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lundi 23 mai 2011

La 3D (2/2) by Hablast

La deuxième partie de cette mini-théma sur la 3D privilégiera plutôt le côté utilisation que son histoire. Elle présentera l’avènement de l’animation 3D dans des longs-métrage pour jeune public, le cinéma en relief d’aujourd’hui, l’influence grandissante de celle-ci dans la publicité ainsi que son avenir dans notre société contemporaine.

Voici un bref rappel des derniers propos de l’article précédents.

Une forte baisse de fréquentation des salles de cinéma est apparue depuis qu’il y a possibilité de télécharger les productions depuis chez soi. Pour ré-attirer le regard du publique, le cinéma devait introduire à grande échelle une innovation qu'il n’était pas possible de posséder dans nos maisons …

Cette fois-ci, toutes les cartes étaient entre les mains de la 3D. Rien ne pouvait l’empêcher de sortir de sa longue hibernation au profit des spectateurs. C’est ainsi qu’en 2009 le cinéma 3D annonce son grand retour sur le marché du septième art avec, au programme, une trentaine de films devant paraître sur les écrans dans les années à venir. Les premiers films à être couronnés de succès seront les films d’animations des studios Pixar, Disney, Blue Sky, Dreamwork … avec des films comme Up, Toy Story, Ice Age, Shrek, Rio, Raiponce, Dragons etc. Certains diront alors que : à l’instar des jeux-vidéo et parcs d’attractions, la 3D est vouée à être demandée uniquement par un public jeune. Les exemples de films d’animation en sont la preuve irréfutable. Mais bien vite, cette idée absurde sera démentie (en plus du fait que les parcs d’attractions, les jeux-vidéo et les films d’animation ne sont pas exploités que par des jeunes, loin de là) avec l’exemple le plus marquant de l’année 2009 : le phénomène Avatar.



Mettant d’accord un grand nombre de personne, Avatar est la preuve vivante que, non seulement le cinéma en relief est bien une technique permettant d’amplifier d’une façon intense les émotions, mais également que celle-ci ne se définit pas à un vulgaire gadget. La technologie 3D fait des merveilles lorsqu’on sait l’utiliser. Il est donc nécessaire de rejeter les idées noires portées par certains cinéphiles un peu trop conservateurs au goût du développement technologique du septième art, et d’accueillir à bras ouvert les moyens de pouvoir immerger un spectateur le plus possible. Mais, une modération de sa consommation s’impose. Avatar a peut-être mis d’accord une majorité du publique au sujet de l’efficience de la 3D, ce n’est pas pour autant qu’il faut négliger les productions 2D, ou pire, de tout transposer en 3D. Comme dit plus haut, le cinéma en relief doit être utilisé quand il s’avère nécessaire et bénéfique et non pas par dépendance.

Bien que son avenir soit prometteur et que nous sommes quasi voué à la voir apparaître de plus en plus au sein des productions, il ne faut pas en oublier ce qui a été fait antérieurement. Il est clairement probable que la 3D est la technologie de demain et que nous en seront entourés. Le cinéma muet a laissé place au cinéma parlant. Le cinéma noir et blanc a laissé place au cinéma couleur. De même pour le son où le très connu « Orange Mécanique » célébra l’avènement du Dolby. Il est inéluctable que nous devons vivre avec notre époque et que la 3D risque fortement de nous entourer petit à petit. Mais tout espoir pour les plus conservateurs du septième art n’est pas perdu. Il est possible que cette vague ne soit, en fait, qu’éphémère en ce qui concerne le cinéma. Comme dit plus haut, il serait insensé de produire un film dramatique où la prestation émotionnelle des acteurs est bien plus puissante que n’importe quelle image en relief dans ce contexte. Le cinéma 2D risque donc bien de persister tant que ce genre de films sera produit.

Quoi penser pour finir ? La 3D a-t-elle une chance ou non de s’imposer dans notre société ? Sans aucun doute. Mais pas au sein du septième art, ou du moins, pas radicalement. Un domaine qui accueillerait la 3D bien plus facilement serait plutôt la publicité. La publicité est connue pour apporter quelque chose, graphiquement, de très particulier. La création est de vigueur et la recherche sans cesse prononcée des maîtres en arts graphiques publicitaires est immodérée. Étant donné que le but d’une publicité est d’immerger un spectateur pour le convaincre, la 3D est une passerelle très appropriée dans ce domaine. Elle a le pouvoir d’influencer fortement la décision d’un acheteur. Une différence avec les supports cités précédemment apparaît néanmoins. L’effet que produirait la perception d’une publicité 3D comparé à la vision d’un film est différent. Ce n’est pas principalement une émotion que l’on éprouve au sens où on l’entend pour le cinéma, mais plutôt une vision d’un autre angle de ce qu’est l’art audio-visuel d’une production au but commercial.



Les supports offerts aujourd’hui à la 3D sont donc vastes. Elle ne tardera d’ailleurs pas à s’enraciner dans tout ce qui peut être défini comme art audio-visuel si ce n’est pas déjà fait. Un tel succès engendre inévitablement un grand débat qui touche à tous les niveaux. En contournant le débat du pour ou contre, de ce que la 3D apporte et révolutionne ou supprime, il est intéressant de se pencher sur les enjeux qu’un tel phénomène répand au sein de notre société contemporaine.


L’enjeu principal de cette révolution sera sans hésitation d’ordre culturel. Le caractère propre à l’homme de créer sans cesse des inventions qui apportent des sensations de plus en plus spectaculaires n’est pas récent. Et la 3D en est un bel aboutissement. On l’utilise pour commencer dans le divertissement, mais si son développement continue à se propager, il est indéniable qu’on finira par la trouver dans des domaines à caractère plus utile (cf les hologrammes). La controverse aura vite fait de donner lieu. L’homme est-il incurable en terme d’extrapoler toutes ses inventions dans tous les domaines possibles au point d’en arriver aux cas les plus absurdes ? Ou est-ce justement la clef d’une évolution sans cesse grandissante qui permet de ne pas sombrer dans une progression cyclique du développement technologique ? Dans tous les cas, la 3D est un outil qui se doit de perdurer dans une utilisation culturelle au profit du monde du divertissement. Et si cette technologie peut s’avérer prolifique dans d’autres domaines, il est indéniable que lui fermer l’ouverture à ces derniers, serait insensé.



On peut ensuite distinguer un enjeu contextuel d’ordre social. Plus innocent aux premiers abords, l’enjeu social qu’a pour conséquence la prolifération de la 3D mérite d’être évoqué. Les premiers dires sont très formels : « Nous perdons le côté « plaisir de groupe » pour une individualisation du divertissement. Devoir mettre des lunettes nous coupe un peu plus du monde, et nous rend, ainsi, seul devant le film.» Cette représentation est un peu forte dans ces termes mais elle est utile pour faire comprendre le ressenti que l’on peut éprouver vis-à-vis d’une projection 3D. Une concession s’impose dès lors, si l’on veut s’immerger, il faut faire abstraction de tout et accepter de rester dans une certaine solitude tout le long de la projection audio-visuelle de ce type. Il n’est bien-sûr pas impossible de communiquer à cause des lunettes en tant que tel. Mais nous n’avons pas encore l’habitude d’assimiler immersion dans l’œuvre et le contrôle de rester à la surface de la réalité. Cette idée s’appuie lorsque nous observons une salle de cinéma diffusant un film en 3D et une autre salle de cinéma diffusant ce même film, cette fois-ci en 2D. La salle en 2D sera plus mouvante, unie, aura des réactions plus homogènes, formera un corps social plus fondé que la salle en projection 3D où là, les réactions seront dispersées, personnelles. L’un n’est pas plus mauvais que l’autre, la 2D privilégie une plus grande cohésion de groupe tandis que la 3D incitera à un ressenti plus intrinsèque de l’œuvre proposée.

Vient ensuite l’enjeu économique qui s’apparente à une réelle marchandisation de cette nouvelle technologie. En plus du milieu du divertissement où l’émergence de la 3D bat des records, il est prévisible que ce support sera utilisé à des fins commerciales au point où nous risquons d’en être entourés jusqu'à l’overdose, voire le dégoût. Une sorte de « Trop de 3D tue la 3D ». Une ascendance sans modération pouvant conduire jusqu'à l’éclatement. Il est donc important de réguler la consommation que notre société contemporaine pourrait faire de cette technologie. Il serait dommage de voir noircir la réputation d’une telle franchise technologique à cause de son utilisation abondante dans des milieux autre que le divertissement pour un souci d’ordre de rendement économique.


Pour moi la 3D est une technologie qui peut apporter un autre angle de perception des émotions au niveau de l’enjeu culturel. Comment peut-on cracher sur une telle révolution ? Il suffit de l’utiliser d’une façon bénéfique, prolifique et non abusive, c’est-à-dire dans un but de divertissement et d’art graphique en termes de publicité. Il ne faut également pas oublier toutes les œuvres produites antérieurement qui n’ont pas recouru à cette technique.



Étant un fan du septième art de l’entre-deux guerres, je suis le premier à défendre à ce que ce genre de cinéma traverse les années. Il faut juste bien doser l’utilisation des techniques de diffusion. Tout comme l’enjeu social qui invite à une intériorisation des émotions. C’est pour moi la question qui suscite le plus de controverses. Je me contenterai de dire que les avantages et les inconvénients sont présent dans les deux cas et que la meilleure façon de bénéficier des avantages est de s’adonner aux deux techniques. Trouver un bon équilibre donc à l’encontre d’une invasion grandissante de la 3D au sein de notre société pour des enjeux uniquement économiques parce que c’est « ça qui marche » en ce moment. Privilégiant donc une utilisation créative, bénéfique, jouissive et immersive, la 3D est pour moi un exploit technique à utiliser comme il se doit.

Hablast.

mardi 17 mai 2011

Shadow of the Vampire by Viyanne

Je vais vous parler de Shadow of the Vampire dans cet article, puis dans un second je vous parlerai du film duquel il s'inspire, à savoir Nosferatu.
Il est donc aujourd’hui temps de vous parler de cette ombre du vampire.

Le film fut réalisé en 2000 par Elias Merhige et avec dans les rôles principaux Willem Dafoe et John Malkovich.



Résumons donc un peu l'action de ce film.

Nous voici plongés dans le tournage du film "Nosferatu" de F. W. Murnau, le film se basant sur les rumeurs laissant penser que Max Shreck, l'acteur jouant le comte Orlok alias Nosferatu, aurait été un vrai vampire.
Nous sommes donc en 1922, Murnau, incarné par J. Malkovich commence le tournage de son film qu'il veut le plus réaliste possible.
Dans le rôle du vampire il choisit donc Max Shreck, qui, il se trouve, est un vrai vampire et à qui il propose d'être payé en nature, et donc de se mettre l'actrice principale sous la canine après la fin du tournage.
Pour ne pas terroriser son équipe il leur dit que Max est un acteur comme les autres mais qu'il veut rester à fond dans son personnage pour expliquer ses manies un peu hors du commun...
Mais les problèmes arrivent très vite ; comment garder son équipe vivante et entière sans qu'ils ne prennent la fuite et tourner les dernières scènes du film alors que Max montre une grande envie de sucer le sang des membres de l'équipe...



Le point très fort est incontestablement le prestation de Willem Dafoe dans son rôle de vampire que ce soit dans les gestes, l'attitude ou le langage (je ne sais pas par contre si la VF est fidèle sur ce point), tout y est pour en faire un vrai vampire, l'illusion est parfaite et en fait l'attrait du film, encore plus que Orlok dans Nosferatu.
Malkovich se défend aussi très bien dans son rôle de réalisateur obsédé par l'accomplissement d'un chef d'œuvre.
L'alternance entre le noir et blanc pour les scènes filmées et la couleur pour les scènes non filmées rendent très bien et surtout ne laissent aucun doute quant a l'action.
Ce film assez méconnu du grand public vaut le détour de par son originalité et de par l'aspect classique des images présentées comme dans les années 20 pour les scènes filmées.
Il faut aussi noter la grande fidélité des décors par rapport à ceux de l’œuvre originale.
Ce film ne révolutionne en rien le mythe du vampire mais est très agréable à voir, sans trop de longueur et tout cela sans être un film avec beaucoup d'action pourtant.

lundi 9 mai 2011

La 3D (1/2) by Hablast

Depuis Avatar, la 3D est un phénomène devenu omniprésent. On la retrouve dans la majorité des secteurs du divertissement visuel : les jeux-vidéo, le cinéma, la télévision et la publicité en sont les 4 principaux. Cette série d’articles tentera de fournir des explications simples d’un procédé intelligemment novateur. Voici les quelques sujets que nous aborderons au travers cette théma : les origines de la 3D, le développement d’une contextualisation de la 3D dans le cinéma des années 50, l’influence des jeux-vidéo en matière d’images de synthèse, l’avènement de l’animation 3D dans des longs-métrage pour un jeune publique, le cinéma en relief (ou 3D) d’aujourd’hui, sa technique de projection, le fonctionnement des lunettes 3D, l’influence grandissante de la 3D dans la publicité ainsi que l’avenir de la 3D dans notre société contemporaine.



Beaucoup de sujets donc qui reflèteront un travail qui a pour but de cerner tous les enjeux de cette technologie de demain. Mais qui dit technologie de demain dit également développement d'hier.

Origines

Comment une telle technologie a réussi à voir le jour ? Avant que les plus grands blockbusters américains utilisant la 3D ne parviennent dans nos salles de cinéma, une évolution complexe des appareils de projection parvenant à ce résultat occupe une place importante dans l’histoire de l’art audio-visuel. Cette technologie a des origines bien plus anciennes qu’on ne puisse croire. D’un point de vue logique, nous pouvons déduire que le cinéma tient son existence à la photographie. Mais un appareil de projection encore plus ancien que celle-ci avait déjà mobilisé les foules en Chine au 2ème siècle av. J-C : la lanterne magique. On explique son fonctionnement par le fait d’associer une lentille convergente et une source lumineuse destinée à projeter une image peinte sur plaque de verre, le fonctionnement de la lanterne magique est souvent associé à celui du projecteur de diapositives. Son existence fut réellement développée dans le courant du 17ème siècle. On l’utilisait principalement pour des spectacles avec des œuvres majeures comme : Les spectacles itinérants de Thomas Walgenstein (1664), les transparents de Carmontelle (1765-1805), les fantasmagories de Robertson (1778) ainsi que les pantomimes lumineuses d’Emile Reynaud (1892).



Vient ensuite tout une gamme d’appareils de projections qui auront chacun leur propre technique d’illusion d’optique. Les plus répandue seront : le Thaumatrope, le phénakitiscope, le zootrope, le praxinoscope, le folioscope et le tachyscope. Nous qualifions cette lignée d’appareils de « Jouet Optique ». Un jouet optique procure donc l’illusion d’optique en créant un mouvement du relief par manipulation. Le XIXe siècle est donc la période de l’affrontement de la science sur ce qu’on appelle la persistance rétinienne. La persistance rétinienne est la capacité ou défaut de l'œil à conserver une image vue superposée aux images que l'on est en train de voir. Tous ces jouets optiques constitueront l’aboutissement de l’appareil ultime de l’origine du cinéma, le cinématographe.

Fonctionnement

A défaut d’un cours d’histoire des principes techniques du cinéma, ce bref retour aux origines techniques du septième art ne constitue pas directement l’avènement de la 3D. La technique 3D s’apparente également à d’autres procédés voisins. Pour bien cerner son fonctionnement, une rapide explication s’impose. Pour regarder une projection en relief, il faut préalablement porter des lunettes 3D jouant sur les couleurs cyan et rouge permettant de par une photographie dite stéréoscopique de manipuler la perception rétinienne créant cette sensation de 3D. Ces images superposées sont appelées des anaglyphes (que nous développerons un peu plus bas). Nous ressentons cette illusion à cause de l’écart que nous avons par rapport à nos deux yeux. Une bande superposée sur la toile du cinéma, par exemple, est distancée d’une longueur de 6 cm, distance que chaque être humain, a plus ou moins entre ses deux yeux. Des techniques, autres que la stéréoscopie, existent également, mais à plus petite échelle. L’holographie en est l’une des plus célèbres en termes de spectacle d’illusion. L'holographie du visible est un procédé de photographie en trois dimensions utilisant les propriétés de la lumière cohérente issue des lasers. Bien que cette technique soit moins connus du grand publique, nous la retrouvons bien plus près que nous le pensons. Nous l’utilisons pour le stockage d’information par exemple. L'holographie permet d'enregistrer un très grand nombre d'images dans un volume restreint. En théorie, une telle mémoire optique permettrait de stocker environ 1014 bits par cm³. En termes de protection, l’holographie existe également dans notre portefeuille, nous l’utilisons en effet pour la protection contre les contrefaçons (cartes bancaires, passeports, cartes d'identité, visas, billets de banques, etc.).



Une dernière technique se rapprochant de la 3D, à l’instar de l’holographie, est appelée la Photostéréosynthèse, qui elle, connaît un passé incertain. Cette technique se rapproche fortement à celle de la stéréoscopie et fut inventée par les frères Auguste et Louis Lumière. Elle consiste en un empilement de vues sur plaques photographiques du même sujet (par exemple un portrait) prises avec un décalage progressif de la mise au point que l'on regarde toutes ensemble par transparence. On en trouve au Conservatoire National des Arts et Métiers, à Paris. Hormis cet endroit, la photostéréosynthèse a disparue petit à petit depuis ces dernières années. Il semble même que personne à part les frères Lumières n’ait retenté l’expérience, ce qui en découle un nombre très restreint.

Anaglyphes

Nous parlions tout à l’heure des anaglyphes qui seront à la base de ce qu’est le cinéma en relief d’aujourd’hui. Un anaglyphe se définit par une image imprimée pour être vue en relief, à l’aide de deux filtres de couleurs différentes (lunettes 3D) disposés devant chacun des yeux de l’observateur. Nous lisons les anaglyphes à l’aide de lunettes spéciales permettant de créer cette illusion. L’image crée donc l’illusion avec la couleur cyan et rouge en jouant sur la distance de ces dernières. On dira que plus l'image cyan est décalée vers la gauche par rapport à la rouge, plus l'élément semble éloigné. Dans le cas inverse, il semble ressortir du support. Mais une telle technologie ne pouvait émerger sans quelques problèmes. Ainsi ce qu’on appelle rivalité rétinienne se traduit par certaine ressemblance des couleurs des lunettes dans les projections. Plus clairement, lorsque nous visionnons un anaglyphe représentant un ciel bleu ou une voiture rouge, il y apparaîtra un déséquilibre de perception qui rendra l’observation désagréable. Il est donc important de nuancer les couleurs, trouver un bleu ou un rouge voisin qui trompera la perception non désirable. Tout comme les multiples appareils, ancêtres du cinématographe et donc de la 3D, les lunettes pour anaglyphes ne sont également pas les seules à exister. Ainsi, les lunettes polarisantes (sur écran métallisé), les lunettes à occultations alternées (à cristaux liquides utilisées dans les jeux-vidéo ou encore, au Futuroscope de Poitiers) ainsi que les lunettes prismatiques (permettant de visionner deux images à la fois) figurent également dans la famille des lunettes stéréoscopiques.

Premiers essais…

L’aboutissement de la 3D s’est donc développé dans une rare complexité, où les nombreuses conditions à respecter pour un tel résultat proviennent d’horizons assez éloignés. Mais c’est avec persévérance que notre civilisation a pu patienter jusque dans les années 50 avec les premières projections qui proposaient la technique 3D. On retrouve ainsi « Creature from the black lagoon » de Arnold Jack mais également « Le crime était presque parfait » d’Alfred Hitchcock. Cependant, l’entrain qu’avaient les producteurs à faire émerger cette découverte ne suffit pas pour parvenir au succès. Dans les années 1980 on retrouve à l’entrée des salles de cinéma la distribution de lunettes anaglyphes pour la projection de « Jaws 3 » ainsi que Meurtres en 3 dimensions (troisième opus de la saga Vendredi 13).



La consécration de la 3D allait-elle cette fois-ci voir le jour ? Non. Encore une fois, le succès fut vain. Petit à petit, le monde du cinéma accepta que le cinéma en relief ne devait pas d’exister. Considéré comme une atteinte aux origines du septième art, les lunettes seront associées à de simples gadgets étant utilisées à des fins télévisuelles. Les magazines TV étaient vendus en kiosque avec, office de supplément, les fameuses lunettes anaglyphes permettant de visionner des spots publicitaires ou certains films à la télévision. La technologie aura également un succès modéré au sein des parcs d’attraction dans des modules tous les moyens étaient bons pour atteindre les plus grandes sensations fortes.


Fort heureusement, cette technologie fut accueillie et développée dans le monde vidéo-ludique. Les concepteurs de jeux-vidéo n’ayant pas à se focaliser sur un quelconque jeu d’acteur, une recherche de lieux de tournage, d’éclairage … bref, tout ce qui se distingue du cinéma, mais plutôt de soucis d’ordre principalement graphique, la technique 3D s’avérait très bénéfique en terme d’innovation audio-visuelle. Le succès sera, ici au rendez-vous bien que les jeux-vidéo touchent un publique relativement jeune et majoritairement masculin.


…et premier problème
Un paradoxe se crée donc. On utilise cette technique dans des foires ou parcs à sensation ainsi qu’au sein du marché de productions vidéo-ludiques dans le but justement d’amplifier les émotions le plus possible. Mais elle ne perce pas dans le septième art qui, ce dernier, a pour but d’immerger le spectateur. La nuance se produit donc à notre perception et au sens que nous attribuons à la sensation. Certains films d’entre-deux-guerres ont une puissance émotionnelle bien plus forte que n’importe quel film d’action des années 80. Il ne faut donc pas de lunettes pour ressentir une quelconque sensation en voyant un film. Mais le postulat qu’une vision de productions audio-visuelles en relief amplifie les sensations restent pourtant opérante. Tout se joue dans la distinction des genres et des sensations recherchées. A partir de cette conclusion, le brouillard est dégagé et les spécialistes conclurent que la technologie du cinéma en relief avait un avenir à condition que celle-ci soit utilisé à bon escient et pour un publique et un genre cinématographique ciblé. Pas besoin de lunettes pour des mélodrames ou autres comédies dramatiques. La 3D sera utilisée pour le spectaculaire. Et cette idée sera encore plus renforcée par, cette fois-ci, un fait contextuel de notre époque : le piratage. Une forte baisse de fréquentation des salles de cinéma est apparue depuis qu’il y a possibilité de télécharger les productions depuis chez soi. Pour ré-attirer le regard du publique, le cinéma devait introduire à grande échelle une innovation qu'il n’était pas possible de posséder dans nos maisons …

Ce premier article a permis de comprendre contextuellement et matériellement les premiers jets de la 3D. Le seconde partie présentera l’avènement de celle-ci, le regard critique qu’on lui octroie ainsi que son avenir tout aussi certain qu’incertain en fonction de son domaine d’utilisation.

A suivre …

Hablast.

lundi 25 avril 2011

Dead Poets Society by Carban

Film sorti en 1989 et devenu culte aujourd'hui, Dead Poets Society a été plusieurs fois récompensé. Titulaire de l'Oscar du meilleur scénario original et du César du meilleur film étranger, son réalisateur Peter Weir nous présente en effet un film fort sur la jeunesse et sur l'importance de vivre sa vie pleinement.



Synopsis

Todd Anderson, jeune adolescent introverti, rejoint la célèbre école de Welton comme son frère avant lui. Lieu d'enseignement uniquement pour garçon, Welton a la réputation de former ses élèves de la manière la plus réputée, au prix d'un enseignement très dur.
Avec ses amis, dont Neil Pery, Knoxe ou encore Charlie, le jeune homme essaye de s'habituer à sa nouvelle vie.
Pourtant l'arrivée d'un nouveau professeur de littérature, ancien élève de Welton lui aussi, John Keating, va complètement changer leurs habitudes scolaires. Ce dernier, professeur passionné, va leur apprendre l'importance du "carpe diem", de vivre le jour présent, en accordant de l'importance à la libre pensée et en la concrétisation de ses rêves.



Analyse

Dead Poets Society nous plonge dans l'univers assez peu réjouissant d'une école privée très dure où tout est surveillé. Comme le montre le discours d'entrée du directeur, l'académie de Welton forme l'élite et on comprend assez rapidement que les étudiants ne vont pas s'amuser. Sentiment partagé par les concernés, lorsqu'ils rejoignent leur dortoir.
Pourtant le film prend une dimension tout de suite plus ouverte avec l'entrée en scène de Robin Williams, qui dès les départ confère au film un intérêt tout particulier dans sa façon d'être et dans ses dialogues. Rapidement ses tirades rencontrent l'oreille attentive des étudiants comme des spectateurs. Sa connaissance de la littérature classique anglaise, l'utilisation qu'il en fait et sa façon de parler captivent.
Si nous suivons davantage le parcours du groupe d'amis dans le film, c'est à mon sens l'interprétation de Robin Williams qui en est indéniablement le moteur et qui rythme la vie des étudiants.

Son interprétation est très juste. Personnage à la fois attachant et paternel, l'acteur est très bien dans la peau de ce professeur et on ressent la passion qu'il a pour son métier. La dimension dramatique du personnage, notamment à la fin du film, est elle aussi poignante, et à l'instar de celui qu'il interprète dans Will Hunting, on ressent le côté passionné de l'homme dans ce qu'il fait, et pourtant on a du mal à cerner le côté plus personnel de sa vie, comme si l'essentiel de son existence était son métier (ce qu'il dit implicitement dans le film).



La bande d'amis est également la force du film. Très diversifiée au niveau des personnages et des interprètes, on s'identifie facilement à eux, et suivons leur année scolaire, ainsi que les 400 coups avec à la fois un certain plaisir et une certaine tristesse à certaines occasions. On peut noter l'apparition de Ethan Hawke dans le rôle de Todd Anderson, mais j'ai trouvé son personnage un peu trop introverti et trop effacé. À ses côtés nous avons Robert Sean Leonard (Dr Wilson), interprète de Neil Perry, plus enclin à profiter de la liberté qu'il peut avoir et d'assouvir sa passion du théâtre malgré l'interdit paternel. Sa rencontre avec Keating est donc une révélation.
Nous pouvons également citer Josh Charles en amoureux transit, ou encore Gale Hansen en tête brûlée complètement décalée, un peu rebelle, mais qui nous apporte certains moments forts du film. Un personnage attachant et drôle.

Ainsi avec des personnages variés, (qui peuvent tomber parfois dans le cliché, mais comment faire autrement), le film nous offre un panel d'acteurs convaincants. Tout au long, la notion de Carpe Diem reste mise en avant et nous suivons les cours de Keating avec plaisir.
Le film traite également du désir d'affranchissement qu'ont les étudiants par rapport à leurs parents qui essayent de tracer leur vie alors qu'ils n'ont encore que l'âge de rêver à leur avenir. Grâce à l'ouverture d'esprit et à la poésie, Keating va leur apporter les clés nécessaires à la liberté de penser et d'agir par eux-même, ce qu'ils vont faire, notamment en bravant les interdits de l'école (exemple flagrant : la création du Cercle).

Avec ce film Peter Weir a pris un certain risque. Il est difficile de réaliser un film qui traite de poésie tout en le rendant intéressant sur la durée. Pas d'action réelle, pas de rebondissement inattendu, le film suit son cours, suit la vie des étudiants, sans pour autant jamais tomber dans les longueurs et l'ennui. La mise en scène est parfaitement maitrisée et nous attendons la suite avec impatience et curiosité. Assumant un certain anti-conformiste, notamment chez son professeur, Weir assure un film pour tous, à la fois émouvant et touchant, et drôle dans des situations inattendues, notamment au sein d'une école ayant ce prestige.
La musique de Maurice Jarre quant à elle est tout à fait dans le ton, très belle, elle assure au film sa force.



Pour conclure, Dead Poets Society est un très bon film, peut-être pas réservé à tout le monde à cause de son rythme assez particulier et de son contexte assez restreint (internat de garçon). Pourtant le long métrage est porté par des acteurs très bons, notamment la prestation exceptionnelle de Robin Williams qui nous montre toute l'étendue de son talent, dans un rôle qui pourtant reste assez simple. Il parvient néanmoins à captiver dès le début du film et à sublimer son personnage.
Bien qu'il ait sans doute un peu vieilli, ce film ne se démode pas et reste un classique du genre, à voir pour sa poésie particulière et son scénario de qualité. À noter que le film a rapporté au box-office mondial 15 fois plus que ce qu'il a couté à la production.

Trailer
Soundtrack - Keating's Triumph
Soundtrack - Carpe Diem

Divers : Est-ce qu'il n'y a que moi que cette phrase du film a "surpris" : voix dure "Asseyez-vous monsieur Anderson !... Répondez à la question monsieur Anderson !"

lundi 18 avril 2011

Master & Commander by Carban

5 ans après le mythique The Truman Show et 14 ans après l'oscarisé Dead Poets Society, Peter Weir revenait en 2003 avec un nouveau film, qui cette fois-ci nous emportait sur les océans du bout du monde.
Avec un thème assez peu utilisé au cinéma et une tête d'affiche comme Russel Crowe, Weir nous promet un grand film d'aventure maritime. Promesse tenue ou non ?



Synopsis

Au début des années 1800, le navire anglais HSM Surprise est attaqué par un navire français, l'Acheron. Le capitaine Jack Aubry, commandant du Surprise décide contre l'avis de son équipage de se lancer à la poursuite de son agresseur à travers tout le Pacifique afin de laver cet affront.
Bien que voguant en mers inconnues et malgré la supériorité de l'Acheron, rien ne pourra faire changer d'avis le capitaine, pas même son fidèle ami Maturin, médecin de bord et naturaliste passionné.



Analyse

Chose frappante chez Peter Weir, et notamment dans ses films d'aventures, c'est la grande qualité dont jouit la photographie. On a pu le voir récemment dans The Way Back et ce n'est pas son précédent film Master & Commander qui déroge à la règle. Et pourtant filmer en mer n'est pas forcément la chose la plus aisée à faire. Pourtant le réalisateur nous ravit avec des images exotiques tout à fait sublimes.
Outre l'image même de l'océan en général, Weir nous emmène jusqu'aux Galapagos et nous fait arpenter un monde intimiste et inconnu et c'est avec l'équipe du Surprise que nous voguons à travers le Pacifique pour en découvrir les secrets et les dangers.
Le film recevra d'ailleurs l'Oscar de la meilleure photographie, récompense largement méritée au vu des images que nous offre le long-métrage.



Et pourtant le scénario lui-même était risqué. En effet, sans aller jusqu'à parler de huis clos, nous ne quittons jamais le Surprise sauf pour suivre les personnages principaux durant une rare escale. Il fallait donc pouvoir traiter un sujet avec peu de marge de manœuvre et rendre un duel sans fin entre deux navires haletant et passionnant.
Cela pourrait marcher facilement dans un livre, mais comme on a pu souvent le remarquer, ce qui fonctionne en littérature ne fonctionne pas toujours sur grand écran. Le film est cependant une adaptation combinée de plusieurs romans de l'écrivain Patrick O'Brian, les personnages de Aubry et de Maturin en étant les protagonistes principaux.
Malgré les difficultés imposées par les restrictions du scénario, Weir parvient à rendre son film intéressant et à nous raconter la vie d'un équipage militaire au début du XIX siècle.
Afin d'y parvenir il n'hésite pas à multiplier les personnages secondaires, se penchant sur certains avec plus d'attention, et c'est ce qui confère au film son attrait.

En effet, outre Russel Crowe qu'on ne présente plus, surtout depuis l'Oscar qu'il a gagné trois ans auparavant, et qui joue toujours à la perfection et sans fausses notes, le film possède de nombreux personnages contrastés, qui permettent de mettre en avant la difficulté de la vie à bord d'un vaisseau de guerre.
Le personnage d'Aubry reste forcement le plus intéressant. Officier au sang froid, courageux, sévère mais juste, intransigeant et borné et qui pourtant est prêt à tout pour ses amis proches. Le rôle a tout de suite séduit le comédien, qui aime les personnages au caractère marqué, et on sent qu'il s'investit comme à l'accoutumé entièrement dans son rôle, prenant possession du capitaine Aubry.
Le second rôle est celui de Maturin, interprété par Paul Bettany, bon dans sa prestation. Médecin fidèle et dévoué, c'est aussi un naturaliste précurseur, en avant sur son temps, qui voit en ce voyage l'opportunité de découvrir de nouvelles espèces animales et végétales. Souvent en désaccord avec Aubry, on ressent la force de leur amitié et de leur loyauté malgré les disputes. Une certaine complicité est présente entre les deux acteurs qui avaient déjà tourné ensemble par le passé dans Un Homme d'Exception.
À noter une apparition de Billy Pipin Boyd.



Les seconds rôles tous aussi présents, permettent de mettre en avant les tensions, les difficultés et parfois l'insubordination qui peuvent naitre dans un lieu isolé. Mais c'est aussi l'occasion de montrer l'entraide et la solidarité dans les moments difficiles. On pourra noter la performance du jeune (au moment du tournage) Max Pirkis qui interprète un jeune officier d'une douzaine d'années, les marins pouvant être très jeunes à l'époque, et qui arrive à tirer son épingle du jeu dans ce monde d'hommes. À noter le côté amusant du gamin de douze ans qui crie et donne des ordres à des marins pouvant être son père.
Le film en général reste très bien interprété et permet de rendre compte du monde marin en général (absence de vent, tempêtes, batailles, blessures, ainsi que de la forte superstition qui l'habite). À noter que les figurants ont été recrutés à peu partout et sont originaires des quatre coins du monde, le réalisateur voulant trouver des visages "d'époque" et non des gravures de mode.

La musique, qui est toujours essentielle dans un film d'aventure, est bien présente et témoigne de la bataille acharnée qui oppose les deux vaisseaux de guerre. Celle-ci, écrite par de nombreux compositeurs, alterne les moments de tension et les moments de détente, durant les escales, ou l'utilisation de plusieurs morceaux de musique classique, notamment durant les repas des officiers du Surprise, afin de donner au film les effets souhaités.

Autre point important du film, le lieu de tournage : le navire Surprise. Afin de crédibiliser son film, c'est un véritable trois-mats qui a été utilisé pour les besoins du long-métrage et qui a été retravaillé pour le rendre le plus réaliste possible aux navires britanniques de cette époque. Ainsi pour en garantir l'authenticité, l'équipe du film s'est largement documentée.
Le seul tournage n'ayant pas lieu en mer a été fait sur les îles Galapagos, fait assez rare, puisque c'est la première fois qu'un film est tourné dans cette région du monde connue pour la diversité de sa faune et de sa flore. Il aura fallu de longues négociations pour que l'équipe puisse recevoir l'autorisation de filmer dans cette zone protégée, mais au final cela nous permet de visiter sommairement ce lieu inconnu.

Le film, outre l'Oscar de la meilleure photographie, a reçu l'Oscar du meilleur montage sonore et avait été nominé pour 8 autres statuettes, notamment celle du meilleur film et celle du meilleur réalisateur.
On peut donc dire que Peter Weir réussit son pari et nous offre un excellent film, malgré des risques de longueurs assez présents.



Pour conclure, Master & Commander est un excellent film, à tous les niveaux. On ne s'ennuie pas, on découvre un univers qui n'est pas souvent traité au cinéma (surtout ces dernières décennies) et le long-métrage jouit d'une attention soignée globale. On retiendra la performance de Russel Crowe qui bien que très bonne, reste en-dessous (selon moi) de celle de Gladiator, mais son personnage reste comme toujours intéressant et comme dans chacun de ses films, il parvient à lui conférer une force de caractère saisissante.
Peter Weir quant à lui rend un bel hommage à O'Brian, décédé quelques années plus tôt et nous livre un film réaliste et fidèle sur le monde de la marine et sur le travail de l'auteur.
Un très bon film d'aventure à voir et à revoir, que je conseille à tous.



Divers : Dans le roman, il s'agit d'un vaisseau américain et non d'un vaisseau français. Cependant quand le film a été réalisé en 2003, la France étant mal perçue aux USA (refus de la guerre en Irak, etc), il a été décidé de changer l'origine du navire. (De nombreux faits similaires se retrouveront dans le cinéma hollywoodien de cette période.)


Soundtrack - divers
Trailer

lundi 11 avril 2011

AntiFa : chasseurs de Skins by Cowboy

Alors que dans l'esprit du grand publique, l'association skinhead et fasciste est quasi-inévitable, que les sociologues se dépatouillent tant bien que mal pour tenter de comprendre les dérives et la récupération politique des petits frères des mods et des rockers, un documentaire a fait grand bruit dans la scène alternative : sorti en 2008, AntiFa : chasseur de skins se démarque des autres documentaires sur le sujet (comme Skinhead Attitude) qui tentent de dédouaner le mouvement skin et d'en montrer la pluralité politique, voire l'aspect apolitique des débuts, par le fait qu'il se focalise sur un seul point de vue, celui des redskins qui, à Paris, au milieu des années 80, se sont lancés dans une véritable guerre contre les Fafs.



Ce documentaire a le bon goût de commencer sur un historique assez bien fait du mouvement skinhead, rappelant avec force détails les origines populaires, l'attrait du reggae et du ska, la rencontre et la distance avec le mouvement punk qui prône des valeurs antithétiques avec l'ordre idéalisé par les skins. Là où ce film commence à provoquer la polémique, c'est lorsqu'il rentre dans les détails de la guérilla boneheads-redskins, en mythifiant les antifascistes. Malgré un certain nombre de précautions, comme la distance avec les idées d'extrême-gauche, pas mal d'anecdotes sont clairement remaniées de façon à créer une aura autour des nettoyeurs des Halles. C'est divertissant, mais le ton manque un peu de sérieux. Si les interviews des membres d'origine (à l'exception, vraisemblablement, des Ducky Boys) sont tout à fait souhaitables, et si certains font preuve de sérieux, d'autres sont clairement là pour se faire valoir (OGKim, pour ne pas le citer). On ne peut que regretter le côté unilatéral de ce documentaire, pourtant bien documenté et qui permet de faire sauter pas mal de clichés sur les neusks. Une réponse de Serge Ayoub, dit Batskin, figure éminemment connue (pas toujours en bien...) chez les skins fascistes, aurait été mise en ligne, et souffrirait du même défaut de partialité, ne devant sa crédibilité (toute relative...) là encore qu'au charisme de son principal intervenant.



Mais pour en revenir à AntiFa, il convient d'admettre qu'avant de sombrer dans la béatification des Red Warriors, le documentaire est très bien fait, tant au niveau plastique (très attrayant, un film de montage tout à fait dynamique), qu'au niveau des informations (qu'il faut juger avec un peu recul, dès lors qu'elles quittent les généralités du mouvement), et même au niveau de la bande-son (Nazi Punks Fuck Off des Dead Kennedys fera toujours son petit effet). Très probablement ridicule pour quelqu'un s'y connaissant un minimum dans la culture skinhead, il est pourtant, de mon humble point de vue, un excellent documentaire de vulgarisation, qui, pour le coup, réussit au moins dans l'objectif qui est de montrer l'envers du décors, la présence d'une altérité aux skins nationalistes, ce que des docus comme Skinhead Attitude ne font que timidement, et montrent dans le même temps le profond engagement antifasciste (SHARP, RASH, et compagnie...), la présence d'une rupture profonde au sein de cette sous-culture, trop souvent associée dans l'imaginaire collectif à la partie la plus diabolisée par les médias.

Le docu en intégralité.

Pour information, le réalisateur, Marc-Aurèle Vecchione, a aussi fait un autre docu auparavant intitulé Writers 1983-2003, sur le monde des graffeurs à Paris, et qui jouit d'une assez bonne réputation.

dimanche 3 avril 2011

Citizen Kane by Carban

Premier long métrage de et avec Orson Welles, Citizen Kane est considéré, encore sept décennies après sa sortie en salle comme l'un des meilleurs, voire le meilleur film jamais réalisé. Rien que cette réputation devrais attirer le cinéphile à regarder cette œuvre majeure du cinéma du début des années 40, et c'est pourquoi après avoir mis un certain temps, je me suis décidé à visionner ce film qui à l'époque a été qualifié de révolutionnaire d'un point de vu technique.



Synopsis

Le film commence sur la mort du magnat de la presse, Charles Foster Kane. Rapidement la nouvelle fait le tour du monde journalistique. On retrace sa vie, décortique son existence. Pourtant un mystère demeure.
Le dernier mot prononcé par Kane avant de mourir est Rosebud, et personne ne sait à quoi cela peut faire référence, pas même ceux qui ont été le plus proche de lui. Qu'est-ce qu'est ce bouton de rose ?
C'est la question à laquelle devra répondre le journaliste Thompson. En rencontrant les anciens associés, femmes, amis de Kane, le reporter va découvrir la vie d'un homme hors du commun, plein de contradictions, sans pour autant pouvoir cerner clairement le personnage, tellement les avis diverges et ne se recoupent pas forcément.



Analyse

Bien qu'acclamé par la critique à sa sortie Citizen Kane n'a pas eu le succès auquel il avait droit, pour la simple raison, que l'histoire de Charles Foster Kane, s'inspire en parti d'un autre magnat de la presse, bien réel celui-ci : William Randolph Hearst, qui n'a eu de cesse de tenter d'interdire le film, notamment à cause de l'expression rosebud qui aurait qualifier le clitoris de sa maitresse : l'actrice Marion Davis.
C'est donc après avoir subit une longue campagne de dénigrement de la part de Hearst, un combat avec sa propre maison de production et beaucoup de fatigue mentale que Welles parvient à sortir son film en salle en 1941.
C'est un film moderne et novateur au niveau de la technique qu'il présente, et si les critiques s'accordent pour en faire l'éloge, le public ne suit pas.
Pourtant Welles a su faire de son film une œuvre de visionnaire comme en témoigne sa caméra sûre et audacieuse ainsi que son système narratif particulier.

En effet, le personnage principal meurt au début du film, et si on a un léger aperçu de sa vie grâce à des documentaires et films d'archive, on va apprendre à connaitre le personnage à travers les yeux de ceux qui l'ont côtoyé de prés, comme ses femmes, ses amis et collaborateurs.
Welles alterne donc entre souvenirs des uns et des autres, et l'enquête de Thompson, et il utilise tous les moyens pour nous plonger dans le passé de Kane. Archives écrites, témoignages etc. et là où le réalisateur fait montre de son génie c'est dans la manière dont il recoupe la narration de son film.
Les témoignages ne sont pas toujours chronologique, certains étant antérieur à d'autres, ou l'un s'enchainant directement à un autre, mais d'un point de vu différent. Welles essaye d'être novateur et confère à la narration de son film une originalité réelle et saisissante sans être brouillon.



On peut également noter l'existence d'un narrateur omniscient au début du film qui raconte l'histoire même du magnat de la presse, ce qui amorce le début de l'histoire. C'est d'ailleurs grâce à ce narrateur que l'on connaitra le fin mot de l'histoire et non pas du fait des autres intervenants internes au film. Le film possède donc une narration fluide et bien suivie, à la fois grâce à l'entourage de Kane qui raconte quel homme il a été, mais également grâce à ce narrateur inconnu, qui nous montre et nous dit ce que l'on n'est pas censé voir ou entendre.

Citizen Kane a également révolutionné la technique cinématographique au niveau de l'utilisation de la caméra. Les plongés et contre-plongés sont très souvent utilisés dans le film, et parfois de manière inattendue et à contre-emploi. (certaines scènes montrant une contre-plongée là où l'on aurait attendu une plongée).
Welles joue aussi énormément avec le champs de la caméra et les plans, mettant ainsi en avant certains éléments du plan, ou s'en servant dans le déroulement de la séquence, changeant ainsi le point du vue ou attirant l'attention du spectateur sur un autre élément.
Le réalisateur aime jouer avec sa caméra comme le montre la première scène du film où la caméra passe à travers une grille et une fenêtre de manière fluide et sans coupure, s'infiltrant ainsi dans une nouvelle séquence sans coupure.



On peut également noter une large utilisation d'effet spéciaux dans le film (chose peu courante pour l'époque), notamment au niveaux des décors, ceux-ci étant souvent fictifs (utilisation de diapo ou de toiles peintes.)
Outre les trucages divers au niveau de l'utilisation de la caméra et de la manière de filmer (jeux de lumières, utilisation de la pellicule...), on peut également noter d'autres montages, comme Kane apparaissant à côté d'Adolphe Hitler sur une vidéo.
Orson Welles n'hésite pas à se servir d'images d'archive pour enrichir son film et son personnage.

Mais Citizen Kane, c'est aussi des acteurs, notamment la troupe du Mercury Theatre (dont est membre Welles) qui permettent à ce film d'être ce qu'il est. L'interprétation de Welles en Charles Foster Kane et s'étalant sur plusieurs décennies est saisissante. Dans le peu de temps que retracent les témoignages, on peut voir l'évolution d'un homme, de son développement et ses contradictions et finalement sa mégalomanie qui n'a pour seule compagnie qu'une solitude presque touchante. Kane est à la fois un personnage détestable et attachant. Mauvais mari, mauvais ami, qui ne veut accorder de l'importance qu'aux apparences, et qui portant aurait besoin de bien plus. Un personnage qui comme le dit son meilleur ami dans le film, demande beaucoup d'amour, alors qu'il en a si peu à donner.
Welles nous offre donc une prestation magistrale. Celle d'un homme complexe et difficile à cerner.
A ses côtés on peut voir de nombreux acteurs qui débutent aux côtés de Welles comme Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Ruth Warrick ou encore Everett Sloane qui nous présentent le personnage de Kane, souvent de manière pathétique, l'étant eux-même d'une certaine façons.
On peut également noter une qualité au niveau des dialogues, certains restant à l'esprit, comme une tirade d'Everett Sloane sur l'étrangeté de la mémoire.



En conclusion, Citizen Kane est un grand film, qu'il faut voir avec un certain recul néanmoins, et qu'il faut replacer dans son contexte. Ce film a 70 ans. Pour beaucoup il peut sembler ennuyant, aspect renforcé par sa forme, qui pourrait ressembler à celle d'un documentaire réalisé à la mort d'un quelconque homme publique. Néanmoins le procédé narratif, la qualité des acteurs, et le déroulement même du film, suffisent à attirer l'attention, sans compter la curiosité inspiré par ce fameux Rosebud dont on peut essayer de deviner la signification mais qui ne pourra que surprendre lors de sa révélation, compte tenu de la vie de ce personnage atypique.
Un film à voir, pour sa réputation, et parce qu'il s'agit d'un grand classique du cinéma, sans compter la parfaite réalisation dont il jouit.
Il est sans doute difficile aujourd'hui de classer ce film, compte tenu du cinéma moderne mais malgré la différence d'époque ce film mérite la place qu'il occupe dans le monde du septième art.



Divers :
- Tout le film repose sur un non-sens très facile et rapide à découvrir.
- Charles Monthy Burns des Simpsons est largement inspiré de Kane (histoire personnelle, son château et la clôture avec le "B" etc.). Le film inspirera la série de Groening à de nombreuses reprises.
- Citizen Kane possède de nombreuses références dans les milieux de l'art en général.