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dimanche 13 octobre 2013

A single man by Jim

For the first time in my life I can't see my future. Everyday goes by in a haze, but today I have decided will be different



A Single Man s’ouvre avec un générique sombre qui met en scène le corps d’un homme nu, en train de se noyer, au plus profond des abysses. La fin de ce générique est entrecoupée par des plans fixes d’une voiture – victime d’un accident, dans une étendue quasiment infinie de neige. Ensuite, changement définitif de plan maintenant centré sur l’homme du générique, habillé, se dirigeant vers le corps sans vie de l’homme victime de l’accident de la route, ensanglanté, étendu dans la neige avec son chien. Le sang de l’homme accidenté souille la neige immaculée, et dans une vision entre l’onirisme et le fétichisme – par le biais de gros plans, l’homme du générique embrasse le mort. George s’éveille de son rêve, ému, choqué, déboussolé.

Just get through the goddamn day

A Single Man est un film sur le deuil, comment celui-ci affecte la vie, et surtout, comment nous décidons de nous en acquitter et de recommencer à vivre: George, professeur d’université d’une cinquantaine d’années, ne peut plus vivre depuis le décès accidentel de son compagnon, Jim, il y a un an, début des années soixante. Fatigué de vivre, emprisonné dans la répétition journalière d’actes devenant absurdes et insupportables, George décide un beau jour de se redonner une chance, un futur. L’action du film se déroule dès lors sur une journée, cette journée de changement dans la vie de George, tout en étant entrecoupée de flashbacks relatifs à la vie commune avec Jim et à l’annonce de son décès accidentel.


(Jim (Matthew Goode) et George (Colin Firth)

Outre son message universel sur le deuil, A Single Man délivre un message sur les valeurs intrinsèques de l’existence : l’amitié, l’amour, les êtres, la beauté. La plupart du temps, et particulièrement lorsqu’il est dans sa maison hantée par le souvenir lointain de Jim, George voit la vie de façon très sombre : tout a perdu son importance, plus rien n’a d’éclat, d’intérêt, tout n’est qu’une manifestation floue et absurde. Or, Tom Ford, le réalisateur du film, fait des choix très intéressants de mise en scène qui permettent à George de revoir de l’intérêt dans sa vie, par des jeux de saturation de couleurs : en effet, la plupart du temps, les couleurs sont désaturées, mais lorsque quelque chose d’inhabituel sort George de son gouffre – parfois une simple manifestation de beauté comme des belles personnes – survient, les couleurs se saturent, la lumière revient, le monde se fait alors éclatant, beau, solaire, chaleureux. Un monde dans lequel nous pouvons vivre, respirer, effleurer le bonheur. Mais ces passages de clarté et d’éclat sont minimes face à la morosité et à la tristesse. Comment retrouver le goût de vivre ? Comment redonner une chance à la vie ?

Malgré ce sujet très noir, jamais nous ne tombons dans le pathos pur, dans la surdramatisation. Tom Ford crée des séquences certes remplies d’émotions, mais toujours avec une grande élégance et un certain flegme britannique – George est anglais. Là où certains rajouteraient une couche, Tom Ford embellit, fabrique une narration poétique, et évite les effusions. L’émotion pure est retrouvée, au lieu d’une émotion façonnée par des mécanismes cinématographiques trop apparents. Même la musique composée par Abel Korzeniowski et Shigeru Umebayashi ne pousse jamais dans les retranchements affectifs : l’utilisation du violon représente la solitude, la perte de l’élan vital, mais en même temps, ce même violon symbolise la détermination, la volonté, l’instant présent si dur à vivre pour George qui ne conçoit qu’au passé le monde. Même une scène qui aurait pu être vecteur de larmes faciles se passe avec une délicatesse des plus flagrantes : ayant appris le décès de Jim par téléphone, George se précipite chez son amie Charley, en quête de réconfort. Il arrive chez elle, son visage noyé sous les larmes, et dans des mouvements de désespoir, il finit par étreindre Charley. Toute cette scène est muette en termes de dialogues : pas un son n’émane de la bouche hurlante de George, les voix sont occultées, le seul son audible est celui de la pluie, exaltée, assourdissante pour l’occasion : il pleure dans son cœur comme il pleut sur la ville.



La mise en scène de Tom Ford est très bien pensée : George est souvent seul dans des plans désaturés qui témoignent parfaitement de sa lassitude et de son incapacité à revoir la vie avec ses bons côtés ; lorsqu’il partage un plan avec un autre personnage, c’est souvent lorsque les couleurs sont saturées, lorsqu’il reprend goût à la vie, que les choses ne sont plus moroses - à l’exception d’un plan dans la salle des coffres de la banque où l’employée ferme la porte – avec des barreaux, sur George. Plan qui symbolise parfaitement l’enfermement psychique de George dans sa solitude et dans des souvenirs qui n’appartiennent plus qu’au passé. Pour les plans solitaires, le meilleur exemple est celui de George face à son auditoire lors de son cours : seul un plan général le présente avec les étudiants, ce même plan étant symbolique : George est dans le fond de l’image, loin, et seul, en bas des marches. Seul dans son malheur, au plus profond de la douleur. Le reste des plans de cette scène le présente seul, à son bureau, écoutant à peine les remarques de ses étudiants, prisonnier de sa lassitude. Et puis, lorsqu’il parle, il reste seul dans le cadre, en gros plan ou en plan rapproché taille, toujours isolé par rapport au groupe. Cette scène va dans le sens du titre du film : a single man, un homme célibataire, un homme seul. Définitivement seul malgré tout ce qui l’entoure.

Cette mise en scène oscille donc entre la solitude –grisâtre, morose, et le partage avec autrui dans un monde chaleureux. La seule chose qui peut encore sauver George, c’est justement ses liens avec les autres, le fait d’aller de l’avant, dans le partage. Ce monde chaleureux est souvent représenté aussi par des gros plans – fétichistes : la fumée qu’exhale la bouche d’un beau garçon après la première bouffée d’une cigarette, les yeux verts, des corps musclés en sueur d’étudiants jouant au tennis, la bouche sensuelle d’une étudiante, les yeux vifs d’un autre étudiant. Le caractère fixe de certains plans d’objets ou d’espaces participe aussi à la création du monde résolument solitaire : le plan sur le bureau parfaitement rangé, organisé, le plan sur le tiroir de l’armoire avec les chemises parfaitement pliées, George toujours habillé dans le raffinement le plus complet et avec un sens du détail certain, ces éléments sont tous les apparences d’une vie à la dérive ; dans l’ordre physique le plus complet règne le plus grand chaos psychique.


(Charley (Julianne Moore) et George)

A Single Man est porté par l’interprétation époustouflante de Colin Firth dans le rôle principal : avec simplicité, élégance, le britannique fait passer énormément d’émotions, et il est impossible de ne pas ressentir une once de sympathie pour ce personnage esseulé, privé de son grand amour. Julianne Moore est Charley, l’amie de longue date de George, une femme en proie à ses névroses qui vit dans des chimères passées. Dans le rôle du grand absent éternellement dans les pensées, Matthew Goode excelle : rieur, charmeur, au sourire dévastateur. Une bouffée d’air frais dans les souvenirs de George. Enfin, dans un rôle important, Nicholas Hoult, en toute sensibilité, en sauveur d’âmes.

Un des meilleurs films de 2009, au casting impeccablement emmené par Colin Firth au sommet de la transcendance, A Single Man est entré dans le cercle très fermé des films indispensables. Avec distinction, les émotions et humeurs de George se confondent, formant une ode poétique à la vie, à l’important, cet ensemble de petites choses qui redonnent du goût au morose, qui nous font avancer, jour après jour, dans la beauté du monde, cette beauté si difficile à capter pour ceux qui se noient dans leur mélancolie.

I'm just trying to get over an old love I guess

Trailer

vendredi 28 juin 2013

Harry Brown by Jack



Michael Caine est un acteur formidable maintenant internationalement connu grâce à son rôle d’Alfred Pennyworth dans les Batman de Nolan. Malheureusement ses apparitions sont toujours brèves et ne montrent qu’un bref aperçu du talent de cet homme.
Heureusement Harry Brown est là pour nous montrer l’étendue de ses qualités d’acteur. Car s’il profite d’une réalisation très correcte, c’est bien le personnage d’Harry qui est au cœur du film, preuve en est ce thème musical qui lui est attaché presque comme s’il était une sorte de super héros.



Harry vit seul car sa femme se trouve dans le coma. Il est de ces personnes âgées qui ont une vie bien rangée : sitôt levé le lit est fait, sitôt le repas fini la vaisselle est faite. En bref, un homme sans histoires.
Il habite dans un quartier difficile de Londres, au cœur d’une cité. Une de ces cités qui malgré toute la bonne volonté de certains policiers, comme l’inspecteur Frampton, est une zone de non droit où drogue et armes à feu ont pignon sur rue et où le fait de tirer sur une femme seule se promenant avec une poussette est considéré comme un loisir.

Harry est aussi un marine à la retraite qui n’aime pas vraiment parler de cette époque de sa vie malgré la myriade de médaille qu’elle lui a rapportée. D’ailleurs il n’aurait pas grand monde à qui en parler puisque sa femme ne tarde pas à décéder et qu’il n’a qu’un seul ami, Len.
Les deux hommes se retrouvent chaque après midi dans le même bar pour discuter et jouer aux échecs.
Len vit aussi dans la cité mais contrairement à Harry, il vit dans la crainte de ces jeunes qui ne cessent de le provoquer. Ne supportant plus cette vie, il enjoint Harry à prendre les armes avec lui pour débarrasser la cité de la racaille mais Harry, en homme raisonnable, lui conseille plutôt d’aller voir la police.

Suite à un énième provocation, Len décide en pleine nuit de se faire justice lui même.
L’inspecteur Frampton sonne à la porte d’Harry le matin suivant, Len a été assassiné.
Cette goutte d’eau va faire déborder le vase de cet homme qui n’a plus rien auquel se raccrocher dans la vie.



Là où beaucoup de films auraient pu partir dans la démesure et l’irréalisme, Harry Brown reste toujours juste, touchant et vrai.
Harry ne devient pas d’un coup un vigilante surpuissant, non, il reste Harry un homme à la retraite exaspéré par la déchéance de la société dans laquelle il vit et désespéré par la disparition des seules personnes qui comptaient pour lui.
Sa faiblesse physique et son abattement moral, néanmoins, ne sont jamais traités avec pitié. On n’a pas pitié d’Harry, on le comprend et on a peur pour lui.
L’autre personnage fort de l’histoire est donc l’inspecteur Frampton en charge de l’enquête sur le meurtre de Len. Un personnage secondaire traité aussi avec justesse, tiraillée entre le respect de la loi et sa compassion pour Harry.

Le film traite aussi de manière assez sobre et sans prise de parti le problème de la violence dans les cités et de ces jeunes sans repères et sans avenir en ouvrant sur une scène d’intronisation dans un gang et en filmant admirablement un affrontement entre les forces de polices et ces jeunes sans jamais les pointer du doigt ni les juger.


Etant une grande amatrice de films sur le thème de la vengeance, je classerais Harry Brown dans ces films rares et justes qui arrivent à nous faire comprendre la douleur des vengeurs sans basculer dans le pathos et qui laissent ces gens normaux en colère être des gens normaux et pas des super héros.

Trailer qui spoile un petit peu à ne pas regarder si vous voulez garder la surprise complète

vendredi 3 mai 2013

Elephant Man (1980) by Wommy




Film réalisé par David Lynch en 1980 sous la houlette de Mel Brooks à la production, il retrace l’histoire réelle de Joseph Merrick (John Hurt), nommé par erreur John dans le film, souffrant de graves difformités congénitales recueilli et secouru par le Docteur Frederick Treves (Anthony Hopkins). Le film rend hommage à Tod Browning et à son film Freaks mettant en scène des monstres de foire.

Le film a été nommé 8 fois aux oscars mais n’a remporté aucune statuette. En revanche, il remporta, entre autres, le grand prix du Festival International du film fantastique d’Avoriaz en 1981 et le césar du meilleur film étranger en 1982.

Synopsis
Londres, 1884, en pleine époque victorienne, et alors que les monstres de foires attirent un large public, celle de l’homme éléphant promet un spectacle horrible. Le Docteur Frederick Treves, grand chirurgien renommé, et intrigué professionnellement parlant par les malformations physiques de celui-ci, aimerait l’examiner. Il découvre John Merrick, un jeune homme de 21 ans, présentant d’extrêmes difformités, maltraité et malade. Il le recueille au sein de l’hôpital, et contre toute attente, découvre qu’il est capable de communiquer et surtout pourvu d’intelligence, de compréhension, de culture et d’un certain raffinement. Avec l’aval du conseil d’administration de l’hôpital et sous la protection de son directeur, John Merrick y obtient une chambre à vie, fait beaucoup parler de lui dans les journaux, et se lie d’amitié avec des gens de la Haute Société londonienne. Cependant son « propriétaire » au sein de la foire, n’est pas bien loin et est prêt à tout pour récupérer son gagne-pain.


John Merrick : People are frightened by what they don't understand.


De la réalité…



Le film se base sur la biographie du Docteur Treves, devenu avec le temps l’ami de Joseph Merrick, The Elephant Man and Other Reminiscences et sur le livre d’Ashley Montagu The Elephant Man, a Study in Human Dignity.
Le Docteur Treves présente l'Homme Éléphant à la société de pathologie de Londres comme un cas de difformité congénitale extrême. On a longtemps cru qu’il souffrait de neurofibromatose de type I dite aussi maladie de Recklinghausen, maladie neurologique héréditaire. Cependant des analyses ADN effectuées sur ses ossements auraient révélé qu’il souffrait du syndrome de Protée, une autre maladie génétique qui affecte la croissance des tissus et produit des déformations. Mais à l’heure actuelle nous ne pouvons déterminer avec certitude la pathologie dont il souffrait.
La légende, alimentée par Joseph Merrick lui-même, voulait que ses malformations proviennent du fait que sa mère lors de son 4ème mois de grossesse avait manqué d’être piétinée par des éléphants lors d’une parade. Cette explication est d’ailleurs reprise dans le film de Lynch via la scène d’ouverture et racontée par le « propriétaire » de Merrick à Treves.
Il aura fallu 12 heures quotidiennes de maquillage pour transformer John Hurt en John Merrick, et on ne peut que féliciter cet incroyable travail plus vrai que nature. Ce maquillage a été réalisé à l’aide de plâtres qui avaient été à l’époque directement moulés sur la tête de Joseph Merrick.


…à la fiction



David Lynch signe ici son plus grand chef d’œuvre, un film authentique, transpirant de tolérance et d’humanisme. Comment ne pas être bouleversé par la vie hors normes de John Merrick ?
Le coté dramatique et historique est renforcé par le choix de Lynch pour le noir et blanc conférant au film une esthétique toute particulière. Les reproductions du Londres victorien et les costumes sont bluffants, tous les acteurs jouent à la perfection… Anthony Hopkins et son incroyable charisme, John Hurt et son interprétation impeccable malgré la difficulté de jouer un tel personnage.
On retrouve bien la patte de Lynch avec des passages oniriques (scènes d’ouverture et de fin) hypnotiques qui nous emportent dans un autre monde, le tout ponctué par une magnifique bande son hyper travaillée et l’émouvant Adagio pour cordes de Samuel Barber qui nous file des frissons et la larmichette à l’œil. Quasiment toutes les scènes sont cultes, que ça soit l’arrivée de Merrick à l’hôpital, la récitation du psaume 23 de la Bible révélant sa culture, la traque dans la gare, la scène au théâtre ou encore la fatalité, se sachant condamné mais heureux.
Malgré une mise en scène plutôt classique et linéaire, le film garde une certaine part d’ambiguïté. Malgré les apparences, John Merrick ne reste-t-il pas une bête de foire ? En effet Treves le sort des griffes d’un homme mauvais et sans scrupules mais en l’emmenant à l’hôpital ne le change t’il tout simplement pas de cage ? Le chirurgien s’empresse d’en faire un sujet médical intéressant pour sa carrière, une célèbre actrice de théâtre attirée par la publicité qu’elle pourrait en retirer organise des rencontres, aussitôt copiée par la haute bourgeoisie. Sans s’en rendre compte il devient à nouveau une attraction, ces agissements sont dénoncés par l’infirmière en chef qui met le doute dans l’esprit du Docteur Treves. Anthony Hopkins joue d’ailleurs son personnage à la perfection laissant toujours planer une ambiguïté sur ses réelles intentions.
L’humanité de John Merrick n’est pas remise en cause à la fin du film, au contraire, mais Lynch n’exclut jamais en filigrane la cruauté et l’hypocrisie du peuple et des bourgeois.


John Merrick : I am not an elephant ! I am not an animal ! I am a human being ! I am a man !


J’ai vu le film il y a très très longtemps (genre 20 ans) et quand je l’ai revu la semaine dernière, j’ai pu mesurer l’impact que ce film avait eu sur moi, tellement je me rappelais très nettement de nombreuses scènes, notamment la scène d’introduction et la scène de fin.

Enfin un film de David Lynch qui ne nous laisse pas sur notre faim avec 100 questions en suspens !
En résumé, un chef d’œuvre que chacun se doit de voir au moins une fois dans sa vie !


>>TRAILER

samedi 13 avril 2013

Oslo, 31 août - pâles lueurs sur un jour pâle by Lisa

Film norvégien de Joachim Trier.

De mélancoliques rais lumineux traversent Oslo. Bus, voitures, tramways, passants décrivent un paisible ballet. Anders, la trentaine passée s’apprête à sortir de désintox’ comme on sort d’un mauvais rêve qui se serait trop profondément ancré dans l’imagination, comme si rien autour de lui ne pouvait plus être réel désormais.

Il est difficile de parler de ce film, qui au fond pourrait être un poème à mon sens. Je vais donc essayer d’en rendre compte en épousant son langage, un langage poétique.



Anders déambule dans la ville, se rend chez des amis, se rend sans conviction à un entretien d’embauche, attend, écoute des conversations, fuit la confrontation avec le monde, monde dans lequel il ne s’inscrit que de manière spectrale. Fantôme insaisissable de lui même, il ne rencontre rien ni personne, la matière s’échappe et tout devient comme impalpable, frappé d’irréalité ou bien de nostalgie.



Remords, regrets, déceptions ruminées ; tout se suspend dans un silence qu’on écoute comme s’il y avait quelque chose à trouver, un imperceptible chuchotement peut-être, une réponse aux pénibles questionnements de l’existence. Pourquoi tout avait plus de goût il y a dix ans ? Pourquoi l’autre feint-il de me comprendre ? Pourquoi ne puis-je coïncider avec moi même, et cesser de traîner comme un embarrassant fardeau ce corps qui ne sait pas ce qu’il veut, ce corps à qui l’on réclame de savoir ?



31 août au matin, le jour se lève, le sommeil n’a pas été de la partie. La solitude s’accompagne d’une certaine douceur, l’introspection, le voyage en soi, si confortable et pourtant amer. L’horizon est beau mais ne vaut que pour l’instant. Le temps est un présent qui se retourne sur lui même, comme endormi, dans une rêverie rétrospective qui pourtant écrit une promenade. Le temps douloureux du ressassement, qui roule sur lui-même pour oublier que rien ne se construit plus, que le souvenir s’étiole jusqu’à disparaître.

Vous l’aurez compris, ce film est un chant mélancolique, une rêverie noire, ou bien, si l’on renverse l’image pour faire ressortir le paradoxe, le reflet d’un pessimisme onirique. Il y a quelque chose de dérangeant dans ce film, son réalisme (le terme est-il juste ?), cette manière dont il se colle à vous, dont il s’insinue en vous pour vous rappeler ces moments où l’on se dit que le meilleur est toujours derrière nous, les « meilleures années » comme on dit, ou du moins les années où rien n’était encore joué, où tout était encore possible. Cela tient sans doute à la nature même du souvenir, car tout a l’air plus ouvert, parce que plus flou, lorsqu’on considère les choses rétrospectivement. Mais peut-être que cela ne concerne que moi.

J’ai (peut-être) plombé votre journée, merci bisous !

dimanche 20 janvier 2013

Extrêmement fort & incroyablement près by Ärnø




… il y a plus de gens vivants aujourd’hui qu’il n’en est mort dans toute l’histoire de l’humanité.

C’est sur ces mots du jeune Oskar que débutent Extrêmement fort & incroyablement près.
Et pas besoin de s’en cacher La Mort sera le thème principal de ce film. La mort, mais perçue par un enfant pas comme les autres, Oskar, petit bonhomme, inventeur, entomologiste, francophile, et astronome entre autre, rajoutez la mention ‘amateur’ après chacune de ces fonctions mais aussi collectionneur de monnaies rares, de papillons morts de mort naturelle et autres choses bizarres.
Pour résumer, un petit gars très (trop ?) intelligent donc, qui perçoit et comprend le monde mieux que certains adultes, mais complexe puisqu’il a une peur maladive de ce monde extérieur et encore plus depuis la mort de son père. Cet homme qui le comprenait le plus au monde et qui à l’aide de petits jeux d’Expédition cherchait à pousser son fils à s’émanciper et aller vers l’autre, ce qui au final lui donne ce petit côté aventurier fantasque que l’on retrouvera juste après qu’…


Un vase tombe, se brise et entrouvre les portes d’une nouvelle quête : à quoi sert cette clé qui était cachée à l’intérieur ?


Cette aventure humaine va l’entrainer aux quatre coins de New York, à demander aux divers Black (patronyme) s’ils savent quelle serrure ouvre cette clé. Dès lors, je me dois de vous parler de la magnifique interprétation des acteurs, un des atouts majeurs de ce film.
Car oui, le jeune Oskar (dont je me rappelle honteusement plus du vrai nom) pour son premier rôle au cinéma porte le film à bout de bras et je lui promettrai bien un bel avenir devant les caméras mais je ne veux pas lui porter la guigne. Bien aidé, dans sa Grande Expédition par Max Von Sydow et ce visage des plus expressifs, impeccable en vieil homme muet, qui griffonne ses carnets pour communiquer ou lève sa main ‘oui’ ou sa main ‘non’. Ce personnage du locataire de la grand-mère paternelle, qui devient le confident parfait du petit Oskar, et lui permet enfin de surmonter ses nombreuses phobies, sa peur du monde qui l’entoure et s’exprimer à cœur ouvert sur son ressenti, la douleur extrême sans en faire souffrir sa mère…



… remarquablement incarnée par Sandra Bullock, que j’avais jusque-là toujours vu cantonnée dans des rôles insipides au mieux, de nunuches ou dans des comédies du pauvre (oh mon dieu, je me souviens encore de Miss FBI), et peut enfin exprimer son potentiel dramatique et a même réussi à m’arracher quelques larmes.
En ce qui concerne Tom Hanks, je reste assez mitigé, on l’a vu briller dans tellement de films que sa prestation ici est limite en deça, il faut dire que le rôle de défunt père d’Oscar n’intervenant que par les souvenirs de l’enfant lui laisse finalement très peu de place à côté des autres magistraux seconds rôles, le plus fort émotionnellement restant sûrement les messages laissés sur le répondeur à l’intention d’Oskar.



Stephen Daldry (The Hours) revisite librement le premier livre de Jonathan Safran Foer (déjà deuxième adaptation ciné de cet auteur après Tout est illuminé) avec maestria et nous offre au-delà de cette très belle (et triste) histoire, de belles images accompagnées d’une très belle photo, de magnifiques ralentis.

Comme le soulignait il y a quelque temps, Léonard dans le V&T de son ex-coloc, la grande différence entre le livre et le film est très certainement l’approche des circonstances de la mort du père d’Oskar, victime des attentats du 11 septembre, sans focaliser sur cette tragédie nationale.
Les relations parents-enfant sont très bien abordés, privilégié avec papa (qui essaie de l’extirper de son côté asocial) /conflictuel mais protecteur avec maman et l’approche psychologique de l’enfant un brin plus approfondie dans le livre même si le fait d’utiliser une voix off pour ses pensées est plutôt bien vu, pourtant le film se concentre uniquement sur Oscar là où le livre comporte trois trames narratives, et de ce fait des personnages sont moins mis en avant. Et deux ou trois autres choses dont je ne parlerai pas par peur de gâcher votre plaisir des yeux.

Les compositions d’Alexandre Desplat apportent cette petite touche d’émotion supplémentaire, je n’ai malheureusement pas d’extraits à vous proposer, désolé !


Bon vous l’avez compris, je vous recommande extrêmement de visionner ce film (mais en VO, le doublage de l’enfant en VF est incroyablement atroce !) mais encore plus la lecture du bouquin…

samedi 3 novembre 2012

The Road by Viyanne




Pour aujourd'hui j'ai décidé de vous parler de The Road.

The Road est un film de science fiction 2009 réalisé par John Hillcoat avec entre autre Viggo Mortenssen, Kodi Smit-McPhee et Guy Pearce.
Il est inspiré du livre de Cormac McCarthy.


Cela fait déjà plus de 10 ans que la terre a presque explosé, les survivants ne se souviennent que d'un éclair et des chocs, ensuite plus rien le chaos.
Plus de vie, plus de végétation, plus de lumière...
C'est dans ces conditions, ce monde ou chacun erre à la recherche d'un peu de nourriture et d'espoir, qu'un père tente seul d'élever et de protéger son fils qui à plus ou moins le même âge que cette tragédie.


Si j'ai choisi de vous parler de ce film c'est pour une raison très simple il s'agit d'un des rares films de science fiction et de post-apocalypse que j'ai apprécié.

Ici, on ne connait pas la cause de la catastrophe, il n'y a pas de créatures horribles qui viennent bouffer les humains, non, tout est misé sur le réalisme.
Les sentiments des personnages sont le point fort du film, chose qui n'aurait pas été possible sans les prestations remarquables des acteurs principaux d'ailleurs.
On comprend très vite que dans ce monde de chaos, le pire ennemi de l'homme, c'est l'homme justement par son manque d'humanité et son égoïsme entrainant un chacun pour soi allant du simple vol jusqu'au cannibalisme organisé.

Si The Road n'est pas un film plein d'action et de rebondissements, il est un film emprunt de peur mais aussi d'espoir.
Le film comporte cependant quelques scènes fortes comme la découverte d'un corps d'enfant mort et putréfié dans son lit par les personnages, scène justement orchestrée où l'accent à été mis non pas sur le corps décomposé mais sur la réaction de l'enfant devant ce cadavre.
Le film comporte aussi quelques flash back de l'homme avec sa femme qui rapelle l'avant et qui rapellent aussi le début de ce nouveau présent, de ce chaos.
Ces flash back intelligemment placés sans pour autant apporter énormément au scénario.



Les personnages sont développés et leurs réactions sont très naturelles.
Le père veut à tout prix protéger son fils et lui apprendre à pouvoir se débrouiller seul alors qu'il n'a  pas espoir que le monde s'améliore, il est même prêt à le tuer plutôt que de laisser quelqu'un lui faire du mal, il est méfiant de tout le monde.
Le fils malgré qu'il se demande si il va mourir quand il a faim, est prêt à partager sa nourriture avec d'autres dans le même cas qu'eux; il est bon et à encore l'espoir.

Autre force dans The Road, les décors froids,poussiéreux et rappelant les villes fantômes qui renforcent ce caractère de monde où même la nature n'a plus ses droits, à plus d'un moment je me suis crue à Prypiat.
La musique, signée Nick Cave, bien qu'elle soit relativement en arrière plan n'est tout de même pas en reste et colle parfaitement à cette ambiance.



Au final, The Road est un film intelligent, dont la force principale réside en son réalisme qui en fait d'ailleurs froid dans le dos.

samedi 20 octobre 2012

The Dreamers by Dylan




The Dreamers aka Innocents est un film réalisé par Bernardo Bertolucci.
Il est sortit en 2003 et a été présenté au Festival de Sundance.


Le film raconte l’histoire d’un jeune Américain, Matthew (Michael Pitt), qui passe un an à Paris pour ses études. Nous sommes en Mai 1968, et Paris a une énergie particulière, celle de la révolution. C’est un passionné de cinéma, et c’est à la Cinémathèque Française qu’il rencontre une jeune femme, et son frère Théo (Louis Garrel). Dès lors, une amitié se créer entre les jeunes gens. Ils partagent leur passion pour le cinéma, mais également pour la musique. Ils débattent de tout et de rien, de politique, de la vie.  Une relation intense se développe entre les jeunes gens. Pourtant, il y a une atmosphère étrange. Matthew ne tarde pas à découvrir que Théo et Isabelle ont une relation bien particulière, qui va plus loin que celle d’un frère et une sœur. Pourtant, sa fascination pour eux le fait rester. La force du film, c’est ce coté intimiste : on se sent avec eux, à discuter, à vivre Mai 68 de l’intérieur d’un appartement. J’ai beaucoup apprécié ce choix de narration, le fait de nous entraîner dans une sorte de huis-clos au lieu de ne montrer que ce qu’on connaît déjà de Mai 68. La révolution était culturelle mais passait aussi par les foyers, les dialogues entre les jeunes. Et c’est exactement ce que le film nous montre : les dialogues parents-enfants de l’époque, les diversités d’opinion, la place des artistes dans la politique. Les personnages parlent de Keaton, Chaplin. Mais surtout, ils passent leur temps à rejouer des scènes de leurs films préférés.

Par exemple, ils refont la scène du Louvre (traverser le Louvre en courant) dans Bande à Part (Godard), pour essayer de battre le record du film.



"I was one of the insatiables. The ones you'd always find sitting closest to the screen. Why do we sit so close? Maybe it was because we wanted to receive the images first. When they were still new, still fresh. Before they cleared the hurdles of the rows behind us. Before they'd been relayed back from row to row, spectator to spectator; until worn out, secondhand, the size of a postage stamp, it returned to the projectionist's cabin. Maybe, too, the screen was really a screen. It screened us... from the world."

The Dreamers un film très difficile à résumer, c’est un film que l’on découvre, pas que l’on raconte. Il y a tellement d’éléments qui peuvent toucher tous les cinéphiles et les amoureux de musique…  C’est essentiellement un hommage au cinéma et surtout, un hommage aux cinéphiles. Lorsqu’on regarde The Dreamers, on retrouve la magie du cinéma et pas ses origines, mais sa résurrection. La cinémathèque Française, Henri Langlois, le soulèvement des cinéphiles pour protéger leur passion. Tous ces évènements sont retracés dans le film, à travers trois témoignages différents. Celui du frère(Louis Garrel), jeune qui s’intéresse à la politique et à Mao. Celui de la sœur, Isabelle (Eva Green), jeune adolescente avec une psychologie assez particulière. Celui de l’étranger, Matthew,  étudiant alors que la Guerre du Vietnam fait rage et qu’il aurait pu être envoyé au combat. Tous ces éléments font du film quelque chose d’assez complet et mémorable. Les liens sont forts, le jeu d’acteur irréprochable même  si l’on sent qu’il y a du avoir de l’improvisation.  C’est un cinéma du réel : on a l’impression de vivre quelques semaines avec eux.

" Le film de Bertolucci mêle habilement deux révolutions : celle de l’Histoire qui a lieu dans la rue et celle des adolescents qui est une révolution domestique et intime. L’initiation de la chair se vit parallèlement aux soubresauts de l’Histoire."(http://penserlecinema.over-blog.fr)

La musique du film est exactement tout ce que j’aime: Janis Joplin, Jimi Hendrix, Bob Dylan, The Doors, The Grateful Dead… Elle est très présente pendant le film et cela lui donne un sentiment très…rock and roll ! En bonus, Michael Pitt nous offre également sa version de *Hey Joe* de Hendrix, utilisée pour la B.O du film. Joli…

Les plans sont fluides et nous transportent à travers cet immense appartement Parisien. La déco est parfaite, la lumière aussi. , très bien filmés, toujours très proche des acteurs. Et quels acteurs ! Même Louis Garrel, souvent énervant, joue mieux que jamais. Peut-être parce que son look et sa façon de parler colle parfaitement à l’esthétique du film, pour une fois. Peut-être aussi parce qu’il fait une belle équipe aux côtés de Michael Pitt et Eva Green. Il y a une réelle profondeur dans ce film : les personnages discutent entre eux et nous amènent dans leur monde, celui de la Nouvelle Vague, de Mai 68.



En Conclusion, c’est un film que je conseille à tous les cinéphiles, ou à tous les gens qui aiment Bertolucci. J'aime ce film car il démontre que l'amitié et l'amour peuvent prendre bien des formes, et qu'il faut savoir trouver la beauté partout. Et **The Dreamers**, c'est toute la beauté de la jeunesse, de la découverte, de la rébellion.

Sinon, vous pouvez toujours le voir pour voir Eva Green toute nue. Plein de fois. <3


►Trailer: http://www.youtube.com/watch?v=YU1brBVMBkM

jeudi 11 octobre 2012

Cría cuervos par Oren


Cría cuervos est un film espagnol réalisé par Carlos Saura avec Géraldine Chaplin et Ana Torrent dans les rôles principaux.
Ce film a remporté le grand prix du Jury au Festival de Cannes.
Il a également bénéficié d’une deuxième sortie au cinéma en 2007.




A Madrid dans les années 70, Ana, 9 ans, a été témoin de la mort de son père (dans les bras de sa maîtresse) et de sa mère (morte de chagrin). Élevée par sa tante Paulina, elle refuse le monde des adultes et se réfugie dans ses souvenirs et imagine sa mère vivante…


Un film sur le franquisme…

Tout d’abord, ce film est métaphoriquement équivoque au franquisme. Ce n’est peut-être pas décelable au premier abord à notre époque et dans notre pays, mais en replaçant le film dans son contexte, on y voit tous les personnages de la période franquiste réunie : le père incarne le franquisme, il est militaire et est le symbole de Franco, la mère se veut républicaine, quant à Ana, elle incarne la jeunesse pleine d’incertitudes et d’espoir des années post-Franco.
Le titre du film est plus qu’évocateur, il vient du proverbe espagnol « Cría cuervos y te sacarán los ojos » (Nourris les corbeaux et ils t’arracheront les yeux).


Le thème de la mort est omniprésent

Comme je vous l’ai dit plus haut, Ana a été témoin de la mort de ses deux parents.
Elle tient son père pour responsable de la mort de sa mère et imagine le tuer avec du poison. Cette pensée, à 9 ans est très froide et marque une très forte tension.
D’ailleurs, tout le film nous rappelle sans cesse la mort : la vision des parents morts, l’imagination de l’assassinat du père et de la tante.
Même les scènes et les images en imposent. En effet, Cría cuervos est dénué de musique (sauf la chanson Porqué te vas, mais j’y reviendrai plus tard) et les images sont cliniques, froides et presque diaphanes.




Mais surtout, il y a cette volonté de montrer la cruauté de l’enfance

A 9 ans, être témoin de la mort de ses parents est assez difficile à vivre, vous en conviendrez. C’est pourquoi Ana s’enferme dans son monde et tente de faire revivre sa mère par tous les moyens possibles, même si, au final, elle n’y arrive pas et sa mère n’est définitivement plus là.
*Ana* pense en effet pouvoir faire revivre (sa mère) et tuer (son père) qui elle a envie et quand elle le décide.
Son enfance a été volée, non seulement par le contexte politique et puritain où les enfants n’ont guère le droit à la parole dans lequel elle a été élevée mais aussi et surtout par son père qui est responsable de la mort à petit feu de sa mère.
Souvenirs, flashbacks, futur, tout s’entremêle sans jamais nous faire perdre le fil du film : tout est compréhensible malgré ce méli-mélo de scènes qui s’entrechoquent dans la tête d’Ana et sous nos yeux.
Elle veut fuir la réalité et s’abandonne en écoutant Porqué te vas de Jeanette, chanson qui revient à deux reprises : une fois lors d’un rare moment où elle s’amuse et danse avec ses sœurs (la scène est ici. http://www.youtube.com/watch?v=25ckdkg1xCw) et une autre fois, lors du générique qui nous offre un plan des trois sœurs allant à l’école puis centré vers le ciel… Cette scène de fin nous montre alors une sorte d’espoir pour le futur d’Ana.
L'interprétation de la jeune Ana Torrent est tout à fait impressionnante.




Bonne découverte ou revisionnage !

La chanson de Jeanette.:  http://www.youtube.com/watch?v=SLxrrE6wC5I
Trailer. : http://www.youtube.com/watch?v=pczJsUbqblY

lundi 10 septembre 2012

Belle de Jour by Jim

« J’ai une idée : si vous vous appeliez Belle de jour »
« Belle de jour ? »
« Comme vous ne venez que l’après-midi »

Belle de Jour est un de ces films qui n’ont pas pris une ride, et dont le propos continuera d’alimenter les conversations des spectateurs. Un intemporel du cinéma français, réalisé par Luis Buñuel, à une époque de contestation. Un film osé, aux antipodes des bonnes mœurs. Un film sur un amour qu’on pourrait croire éteint, mais qui n’est que pur et doux. Un film sur la saveur de l’interdit, les désirs désapprouvés, sur une femme mystérieuse et raffinée, sur le summum de la soumission consentie. L’extase, mais à quel prix ?
Séverine et Pierre sont un jeune couple bourgeois, bon chic bon genre, dans la distinguée Paris. Le jeune marié se montre attentionné, aimant, patient, afin d’arriver à satisfaire son épouse, diaphane et pure, pour qui le sexe est impossible. En réalité, Séverine est réceptive au plaisir de la chair, mais se complaît dans des fantasmes masochistes qu’elle ne peut partager avec son époux. Par le biais d’un ami, elle prend connaissance du fait que des maisons de passe existent encore dans Paris. Attirée inlassablement, elle finit par céder, et se faire engager dans l’une d’elles; ainsi, Séverine devient Belle de Jour, de deux à cinq heures de l’après-midi.

Un sens du tragique, du drame. Un mystère à fleur de peau, une psychologie cabalistique, des étreintes sans voix. Séverine, cette femme de la haute société, de la bourgeoisie, femme d’un médecin, rumine des envies purement masochistes où elle n’est que soumise, souillée. Impossible pour elle de pouvoir s’ouvrir, de se laisser aller dans le plaisir avec son époux, trop sage, trop délicat pour apprécier la violence, l’inquiétant, le malsain. Le dualisme platonicien à l’état pur : le corps, impur, et l’âme, vertueuse. Séverine, amoureuse de Pierre, d’un amour angélique, immatériel, définitivement éternel. Et cette même femme, qui se donne, dans la chair, dans la douleur, à d’autres hommes, qui ne peut combler son corps autrement que dans la déchéance de l’âme, séparée de son époux. L’âme et le corps ne sont pas en communion, ils ne sont que deux modes de fonctionnement distincts de la personne.


Catherine Deneuve, belle, double, entre fantasmes et réalité, entre recherche du plaisir et sensibilité. Une interprétation comme on les aime, toute en finesse, toute en délicatesse. Attelée à la perfection à ce rôle de petite bourgeoise candide, Deneuve étincelle, captive. Son regard trouble, sibyllin, ne cesse de hanter, de poser des questions, définitivement sans réponses. La légende veut que Lacan lui-même suggérait de regarder le film de Buñuel afin de comprendre la sexualité féminine, les fantasmes féminins. Les scènes complexes se multiplient pour en arriver à un dénouement inévitable, empreint des conséquences des faits et gestes de Séverine. Et, là, c’est toute la candeur de Jean Sorel, toute sa grâce, sa bonté, qui lui donnent son importance, qui poussent finalement le spectateur à de l’empathie vis à vis de son personnage. Mais celui qui envoûte peut-être plus que l’époux, c’est l’amant, Marcel, joué par Pierre Clémenti. Le mauvais garçon, écorché physiquement, mentalement, aux antipodes du gentil médecin. Avec son regard noir, sa fougue et sa violence naturelle, il subjugue. Il est cette parfaite représentation du laisser-aller dans la pulsion, de l’importance du corps ; son corps ondule, danse, vogue dans l’espace. Lorsqu’il parle, c’est avec une voix suave, franche, et un ton direct. Ses yeux ne mentent jamais, ne trichent pas. Pierre Clémenti se donne à l’image, dans un mouvement définitivement stylé. Son association avec Catherine Deneuve n’est que déhanchement lascif et fièvre dans les yeux. Une explosion des sens. Michel Piccoli, lui, joue – à la perfection - un rôle clef, entre cynisme et perversité, un régal.



Buñuel – assisté de Jean-Claude Carrière – adapte le roman de Joseph Kessel : il fait d’un roman de gare un film définitivement audacieux, aux idées novatrices pour l’époque : Belle de Jour tourne autour de Séverine, de ses aspirations sexuelles, de ses fantasmes masochistes et de cette séparation extrêmement floue entre la réalité et le désir, l’imagination. C’est là que réside toute la richesse du film de Buñuel : dans les non-dits, dans ce qu’on pense qu’il s’est passé, ou qu’on croit être une lubie, une utopie. Mille interprétations demeurent dans des scènes franchement inoubliables, qui posent des questions relatives à la sexualité, l’amour, la distinction entre ces deux concepts, et cela, sans jamais une once de jugement.



Une réalisation brillante, un casting incomparable, un sujet grave et philosophique, un scénario d’une profondeur et d’une richesse interminables, voilà tout ce qui fait de Belle de Jour un film à voir absolument, un chef d’œuvre intemporel sur l’amour et le désir, le sexe et les fantasmes.

extrait du film : 

vendredi 7 septembre 2012

Animal Kingdom by loup

A(ttention)djectifs :  poignant, dur, intelligent, imprévisible, sobre, noir, brillamment mis en scène.
À ne pas regarder le jour de Noël en compagnie de sa famille au risque de plomber l'ambiance (si cela n'est pas déjà fait avec les histoires de famille)



Film Australien écrit et réalisé par David Michôd.
Réalisateur peu connu du grand public puisque Animal Kingdom est son premier long métrage distribué à l'international.


Starring :

Guy Pearce
James Frecheville
Jacki Weaver
Ben Mendelsohn
Joel Edgerton
Luke Ford
Sullivan Stapleton


Synopsis :

Une rue anonyme dans la banlieue de Melbourne.
C'est là que vit la famille Cody.
Profession : Criminel.
L'irruption parmi eux de Joshua, un neveu éloigné, offre à la police le moyen de les infiltrer.
Il ne reste plus à Joshua qu'a choisir son camp.



J'avais le choix entre plusieurs synopsis, j'ai préféré celui qui en dit le moins, voir même rien.
Ce film mérite d'être découvert sans trop en savoir.
Pour cela je n'en dirais pas plus si ce n'est...

Le script est inspiré de l'histoire vraie d'une famille criminelle de Melbourne.
Cette œuvre scotche dès la première scène.
Les acteurs sont d'une justesse étonnante (mention spéciale à Jacki Weaver)
N'a rien à envier aux polars de James Gray.
Le score composé par Anthony Parthos est sublime.


Film aux allures de tragédie Grecque le réalisateur effectue un coup de maître.
Il filme la chute d'un clan, traitant ses personnages avec empathie mais sans idéalisme, offrant à la fois une vision clinique, sans jugement, et profondément attachée aux détresses et aux espoirs individuels.
Sans aucune pudeur devant son sujet, Il ne joue pas la distance, ni le second degré, il n'admet pas non plus la pause et la demie-mesure ; il fabrique son film comme on monte au front. Idem pour le casting ; les interprètes sont des engagés, venus mettre à l'épreuve leur talent, car il s'agit de composer des personnages humains et dépouillés de tout ornements cinématographique.
Animal Kingdom, expérience sensorielle, film sincère mais surtout exigeant, loin du cynisme et de la désinvolture qui caractérisent de plus en plus le cinéma de masse.

Entre nous, si le film vous tente, ne regardez pas le trailer.


Bande annonce : "It's a crazy fuckin' world" -Pope Cody-

mardi 31 juillet 2012

Jane Eyre de Cary Fukunaga by Jim

Jane Eyre, orpheline, mal aimée, maltraitée, battue, insultée, aurait pu devenir une jeune femme au cœur de pierre, dont l’esprit ne serait alimenté que par la vengeance. Vengeance découlant d’une douleur, d’une révolte, d’une injustice. Alors que née sous de bons auspices, la jeune femme n’a connu que la modestie forcée, la pauvreté. Elevée par une tante peu intéressée par son bien-être, l’orpheline se retrouve dans une école austère, où les châtiments corporels et psychologiques rythment ses journées. Mais, à force de retenue et d’ambition, elle trouve un travail dans une demeure inquiétante, tenue par un Edward Fairfax Rochester mystérieux, lunatique, et impétueux. Face à cette rencontre déconcertante, la virginale Jane Eyre ne peut qu’être intriguée et éprouver des sentiments contraires à sa raison. 



Un roman osé pour l’époque, qui sonne précurseur du féminisme, de l’émancipation de la femme. Un roman certes moins noir et violent que celui d’Emily Brontë, sœur de Charlotte, qui s’annonce comme une tempête sur la lande : néanmoins, le roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre, remporte un succès immédiat et ensorcèle littéralement les esprits, même si la cruauté inhérente à sa trame ne peut laisser de marbre. Publié en 1847 (la même année que Wuthering Heights d’Emily Brontë), Jane Eyre, de Charlotte Brontë, développe des thématiques qui s’apparentent aussi bien au romantisme qu’au roman gothique : les sentiments et émotions occupent une place importante, et Thornfield, la demeure de Rochester, apparaît comme une bâtisse recelant des secrets et des vices qui empoisonnent les occupants de l’édifice. Une ombre fantomatique se dessine sur les visages, et derrière chaque mur. Une oppressante présence qui se joue de tout, qui voit tout, qui décide de tout. Mais Jane Eyre est une héroïne qui ne manque pas de s’affranchir de tout ce qu’on voudrait exiger d’elle, qui se revendique dans toute son humanité et sa sensibilité. Un portrait féministe d’une jeune femme qui se prend en charge, qui se contrôle et qui tresse elle-même son chemin. Une femme libre, autonome, réfléchie.

A l’instar de sa sœur Emily, Charlotte Brontë fait de la romance une intrigue principale de son livre, mais avec un sens du tragique et de l’interdit qu’on ne verrait plus aujourd’hui. Dans Wuthering Heights, l’idylle entre les deux protagonistes, Catherine et Heathcliff est vouée à la souffrance, à l’impossible, à une douleur et une passion aussi cruelles que désespérées. Dans Jane Eyre, la trame romantique entre Jane et Rochester est certes moins pessimiste, mais se veut truffée d’obstacles insurmontables. La retenue est de mise, et les sentiments se gardent pour soi. Il y a un fossé entre les deux personnages : deux classes sociales différentes, deux tempéraments qui semblent incompatibles, de plus, les secrets rongent et entravent toute possibilité de sincérité.



Adapté plus d’une dizaine de fois au cinéma et à la télévision – tout comme Wuthering Heights – Jane Eyre est une histoire plus que connue et plébiscitée par tous. Mais quel était l’intérêt, en 2011, de le porter à nouveau sur grand écran ? Déjà, une nouvelle relecture du roman. En effet, en 1996, l’histoire avait été amputée de certaines scènes intéressantes – intéressantes parce qu’elles s’inscrivaient dans la dialectique principale du film, entre éloignement et retour – et dès lors, une nouvelle adaptation se devait de rester fidèle au roman, à ses grandes thématiques et mouvements internes. Moira Buffini a donc écrit un script reprenant les grands moments du livre, en respectant ce qui était important dans la symbolique de l’histoire. Il en découle que l’enfance de Jane Eyre est réduite au minimum, à l’essentiel, à ce qui aide à comprendre parfaitement la suite de l’intrigue, puisque ce qui est fondamental, c’est ce qui passe dès l’arrivée à Thornfield. Le fait que l’histoire n’est d’ailleurs pas présentée chronologiquement – on ne commence pas par l’enfance de Jane Eyre – permet aussi de ne pas tomber dans l’ennui et le prévisible. Cette non-linéarité bien orchestrée est un vecteur (de regain) d’intérêt. En outre, l’intrigue se partage avec brio entre la solitude, le mystère et l’amour ; mais pas l’amour au sens de sentiments et d’effusions puériles, l’amour au sens d’attente, de souffrance et d’interdit.



Cependant, là où on reste bouche bée, c’est devant la photographie signée Adriano Goldman : la lumière, exaltée, chaleureuse, froide, épurée, se joue des mots. Cette photographie inoubliable épouse parfaitement la réalisation de Cary Fukunaga, entre scènes intimistes, tableaux romantiques et sensations décuplées. Car le film est dans une mouvance définitivement à fleur de peau, les plans pénètrent le monde intérieur de Jane Eyre, la suivent, et embrasent ses regards. La sensibilité, le monde des émotions, la passion, les grands thèmes romantiques sont ici sublimés. Pour la noirceur de l’histoire, on procède aussi avec de la luminosité : à la lueur de bougies malveillantes, les fantômes glissent et se cachent. Toute cette mise en scène délicate ne sert qu’à embellir Mia Wasikowska, pleine de grâce, douce, au regard limpide. La jeune australienne étincelle dans l’obscurité de son personnage, prend possession d’une retenue maîtrisée avec une force incroyable. Et sa solitude ne fait que renforcer sa grandeur d’esprit. Pour mieux la mettre en valeur, Michael Fassbender, désinvolte, au caractère trempé dans l’énigme, prend son envol. Il est un Rochester inquiétant, fuyant, sans doute parent éloigné d’un certain Heatcliff, mais, ça, c’est une autre histoire. On le découvre sous toutes ses coutures, dans toutes les couleurs qui dessinent son visage. Et c’est ici qu’on admire Fassbender, grand acteur, promis au grandiose, propulsé meilleur espoir de sa génération, en une poignée de rôles prépondérants.

Jane Eyre, tantôt sombre et mystérieux, tantôt intimiste. Un film qui se laisse bercer par deux excellents rôles principaux, assistés de rôles secondaires intéressants (Judi Dench, Jamie Bell), dans une atmosphère résolument gothico-poétique. Une belle adaptation d’un roman intemporel.


trailer VOSTFR

lundi 23 juillet 2012

Shame de Steve McQueen by Jim

Brandon, bel homme, la trentaine, propre sur lui, avec un bon boulot, joli garçon, séducteur, vit à New-York. Son quotidien, côté pile, métro, boulot, dodo, ne pas répondre aux messages de sa soeur. Côté face, sexe avec des prostituées, masturbation intensive à toute heure du jour et de la nuit en tous lieux, drague distinguée intempestive dans le but d’avoir des relations sexuelles éphémères avec des femmes, visionnage de films à caractère pornographique, live chat avec des hôtesses dénudées prêtes à tout pour son plaisir, magazines avec gros plans sur vagins, seins, clitoris, anus. Le sexe, voilà tout ce qui intéresse Brandon, victime de ses pulsions irrésistibles qui lui gâchent, socialement parlant, sa vie. A sa sœur, il ne parle pas. Aux femmes, il ne parle pas vraiment, il se contente de les allumer et de les déguster bestialement. Brandon est accro au sexe. Dépendant de son corps, de son sexe, de ses désirs charnels. Une femme, pourquoi l’aimer quand on peut déjà la baiser ? Couvrir sa peau de baisers langoureux, lécher chaque recoin de son corps, recevoir sa langue dans ses parties les plus intimes, pénétrer son corps, lui donner des spasmes, et surtout, aller au-delà de soi, entrer dans la performance, dans le plaisir purement érotique, presque masturbatoire dans le sens où la seule chose qui intéresse Brandon, c’est son plaisir à lui, sa propre jouissance, brute, dense, intense, infinie. 



La femme ne devient plus qu’un objet, un moyen d’obtenir le plaisir. La séduction, une étape obligatoire pour déshabiller du regard, enlever chaque bout de tissu, et prendre, oui, prendre le sexe, étroit, ouvert, accueillant des femmes. Dans le regard de Brandon, on ne voit que des vagins béants, des corps de femmes qui s’épuisent dans des gémissements de plénitude. Et si les femmes ne sont plus disponibles, que leurs hommes se font jaloux, protecteurs, il reste les autres hommes. Les personnes rencontrées par Brandon ne sont plus que des corps, des masturbateurs géants, des jouets sexuels qui ne servent qu’une chose : le besoin obsessionnel de s’envoyer en l’air, de sentir ses sens en extase et de combler ses envies lascives.

La corporéité est le grand thème de ce film du britannique Steve McQueen. Shame explore un moment dans la vie de Brandon, un instant où sa routine sexuelle bascule, la faute à l’arrivée de sa sœur, Sissy, dans son appartement. Brandon est victime de ses sens, totalement dépendant du rythme de son sexe, de ses habitudes luxurieuses, mises à mal par l’arrivée impromptue de sa sœur. Mais ce qui choque, qui reste dans les mémoires, c’est ce thème de la corporéité : les mouvements, les regards qui en disent plus long que les mots, la façon de Brandon d’aborder son propre corps, et celui des autres. Le corps, objet de désir, de plaisir, de fin en soi. Le corps de l’abandon, le corps de la souffrance. Car l’abstinence et les provocations entraînent irrémédiablement une douleur, un élancement, un besoin de combler ce vide, ce besoin définitivement corporel, inscrit dans la chair : en témoignent les scènes où Brandon se « défonce » en courant dans la rue afin de parer au fait qu’il ne peut avoir de rapport sexuel parce que sa sœur squatte son appartement. Notons aussi une scène où Brandon semble presque jouir de se faire tabasser, de faire ressentir à son corps ce que lui-même ne ressent plus. Mise à part une scène presque tragique où sa sœur chante « New-York » de Sinatra, Brandon ne semble rien ressentir. Pas d’émotions, pas d’attachement, pas de sentiments. Brandon est une machine qui a besoin d’être alimentée, d’être contentée, mais jamais aimée ; il ne ressent que la jouissance sexuelle. Quand on est qu’un corps et qu’on perçoit les autres comme de simples autres corps, il n’y a plus de sentiments, plus rien. Brandon est définitivement dans le pathologique, mais il y a une lueur d’espoir, qui transparaît dans la question finale du film :est-ce que Brandon va s’en sortir ?



La plus grande force de Shame est l’interprétation magistrale, définitivement corporelle, de Michael Fassbender. L’acteur se dépasse, se quitte, part dans un endroit où il n’y a plus de limites. Révélé en 2008 par Steve McQueen dans l’excellentissime Hunger, Fassbender peut se targuer d’être définitivement un des meilleurs acteurs actuellement. Mais si la force de Shame tient dans l’acteur principal, la faiblesse tient dans la façon de traiter le thème du film : Shame apparaît plus comme un documentaire intimiste stylé sur l’addiction sexuelle et ses répercussions sociales et personnelles. C’est ici qu’on aimerait savoir si ce choix est dû à une sorte de pudeur, ou un désir de ne pas trop en dévoiler, de ne pas s’approprier tous les tenants et aboutissants d’une histoire trop complexe pour être résolue comme une équation à une inconnue. Néanmoins, cette faiblesse est éclipsée par les acteurs, et également la réalisation fluide de McQueen.
La question de l’addiction sexuelle, fort débattue actuellement, a donc son importance majeure et est extrêmement crédible dans le film : en effet, on considère que pour parer à ce comportement d’addiction, il faut procéder comme avec les alcooliques ou drogués : supprimer l’addiction à la source, en s’arrangeant pour que la personne ne « consomme » plus de relations sexuelles, le temps que la personne travaille sur elle-même et puisse envisager que l’autre n’est pas un objet à sa disposition, pour son simple plaisir. Ce genre de traitement demande un grand investissement personnel, et bien entendu, beaucoup de temps. Mais l’addiction sexuelle est un véritable problème en termes de relations interpersonnelles, de rendement au travail (nombreux sont les accros au sexe qui sont licenciés, qui démissionnent de leur boulot et/ou collectionnent un grand nombre de boulots). D’ailleurs, l’addiction sexuelle ne figure pas dans le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, le manuel de référence utilisé par les psychiatres et psychologues pour tout ce qui est psychodiagnostic donc), mais, elle devrait figurer dans le DSM V. Ce problème est donc actuel et mérite l’attention et la considération de tous, dans l’optique où le cinéma sert à amener des problématiques, et à ouvrir le regard sur le monde.

Shame n’a pratiquement reçu que des éloges, amplement méritées, mais malgré son caractère majestueux, le film recèle une part de mystère, indispensable ou dispensable, telle est la question. C’est ainsi qu’est bâti Shame : sur les sous-entendus, les suppositions, ce qui peut potentiellement déranger certains. Mais pour les autres, le voyage risque de laisser en suspens des questions et un effroyable sentiment d’incompréhension : comment aborder le pathologique ? 



En conclusion, Shame, c’est un Michael Fassbender au sommet de son jeu d’acteur, un sujet traité à la fois avec délicatesse et franchise, et une embardée infernale vers les abysses du psychisme humain. Grandiose et classe.

trailer

mardi 17 juillet 2012

Moonrise Kingdom de Wes Anderson by Jim

Cette année, en ouverture du festival de Cannes, nous avions le plaisir de retrouver le réalisateur le plus décalé, le plus onirique, le plus français des texans, le génialissime Wes Anderson. Plus encore, son nouveau film, Moonrise Kingdom, promettait une aventure décapante et rafraîchissante: une escapade amoureuse pré-adolescente sous la grisaille estivale d’une île de la Nouvelle-Angleterre durant les années soixante, avec, bien sûr, les conséquences de ladite escapade sur l’entourage des enfants (é)perdus. L’histoire de Sam, le scout, de Suzy, son amour, la fille qui ne quitte jamais ses jumelles, des parents de Suzy, du chef scout de Sam, des scouts de la troupe de Sam, d’un policier, d’un chat, et d’une femme des services sociaux.



Depuis ses débuts avec Bottle Rocket en 1996, Wes Anderson n’a jamais fini de nous fasciner. Son monde visuel, sémantique, ses références cinématographiques – et par extension artistiques, sont telles que le réalisateur américain est lui-même, une référence, un visionnaire. Le monde de Wes Anderson est codé, parsemé de symboles récurrents, de figures de style qui font qu’on reconnaît sa patte, et qu’on ne peut que l’apprécier davantage ; son obsession pour les plans stylés, qui décrivent des lieux infiniment petits dans l’infiniment grand (ou l’inverse), ses personnages aux antipodes des standards actuels – ou comment être plus décalé que le décalé lui-même, son humour particulier, qui titille intérieurement, car personne ne sait s’il faut rire ou sourire : toutes ces petites choses font l’univers riche et extravagant d’un des meilleurs réalisateurs et, surtout, scénaristes de sa génération. Parce que Wes Anderson est un artiste complet : il tresse les toiles de son cosmos, il ajuste chaque détail en fonction de ce que lui ressent, voit : il ne se contente pas de dévoiler un univers, il le crée de toute pièce, de l’idée à l’image.


Moonrise Kingdom, un vrai film d’auteur, un bijou intemporel et un vent d’air frais dans ce cinéma américain – au sens large, qui prend l’eau à une vitesse démente. Moonrise Kingdom, c’est cet espoir enfantin que le cinéma reste une évasion orchestrée d’une main de maître par un visionnaire, quelqu’un qui ne tombe pas dans les clichés (actuels) en termes de romance, d’humour. En seize ans de carrière, trois courts et sept longs-métrages, Wes Anderson montre clairement qu’il peut toujours se renouveler, et continuer sur sa lancée créative ; à l’ère des remakes intempestifs et des adaptations perpétuelles de romans, Moonrise Kingdom fait figure d’une œuvre novatrice et ingénieuse.


Et puis, on peut dire – ou manifestement écrire- ce qu’on veut, mais l’appréciation de Moonrise Kingdom, était courue d’avance : on savait qu’on allait craquer, parce que c’était l’occasion de retrouver Edward Norton dans un bon film depuis quelques années, parce que Bruce Willis allait camper le genre de personnages qu’il ne joue jamais, parce que Françoise Hardy et le temps de l’amour, parce que les compositions splendides (et rétros) de Benjamin Britten, parce que Bill Murray (et ça se passe de justifications), parce que la photographie impeccable comme dans tout film de Wes Anderson. En parlant de photographie, comme d’habitude depuis Bottle Rocket, c’est Robert D. Yeoman qui assure une image parfaite et définitivement rétro, de quoi émerveiller par une esthétique générale intense et majestueuse.



Il n’y avait que des raisons tangibles de fondre devant un casting rondement mené, emmené par un Roméo (Jared Gilman) et une Juliette (Kara Hayward) aux problèmes relationnels et psychiatriques détonants. Des enfants qui jouent avec une justesse et une classe incroyable. On aime tout finalement dans ce Moonrise Kingdom ; comment l’intrigue romantique laisse place aux scènes absurdes, comment les thématiques plus graves et sérieuses (la famille, l’engagement) fluctuent en rythme avec une succession d’évènements imprévisibles et décalés. C’est le temps de l’amour, le temps des copains, et de l’aventure. Wes Anderson nous gratifie de son goût esthétique et scénaristique certain, et, nous avons encore le plaisir de déguster son film grâce à des petits détails qui le caractérisent bien : il n’y a qu’à regarder les tenues sixties de Suzy, la coiffe et les lunettes de Sam, le personnage de Bill Murray, le gueulophone de Frances McDormand, les tournes-disques, le look de Jason Schwartzman, le caméo hilarant de mister Harvey Keitel.


Le plus grand mérite de Moonrise Kingdom, c’est de nous emporter là où nous sommes restés à douze ans. L’aventure, le grand air, l’amour. Les promesses susurrées à l’oreille de l’autre, les sentiments et émotions qu’on exagérait : on ne se remettrait jamais d’une histoire d’amour, il fallait aller au-delà de ce qu’on vivait, là, où il n’y avait plus rien que la plénitude, l’infini. Et c’est ce qu’on retrouve avec Suzy et Sam : un amour innocent et romantique, où demain n’est qu’un autre jour ne nécessitant pas tellement de préparations, où l’amour rime avec toujours, et, surtout, où on ne peut vivre l’un sans l’autre – mais sans jamais tomber dans la romance rose bonbon mielleuse. Quel étourdissement, quelle rêverie, quel sentiment. Si dans le film, les adultes se comportent comme ce qu’on attend des enfants, avec légèreté, sans aucune maturité, les enfants sont sérieux, prêts à tout pour vivre heureux, amoureux. Mention spéciale à la scène magique où les enfants jouent aux adultes sur la chanson intemporelle de Françoise Hardy, Le temps de l’amour ; Wes Anderson filme comme personne d’autre l’innocence amoureuse, et les épanchements pré-adolescents.



Au royaume du fantasque, Wes Anderson est roi : Moonrise Kingdom ne déroge pas à la règle, et est bien dans la lignée des films précédents du texan dans le sens où ce nouveau chef d’oeuvre respire le style si spécial, définitivement unique du créateur de The Royal Tenenbaums. Qu’on aime Anderson ou qu’on ne l’aime pas (est-ce possible ?), on peut lui reconnaître sa capacité décapante à amener dans un autre univers le spectateur, et ce, grâce à une histoire extraordinaire, une adéquation parfaite entre la musique du film et les scènes, des travellings tout simplement géniaux (comme à l’ordinaire), une mise en scène originale et … décalée. Nous l’attendions avec une impatience infantile ce Moonrise Kingdom, et il a certainement comblé l’enfant qui sommeillait en nous.

La bande annonce avec des vrai morceaux de VOST c'est ici