La contrainte de cet article était d'utiliser un maximum de titres de films traitant au sens large de différents aspects de la deuxième guerre mondiale dans une histoire cohérente
Saurez-vous retrouver tous les films utilisés?
Avant de partir, j'aurais au moins pu dire «
au revoir les enfants », mais il vaut mieux que je les quitte en silence. Je m'en vais faire la guerre et ce n'est pas un jeu, même si on récompense les meilleurs d'entre nous avec des décorations comme
la croix de fer. Ces babioles prisées ont le même effet que
le discours d'un roi. Rassérénés, les bénéficiaires peuvent exulter, se prendre pour
le soldat-dieu et s'écrier dans l'euphorie «
A nous la victoire ! » Ce n'est pas un jeu. Je n'aurai pas d'uniforme. On pourrait me repérer trop facilement. Je n'ai pas d'expérience ; Je ne pourrai jamais participer à un événement aussi spectaculaire que
l'odyssée du sous-marin Nerka, par exemple. Mais je n'ai pas de telles prétentions. Je suis un lâche. Au mieux, je serai
un héros très discret à l'instar de
monsieur Batignole. Pour commencer, je vais passer par
le viager pour emporter
le vieux fusil avant de rejoindre le maquis,
l'armée des ombres, la Résistance ! D'après
la dernière lettre que j'ai reçu, je dois me rendre
un week-end à Zuydcoote. Une fois sur place, en lien avec
le patient Anglais, mon contact local, je ne devrai pas en dire plus sur mes opérations. On sortira tous bientôt de cet enfer. On raconte partout que les Allemands ont été vaincus à
El-Alamein ainsi qu'à
Stalingrad. Oh je sais bien que tout ça c'est terriblement loin ! Pour s'en rendre compte, il faudrait commencer par prendre
un taxi pour Tobrouk. Je le ferai peut-être
après la guerre pour plus de sécurité, histoire de faire
bon voyage sans risquer de tomber sur Rommel,
le renard du désert. Cependant, Berlin a eu beau jeu de construire
le mur de l'Atlantique ou d'installer
les canons de Navarone, rien ne pourra éviter
la chute de ce régime totalitaire. Et dire que M. Hitler a eu les plans du débarquement sous le nez ! On a pas fini d'entendre parler de
l'affaire Cicéron. Quoique, pour le moment, on raconte surtout que l'Axe est accaparé par les offensives répétées de
Patton.
Je pourrais très bien attendre la fin de la guerre. C'est exactement ce que j'ai fait jusque là, mais j'ai bien réfléchi. Comme beaucoup de monde, tant que ces messieurs réglaient leurs différends à coups de
torpilles sous l'Atlantique, cela ne me dérangeait pas. Ils ne troublaient que
le silence de la mer. Vous connaissez le dicton.
Quand passent les cigognes on regarde en l'air. Quand les panzers ont percé dans les Ardennes, j'ai fait le dos rond, surpris et terrifié...
Quand les aigles attaquent, mieux vaut ne pas être sur leur passage ! Comme beaucoup de monde, j'ai pesté contre la débandade catastrophique de la « première armée du monde » qui ne contrôlait plus rien, ses effectifs jouant
les égarés. Rendez-vous compte, l’État Major se demandait carrément «
Mais où est donc passée la septième compagnie ? » Elle cherchait soit-disant
la vache et le prisonnier. Dans ces conditions, comment ne pas être envahi par
le chagrin et la pitié ? La guerre, l'occupation et les privations allaient bouleverser mon
train de vie et mon patriotisme déçu. J'aurais dû m'engager pour combattre à la
mémoire de nos pères tombés auparavant ; J'aurais pu avoir du courage, comme
les soldats de l'ombre, mais j'aurais été bien fou de prendre
le bateau pour gagner les cotes britanniques pendant que
les hommes de de Sa Majesté, toujours à la merci de l'
U-571, criaient à qui voulait l'entendre «
Coulez le Bismarck ! » Je ne suis pas
le renard des océans, hein ! Et puis rendez-vous compte : Le maréchal
Pétain, cette légende vivante de 14-18 prenait la tête d'une
zone libre de l’État ! Avec lui, nous n'aurions plus rien à craindre. En plus, tout le monde attendait avec impatience la
première victoire des Alliés, qui, il faut bien l'avouer, mit un temps fou à se faire connaître. En ces temps là, il y avait peu de monde à jouer ouvertement
les insurgés pour défier la toute puissance de la Wehrmacht. Comment pouvions-nous imaginer passer
de l'enfer à la victoire ?
A part les exploits perpétrés en Norvège par
les héros de Télémark, il fallait remonter à
la bataille du Rio de la Plata pour avoir de bonnes nouvelles ! Il y avait bien eu l'effondrement de la Luftwaffe lors de
la bataille d'Angleterre, mais on en entendait pas trop parler à la radio. On a plutôt su que l'
Empire du soleil levant est entré dans la danse en bombardant
Pearl Harbor par surprise en
1941. Il paraît que les pilotes nippons criaient «
Tora ! Tora ! Tora ! » et que les américains répondaient « Horreur ! Horreur ! Horreur ! » La guerre s'est alors déplacée dans un lointain et silencieux
duel dans le Pacifique tandis que les nazis campaient devant Moscou. Que pouvais-je y faire ? Je ne suis pas
le Sauveur ! A l'autre bout du monde, à
Kokoda, le 39ème bataillon pouvait endurer toutes les souffrances possibles pour protéger l'Australie dans l'indifférence générale, la fin de ce conflit semblait se préciser chaque jour davantage, même si les japonais sont tombés sur
les diables de Guadalcanal. J'aurais pu entrer en Résistance, mais il était devenu impossible de connaître les aspirations de chacun : il fallait
survivre avec les loups en ces temps de dénonciations aux Allemands et de marché noir. C'était la grande débrouille. Et puis le Maréchal Pétain, notre guide à tous, a bien promu la « Collaboration ». Mieux valait être dans le camp des vainqueurs.
Je suis loin d'avoir eu un comportement irréprochable. Je ne suis pas
John Rabe. Cependant j'ai franchi
la ligne rouge sans pouvoir reculer : Je n'ai absolument rien fait quand mes collègues ont préparé et exécuté
la rafle du Vel d'Hiv en devançant les exigences germaniques ! Dans ce qui m'a semblé être
le jour le plus long de toute ma vie, j'ai assisté impuissant à cette opération menée par
l'armée du crime, sans oser y croire alors que les preuves de la barbarie humaine étaient là, sous mes yeux. « Heureusement », il paraît que des photographes,
l'arme à l'oeil, ont immortalisé l'impensable ! C'est
le neuvième jour après ces évènements que j'ai dû ouvrir les yeux. Dans le monde, d'autres témoignages ont afflué.
Un condamné à mort s'est échappé d'un camp de travail et a tenté de prévenir les anglais des conditions déplorables rencontrées sur place. Devant cette photo où l'on voit
le garçon au pyjama rayé,
les rescapés de Sobibor ont évoqué des choses impensables. Suite à leur planification de
la grande évasion d'octobre 1943, ces personnes purent témoigner des différences entre un « camp de travail » et le
stalag 17. De plus, en
1943, l'ultime révolte du ghetto de Varsovie fut bien une preuve indiscutable de barbarie, mais elle a mis du temps à nous parvenir. A côté de ces horreurs, les Allemands ont cru pouvoir duper l'Europe en accusant les Russes à propos de
Katyn. Je ne peux plus me contenter d'attendre lâchement. En complotant
la nuit des généraux Allemands ont finalement lancé l'opération
Walkyrie pour renverser
le dictateur ! Il abattit ses foudres sur
les douze salopards qui l'avaient trahi avant de se terrer dans
la forteresse noire de Berchtesgaden. Pour eux comme pour la résistante
Sophie Scholl, les derniers jours furent terribles.
Je n'ai pas le choix. Le vent tourne. Alors que dans le Pacifique on se demande en haut lieu qui sera
le premier américain à Tokyo depuis
la bataille de Midway, ici, les mentalités évoluent devant les défaites allemandes. En Italie, Hitler s'attendait peut-être à un
miracle à Santa-Anna, en vain. Ses troupes, harcelées par la mafia de
Lucky Luciano, ont bien dû finir par quitter
le jardin des Finzi-Contini. Aujourd'hui, je suis sûr que tout le monde résiste puisque
Babette s'en va-t-en guerre et, le comble, même
papy fait de la résistance ! Et puis il ne faut pas oublier l'essentiel. Dans cette guerre,
au delà de la gloire, tous les hommes sont importants. On raconte bien que les Américains ont déclaré en Normandie : «
Il faut sauver le soldat Ryan ». Vous voyez ? Un peu comme le
capitaine Corelli en Italie, tout combattant est important. Peut-être pourrais-je servir à la Résistance dans
la bataille du rail pour freiner l'occupant ? A ce sujet, on est resté longtemps sans nouvelles de
l'express du colonel Von Ryan. Aurait-il été pris ? Oh que non !
L'aigle s'est envolé ! Une fois bien à l'abri, ce dernier aurait déclaré : «
Mon Führer je vous quitte ». Même les officiers décampent ! Quand on a vu
le caporal épinglé complètement fou demander «
Paris brûle-t-il ? », on comprend ces désertions. Enfin, il faudra surtout bien se coordonner avec nos glorieuses forces de Libération. Par exemple, il paraît qu'un commando fait l'impossible pour détruire
le pont de la rivière Kwaï, pendant qu'un autre protège
le pont de Remagen pour que les Alliés puissent
franchir le Rhin.
On serait presque en droit de dire que
la vie est belle ! Dans quelques temps,
le soleil va se lever sur un monde en paix. Je me souviens encore des notes jouées par
le pianiste de l’hôtel avant la guerre, lors de la fête donnée pour
le mariage de Maria Braun. Maria ? Je n'en suis plus si sûr : Peut-être qu'
elle s'appelait Sarah. Mais ça n'a pas d'importance. Je peux bien encore une fois me repasser le film de ma vie dans cette satanée guerre. J'ai agi comme un lâche. Par contre, il y a quelque chose qui me galvanise et qui me terrifie aussi depuis mon entrée en Résistance ; C'est qu'au final, tôt ou tard,
les bourreaux meurent aussi. Même si nous avons tous nos expériences et nos
effroyables jardins dans ce conflit, même si
la guerre d'Hanna fut différente de la mienne, je ne pourrai pas me pardonner mes choix antérieurs. Seigneur, puissiez-vous donc me prendre en pitié.
Amen !