sympa et inattendu.

Du point de vue du scénario, Equilibrium traite de sujets largement utilisés dans la S.F. et ainsi la liberté est au centre du film.
Libria jouit/souffre d'une propagande de masse et une partie de la population lutte pour avoir le droit de retrouver son individualité. Le point intéressant du film, c'est que la lutte ici n'est pas réellement politique à proprement parlé. Si l'on se bat c'est pour avoir le droit d'éprouver des sentiments et de vivre comme un être humain normal.
Les conséquences du Prozium sont en effet assez dramatiques au niveau de nos sentiments comme le montrent certaines scènes du film et le bénéfice (plus aucunes guerres, etc) semble insignifiant par rapport à la perte des émotions et aux conséquences qui en découlent.
En ce sens, la fin du film est bien menée également car la violence a disparu à Libria en même temps que les sentiments et l'on voit clairement le résultat final.
Autre point intéressant du film : cet aspect de la violence. Les sentiments sont prohibés car ils se composent de colère et de haine, ce qui amène à la violence. Hors avec le Prozium tout ceci est censé disparaitre.
Cependant la police ainsi que les ecclésiastes Grammaton font preuve d'une grande violence, notamment dans l'utilisation du kata-armé qui combine armes létales et coups mortels. Privés de sentiments, ces hommes peuvent tuer les transgresseurs (même de sang froid, par exécutions sommaires) sans se poser de questions et sans remords.
Néanmoins l'on remarque clairement qu'après avoir arrêté de prendre du Prozium, Preston est incapable de tuer de sang froid, pas même un simple animal. Il fait preuve d'empathie sans raison apparente, ce dont il était incapable auparavant.
Les sentiments ici permettent de montrer le côté bon de l'être humain, coté qui disparait en même temps que le mauvais avec le Prozium.
Finalement Equilibrium témoigne de la nature humaine qui se compose du plus beau comme du plus laid, et du meilleur comme du pire. Cette dualité souffrant d'un manichéisme certain semble ne pas pouvoir être rompue et dans le fond, retirer à l'homme ses sentiments, c'est le priver de la seule part de lumière qui peut exister en lui.
Autre aspect qui peut être intéressant : l'utilisation des miroirs dans le film. Il suffit de voir l'impact qu'ils ont sur Preston, lorsqu'il se voit dedans à plusieurs reprises.


(Ça fait mal hein ?)

Pour conclure, Equilibrium est un très bon film de science-fiction malgré quelques erreurs. Le jeu des acteurs est excellent, les références artistiques du film bien choisies (bien que pas forcément originales) et la bande originale accompagne très bien les scènes du long-métrage.
On aurait aimé que l'ensemble soit plus étoffé et peut-être moins simpliste à certains moments, mais encore une fois le budget y est sans doute pour quelque chose, et ce film montre qu'avec peu, on peut faire aussi bien, voire mieux, qu'avec beaucoup (oui oui je pense aux deux derniers Matrix xD).

- Trailer (pas forcément pertinent dans les descriptions écrites je trouve)
- End Credits

Et vous ? Vos réactions ?

Trade de Marco Kreuzpaintner (2007) by Carban

Il est des films divertissants qui font parler d'eux et des films plus engagés, voire essentiels, qui restent davantage dans l'ombre car ils traitent d'un sujet délicat et pas à la portée de tout le monde.
C'est le cas de Trade, sous-titré les trafiquants de l'ombre. Film réalisé en 2007 par Marco Kreuzpaintner qui signe ici un film dur et sans concessions sur l'un des sujets les plus tabous dans notre société moderne.


(affiche sans équivoque à l'esthétique vraiment superbe je trouve)

Synopsis

Jorge, jeune mexicain de 17 ans, vit de menus larcins commis avec des amis à lui, détroussant les touristes de manière plus ou moins habile.
Le jour où Adriana, sa petite sœur de 13 ans, est kidnappée, Jorge entame une quête désespérée à travers le Mexique pour la retrouver.
Alors que les obstacles se font de plus en plus nombreux et qu'il devient de plus en plus clair que sa sœur a été embarquée par un réseau de prostitution, Jorge trouve un allié inattendu en la personne de Ray, un flic désabusé qui semble suivre une quête bien personnelle et dont les motivations font de lui son allié.



Analyse

Kreuzpainter signe ici un film sombre sur l'un des trafics les plus nauséabonds de nos sociétés modernes : le trafic sexuel. Le film ne parle pas que de prostitution au sens propre, mais s'attaque vraiment à quelque chose d'une envergure tout autre, à la vente de femmes et d'enfants à des particuliers qui peuvent les acheter via des réseaux spécialisés pour en faire on se doute quoi.
Le film décrit très bien le fonctionnement de ces réseaux, comment de jeunes immigrées souhaitant trouver une vie meilleure aux USA par exemple se font enlever, séquestrer puis violer avant de finir sur le trottoir quelque-part dans le monde capitaliste.

Trade mêle deux histoires parallèles, celle de Jorge et de Ray qui, de l'extérieur, tente de sauver Adriana de ce piège et celle de Veronika, une jeune polonaise victime d'un réseau de prostituion et qui prend la jeune Adriana sous son aile pour la protéger plus que possible des abus de ses tortionnaires, offrant une vision de l'intérieur du réseau.
Le film évoque également le prix de la virginité chez les jeunes filles, "marchandisant" cet aspect et en présentant cela comme un article rare et demandé. Il est en de même pour les jeunes garçons, principal "article" attendu dans les milieux pédophiles.


(Tout s'achète...)

La mise en scène est saisissante et joue avec les ralentis et les gros plans, notamment dans les scènes difficiles, fixant la caméra sur le visage des acteurs pour capter au mieux leurs émotions, leurs pensées, ce qui est somme toute très déroutant quand cela concerne un homme d'âge mûr qui pourrait être votre voisin et qui entraine une gamine de 13 ans dans des abris clandestins pour se faire faire une petite gâterie sur le chemin de la déportation dudit réseau.
Le film joue également avec une certaine banalisation (et non banalité) des scènes et des situations. En effet, les méchants ne semblent pas forcément monstrueux, les lieux de transit varient de la maison délabrée au petit pavillon de banlieue, les "consommateurs" sont des gens banals que l'on peut croiser n'importe où...
C'est sans doute l'une des raisons (outre le budget j'imagine) qui fait que les acteurs principaux de ce film ne soient pas connus. Outre Kevin Kline que l'on a pu voir au cinéma régulièrement, les autres acteurs sont méconnus, mais très bons et très naturels dans leur rôle. Le jeune Cesar Romas, interprète de Jorge, tire son épingle du jeu, jouant sur le côté "sanguin" du latino, mais également sur le côté fragile du frère effrayé qui se sent responsable de l'enlèvement de sa sœur.
Le rôle de Verokina, interprétée par Alicja Bachleda-Curuś (madame Colin Farrell), est sans défaut, puissant dans une interprétation dramatique mais pleine de dignité et de courage.


(... parce que tout se vend.)

Le film fait une forte entrée en matière également puisque Jorge et ses amis proposent aux touristes d'aller voir des jeunes filles, leur montrant des photos sans équivoque, et profitent de la confiance des voyageurs ainsi que de l'intérêt qu'ils ont pour ce genre de commerce pour les détrousser. Une nouvelle fois, cette scène démontre une banalisation du tourisme sexuel dans les pays concernés.
Trade allie des scènes très dures, des scènes de libération et des scènes d'angoisse sur un fond musical très bien choisi, la BO étant composé de chansons et de morceaux divers et variés (désolé mais je n'ai pas trouvé de morceaux à écouter).



Pour conclure, Trade est un film à voir malgré un thème pas facilement abordable, car il traite d'un sujet trop souvent tu. Le cinéma, outre une dimension divertissante, peut également avoir une dimension informative et préventive comme le montre la réalisation de Kreuzpaintner.
Avant ce film, jamais je n'aurais imaginé que ce genre de trafic puisse aller aussi loin et la conclusion narrative du film est tout simplement écœurante.

"La CIA estime qu'entre 50.000 et 100.000 filles, garçons et femmes sont amenés chaque année aux USA pour y être prostitués ou vendus comme objets sexuels. A travers le monde, plus d'un million de personne sont "trafiquées" contre leur gré. Nous ne trouvons pas de victimes aux Etats-Unis car nous n'en cherchons pas." -L'expert en trafic humain auprès du département d'Etat-

La scène finale est quant à elle une belle démonstration de l'ironie et du paradoxe du comportement humain. Elle a quelque chose de terrible, un constat et un réalisme éprouvant (Jorge en fera la triste expérience) qui ne laisse pas indifférent et dont on ne sort pas entièrement indemne.
Un film insupportable mais magnifique que je conseille vivement.

Trailer
Une des plus belles scènes du film /!\ SPOIL IN IT
(à noter la chanson du trailer et de la scène : Agnus Dei de Rufus Wainwright)

A vous !