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lundi 23 juillet 2012

Shame de Steve McQueen by Jim

Brandon, bel homme, la trentaine, propre sur lui, avec un bon boulot, joli garçon, séducteur, vit à New-York. Son quotidien, côté pile, métro, boulot, dodo, ne pas répondre aux messages de sa soeur. Côté face, sexe avec des prostituées, masturbation intensive à toute heure du jour et de la nuit en tous lieux, drague distinguée intempestive dans le but d’avoir des relations sexuelles éphémères avec des femmes, visionnage de films à caractère pornographique, live chat avec des hôtesses dénudées prêtes à tout pour son plaisir, magazines avec gros plans sur vagins, seins, clitoris, anus. Le sexe, voilà tout ce qui intéresse Brandon, victime de ses pulsions irrésistibles qui lui gâchent, socialement parlant, sa vie. A sa sœur, il ne parle pas. Aux femmes, il ne parle pas vraiment, il se contente de les allumer et de les déguster bestialement. Brandon est accro au sexe. Dépendant de son corps, de son sexe, de ses désirs charnels. Une femme, pourquoi l’aimer quand on peut déjà la baiser ? Couvrir sa peau de baisers langoureux, lécher chaque recoin de son corps, recevoir sa langue dans ses parties les plus intimes, pénétrer son corps, lui donner des spasmes, et surtout, aller au-delà de soi, entrer dans la performance, dans le plaisir purement érotique, presque masturbatoire dans le sens où la seule chose qui intéresse Brandon, c’est son plaisir à lui, sa propre jouissance, brute, dense, intense, infinie. 



La femme ne devient plus qu’un objet, un moyen d’obtenir le plaisir. La séduction, une étape obligatoire pour déshabiller du regard, enlever chaque bout de tissu, et prendre, oui, prendre le sexe, étroit, ouvert, accueillant des femmes. Dans le regard de Brandon, on ne voit que des vagins béants, des corps de femmes qui s’épuisent dans des gémissements de plénitude. Et si les femmes ne sont plus disponibles, que leurs hommes se font jaloux, protecteurs, il reste les autres hommes. Les personnes rencontrées par Brandon ne sont plus que des corps, des masturbateurs géants, des jouets sexuels qui ne servent qu’une chose : le besoin obsessionnel de s’envoyer en l’air, de sentir ses sens en extase et de combler ses envies lascives.

La corporéité est le grand thème de ce film du britannique Steve McQueen. Shame explore un moment dans la vie de Brandon, un instant où sa routine sexuelle bascule, la faute à l’arrivée de sa sœur, Sissy, dans son appartement. Brandon est victime de ses sens, totalement dépendant du rythme de son sexe, de ses habitudes luxurieuses, mises à mal par l’arrivée impromptue de sa sœur. Mais ce qui choque, qui reste dans les mémoires, c’est ce thème de la corporéité : les mouvements, les regards qui en disent plus long que les mots, la façon de Brandon d’aborder son propre corps, et celui des autres. Le corps, objet de désir, de plaisir, de fin en soi. Le corps de l’abandon, le corps de la souffrance. Car l’abstinence et les provocations entraînent irrémédiablement une douleur, un élancement, un besoin de combler ce vide, ce besoin définitivement corporel, inscrit dans la chair : en témoignent les scènes où Brandon se « défonce » en courant dans la rue afin de parer au fait qu’il ne peut avoir de rapport sexuel parce que sa sœur squatte son appartement. Notons aussi une scène où Brandon semble presque jouir de se faire tabasser, de faire ressentir à son corps ce que lui-même ne ressent plus. Mise à part une scène presque tragique où sa sœur chante « New-York » de Sinatra, Brandon ne semble rien ressentir. Pas d’émotions, pas d’attachement, pas de sentiments. Brandon est une machine qui a besoin d’être alimentée, d’être contentée, mais jamais aimée ; il ne ressent que la jouissance sexuelle. Quand on est qu’un corps et qu’on perçoit les autres comme de simples autres corps, il n’y a plus de sentiments, plus rien. Brandon est définitivement dans le pathologique, mais il y a une lueur d’espoir, qui transparaît dans la question finale du film :est-ce que Brandon va s’en sortir ?



La plus grande force de Shame est l’interprétation magistrale, définitivement corporelle, de Michael Fassbender. L’acteur se dépasse, se quitte, part dans un endroit où il n’y a plus de limites. Révélé en 2008 par Steve McQueen dans l’excellentissime Hunger, Fassbender peut se targuer d’être définitivement un des meilleurs acteurs actuellement. Mais si la force de Shame tient dans l’acteur principal, la faiblesse tient dans la façon de traiter le thème du film : Shame apparaît plus comme un documentaire intimiste stylé sur l’addiction sexuelle et ses répercussions sociales et personnelles. C’est ici qu’on aimerait savoir si ce choix est dû à une sorte de pudeur, ou un désir de ne pas trop en dévoiler, de ne pas s’approprier tous les tenants et aboutissants d’une histoire trop complexe pour être résolue comme une équation à une inconnue. Néanmoins, cette faiblesse est éclipsée par les acteurs, et également la réalisation fluide de McQueen.
La question de l’addiction sexuelle, fort débattue actuellement, a donc son importance majeure et est extrêmement crédible dans le film : en effet, on considère que pour parer à ce comportement d’addiction, il faut procéder comme avec les alcooliques ou drogués : supprimer l’addiction à la source, en s’arrangeant pour que la personne ne « consomme » plus de relations sexuelles, le temps que la personne travaille sur elle-même et puisse envisager que l’autre n’est pas un objet à sa disposition, pour son simple plaisir. Ce genre de traitement demande un grand investissement personnel, et bien entendu, beaucoup de temps. Mais l’addiction sexuelle est un véritable problème en termes de relations interpersonnelles, de rendement au travail (nombreux sont les accros au sexe qui sont licenciés, qui démissionnent de leur boulot et/ou collectionnent un grand nombre de boulots). D’ailleurs, l’addiction sexuelle ne figure pas dans le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, le manuel de référence utilisé par les psychiatres et psychologues pour tout ce qui est psychodiagnostic donc), mais, elle devrait figurer dans le DSM V. Ce problème est donc actuel et mérite l’attention et la considération de tous, dans l’optique où le cinéma sert à amener des problématiques, et à ouvrir le regard sur le monde.

Shame n’a pratiquement reçu que des éloges, amplement méritées, mais malgré son caractère majestueux, le film recèle une part de mystère, indispensable ou dispensable, telle est la question. C’est ainsi qu’est bâti Shame : sur les sous-entendus, les suppositions, ce qui peut potentiellement déranger certains. Mais pour les autres, le voyage risque de laisser en suspens des questions et un effroyable sentiment d’incompréhension : comment aborder le pathologique ? 



En conclusion, Shame, c’est un Michael Fassbender au sommet de son jeu d’acteur, un sujet traité à la fois avec délicatesse et franchise, et une embardée infernale vers les abysses du psychisme humain. Grandiose et classe.

trailer

mardi 28 février 2012

100 minutes d'éjaculation faciale by Blondin

Mise en bouche

Les critiques se sont emparées de Shame pour le porter en haut de l’affiche. Cependant, sous le feu des projecteurs on peut briller comme brûler. Tout l’encadrement du 7e art est unanime : le film s’annonce dérangeant, stimulant, hors des sentiers battus, riche de sens, complexe, construit, philosophique et raffiné. Un ovni au sujet duquel on s’exprime par le biais de superlatifs eux-mêmes soutenus par des adjectifs qui font référence à la Qualité.

Il faut admettre qu’il est ardu, dans un tel contexte, d’aborder ce travail cinématographique avec une neutralité absolue. Les médias jouent leur rôle quittent à brimer l’effet de surprise mais suscitent néanmoins la curiosité du spectateur. Loin d’un buzz certes mais pas à l’abri d’un marketing bouche-à-oreille relativement efficace.

Un générique sobre. Steve McQueen s’affiche à l’écran. Le réalisateur, pas l’acteur. Paix au premier tandis que le second est en instance de jugement.







Introduction visuelle et autres dérivés

Shame débute par une présentation sans paroles de Brandon (Michael Fassbender). On prend connaissance d’un homme baignant dans une atmosphère sexuelle. Tout est ordonné dans la vie de Brandon, tout est minuté. Chaque chose à sa place. Des prostituées de luxe triées sur le volet, du sexe dépourvu du moindre sentiment ? Rien ne semble échapper à son contrôle si ce n’est sont besoin constant d’assouvissement sexuel. Voici le thème central du film qui est présenté d’une manière peu subtile via, notamment, des messages vocaux sur son répondeur : « j’ai un cancer … le pire des cancers … le cancer du clito … appelle-moi Braaandon ». A cet instant, le spectateur devrait s’inquiéter pour la suite.

Brandon semble faire partie du « Top Management » de la société qui l’emploie. Son statut social transpire jusqu’aux extrémités de ses chemises haute couture. Son appartement new-yorkais de Golden Boy dénué de meubles et d’histoire mais cinglant de propreté et de modernité.

Hélas, Sissy (Carey Mulligan) la sœur de Brandon va débarquer. Elle est jeune, frivole et va perturber très sérieusement l’organisation quotidienne de son frère. Comment va-t-il pouvoir cacher sa vie sexuée ?

Contradictions ou comment essayer de prendre le spectateur par derrière

Tout d’abord, il ne faut pas prendre le spectateur pour un idiot. Brandon exerce une fonction qui lui permet de partir quand il le souhaite. Par exemple, il quitte son poste le matin et ne revient que le lendemain matin. A contrario, s’il arrive en retard le matin il est convié dans le bureau de son manager. Etrange me direz-vous ? Disons contradictoire et tout le film est parsemé d’incohérences scénaristiques. N’épiloguons pas davantage sur cet aspect car nous y passerions la nuit.

Le sexe, cette maladie qu’il faut soigner

Brandon est accro au sexe. Il visionne des films pornographiques à longueur de journée, fait l’amour à des call-girls de luxe, poursuit une fille dans le métro car son addiction peut prendre le dessus à chaque instant. Rien de neuf sous le soleil. La perversité de Brandon démontrée au travers de ses entretiens en live-cam avec une femme siliconée, on n’y croit guère.

Ainsi le film avancé comme une œuvre qui doit analyser le monde sexué et son marché s’éteint. C’est ridicule tellement les interactions entre les acteurs sont vulgarisées. Impossible de donner de la crédibilité au travail de McQueen tant il ne le mérite pas. Il nous propose une vision édulcorée du mal-être de Brandon car il était possible d’exploiter ce personnage bien au-delà de ce qui est proposé dans ce film. Fassbender est torturé mais sans jamais entrer dans l’analyse de sa souffrance parce qu’il souffre c’est un fait. In fine, ce travail traite du mal-être sociétal, du matérialisme et de la superficialité des relations humaines. Dans ce domaine, on a vu des travaux scéniques nettement plus probants.

A croire qu’on ne traite pas la superficialité relationnelle par la superficialité scénaristique. Durant une centaine de minutes, on comprend qu’il y a un malaise considérable entre sa sœur et lui. Tellement flagrant qu’un enfant de huit ans pourrait le déceler. A nouveau un manque cruel de finesse. Hélas les chapitres se succèdent dans un chaos sans intérêt. Creux, vide et sans volonté réelle d’approcher la complexité des sentiments humains. Une discussion intéressante dans un restaurant. Cinq minutes c’est insuffisant.

Le suçon religieux

Shame témoigne de l’omniprésence de la dimension judéo-chrétienne dans notre société. Cette empreinte moralisatrice qui rend le film dérangeant. (Sur ce point la critique avait raison). Une vision partiale de l’attirance physique et du désir corporel. On condamne le libertin errant mais on excuse voire on plaint l’homme marié qui trompe sa femme sans relâche. Sous prétexte qu’il se trouve sous la coupe du mariage, il est à excuser.

[SPOILER] Lorsque Brandon entre dans une discothèque gay. L’univers devient soudainement glauque. On quitte les lits duveteux, remplis de plumes où s’entrelacent des prostituées de luxe, belles, sensuelles et soignées jusqu’au bout des ongles pour une atmosphère pesante où les homosexuels sont présentés comme des citoyens basiques qui siphonnent des bières, portent des casquettes de camionneurs et se sodomisent partout dans le bar. La douceur et la beauté leur sont interdites ? On est en droit de se poser la question ? [FIN DU SPOILER]

Fassbender aurait pu permettre au film de s’en sortir mais même lui ne semble pas y croire. Loin du charisme d’un Christian Bale dans American Psycho. Erreur de casting ? Certainement pas. Fassbender ne manque pas de qualité. Ceci dit, il semble abandonné à son rôle et avoir manqué d’encadrement à l’instar du film. Carey Mulligan tire son épingle du jeu, elle possède décidemment un potentiel énorme qu’on avait pu apercevoir dans Drive. Touchante et sensuelle elle suscite à la fois tendresse et incompréhension. On a envie de la serrer dans ses bras, on a envie de comprendre sa relation avec son frère aussi mais McQueen ne nous offre pas cette opportunité.

Esthétiquement c’est une réussite. Par contre la bande originale est barbante et ne colle pas aux scènes.

Il ne faut pas tout intellectualiser certes mais il ne faudrait pas présenter l’être humain uniquement sous un aspect purement primitif. Un travail inachevé, une orientation républicaine.