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mardi 18 octobre 2011

My Winnipeg (2007) by Dylan



My Winnipeg, comme le titre l’indique, est un film sur la ville de Winnipeg, au Canada. C’est un film que l’on peut qualifier d’expérimental. Le montage n’a rien de continu, les images s’enchaînent les unes après les autres et n’ont pas vraiment de rapport. Il y a pourtant une narration, assez poétique, recherchée, qui est le centre de l’histoire et qui décide, dans un sens, des images à venir. Le narrateur nous raconte sa vie à travers ses souvenirs : les odeurs, les personnes, les sensations. Et tout cela est reproduit à travers le montage, ainsi qu’avec des photos. Le tout entrecoupé de panneaux avec des mots ou des bouts de phrases. Comme « White. Block. House. Sleep » etc. Des mots dans tous les sens, des plans dans tous les sens, tout cela pour construire un univers décalé et déconstruit : l’univers d’un habitant de Winnipeg. Dans le film, on y apprend qu’à Winnipeg, il y a beaucoup plus de « sleepwalkers » ( somnanbules) qu’ailleurs. Ils ne dorment jamais vraiment, vivent la nuit, rêvent de là où ils veulent aller et y vont en dormant. Atmosphère étrange …

Pour ma part, j’ai regardé ce film parce que j’avais entendu John Waters en parler dans une interview, en disant que c’était une œuvre qu’il avait énormément appréciée. Je peux tout à fait comprendre, car elle est réellement originale. Du jamais vu. Cela se laisse regarder, et la narration et son contenu sont intéressants. Mais je trouve que le trop d’images va pendant un certain temps, tout cela continue un peu trop longtemps, même si cela sert son histoire.

Le narrateur, toujours fatigué, toujours endormi, n’arrive pas à quitter la ville. Il cherche une solution à son malheur, et décide de revenir en arrière en écrivant et en « filmant ». Comme il le dit : « What if I film my way out of here ? ». Et c’est ce qu’il fait, il embauche des acteurs pour jouer sa famille et les mets en scène afin de comprendre toutes les étapes qui font qu’il en est arrivé là, et qu’il est devenu qui il est. On ne voit jamais le narrateur, on ne voit pas de caméra, aucun matériel, aucune équipe. On ne voit que les images (en théorie filmées), avec toujours cette narration omniprésente qui ne s’arrête jamais, ou presque. Le film n’est rythmé que par les mots, et s’enchaîne donc très rapidement. Les petites histoires du film sont bien trouvées, on sent le vécu, ou il est très bien imité. Je trouve que le fait de filmer des acteurs sans les faire parler et en ne laissant qu’une narration est une idée originale, qui vaut le coup d’être vue. Les jeux de couleur également : le film passe du noir et blanc (quasiment tout le temps) à quelques passages de couleurs vives, rouge, qui correspond à l’horreur, à la guerre, ou a la violence. Il y a aussi des passages en animation, etc. Ce film est un mélange de toutes les sortes d’images que l’on pourrait s’imaginer. Les plans en soit ne sont pas pris au hasard. Il y a un véritable travail derrière chaque image, les détails, les sourires, tout est fait pour que l’on devienne le narrateur et que l’on comprenne sa façon d’être, tout ça en nous montrant sa façon de voir les autres.

Réalisé par Guy Maddin, c'est un bon "Art film" mélangé avec un documentaire. Vraiment expérimental, il explore les relations humaines liées à une ville (Winnipeg). On comprend l'amour (et la haine) d'une ville, et comment là où on grandit définit malgré nous notre identité. La neige, la nuit.... C'est un film intéressant, sans aucun doute. Je ne regrette pas de l'avoir découvert, mais je pense qu'il faut vraiment être cinéphile pour l'apprécier. Parce que c'est beaucoup moins accessible, et qu'il faut vraiment creuser pour voir au delà des images qui s'enchaînent beaucoup trop vite. Mais je vous en parle tout de même, pour ceux que ça peut intéresser. Ce film a connu un succès monstrueux et n'a eu presque que des bonnes critiques, partout. Alors, écoutons un peu John Waters, intéressons nous aux films un peu différents !

lundi 10 octobre 2011

Robocop – Paul Verhoeven by Wayne

Jusqu'en 1987, Verhoeven réalise des films dans son pays natal, à savoir les Pays Bas. Des films à la réputation sulfureuse, puisque le réalisateur aime à provoquer et par ses idées, et par ses thèmes chers : la violence et le sexe - obsessions parfaitement transposées à l'écran par son film « Flesh+Blood » sorti en 1985, un titre évocateur ! Pour la petite histoire, certains critiques le surnommaient « le Hollandais violent » ; violent mais pas dénué de talent, loin de là comme peut le prouver l'exceptionnel « Le Quatrième Homme » (critique disponible dans les archives et alpha cin) qui sera la base d'un de ses films les plus connus plusieurs années après : « Basic Instinct ».

C'est donc en 1987 que Verhoeven vient taquiner l'oncle Sam, avec son tout premier film sur le territoire américain : « RoboCop ». Ce film n'est pas seulement le début de sa carrière américaine, mais aussi le début d'une sorte de trilogie axée sur la science-fiction complétée par « Starship Troopers » et « Total Recall », chose complètement nouvelle pour lui. Je n'inclus pas « Hollow Man » pour une simple raison : c'est le seul film fantastique/SF de Verhoeven qui ne va pas donner des grands coups de pied au cul à la société américaine. Cette société, il la déteste, c'est une vraie haine cynique qui l'anime, et lui, pour son premier film sur le sol américain, il en remet une couche ! Un sacré pied de nez : « je viens chez vous pour que mon film soit vu par tout le monde, et je vous en mets plein la gueule grâce à vous »...



Dans le futur décrit par RoboCop, les politiciens sont véreux, associés aux trafiquants de drogue. Le gouvernement est fasciste, et la propagande omniprésente. La critique est solide, crue, acide et acerbe. Tout le génie de Verhoeven dans ce film est de nous l'imposer sous une violence frontale et bestiale. Beaucoup de personnes ont regardé RoboCop comme un défouloir, et pourtant tout l’intérêt de ce film se situe derrière : le film est violent, très (regardez le director's cut), mais rien n'est gratuit.

Le film s'en prend aux médias, une critique très visible cette fois ci : entre les sitcoms complètement débiles qui passent à la télé, et les journaux télévisés avides de sensations ainsi que de publicités inutiles. Toujours avec le sourire ! Et pendant ce temps là se pose la question des travailleurs, de plus en plus remplacés par des machines bien plus économiques ; grandeur et décadence, voici qui pourrait résumer le monde dans lequel se déroule l'action. Des édifices représentant la richesse et la puissance longeant les quartiers pauvres, et pourtant, aucune interaction entre eux... Les riches n'ont que faire de cette population, ou plutôt de ce frein.

C'est dans ce futur pessimiste que le projet RoboCop voit le jour. Devant la montée en puissance du crime dans la ville, la multinationale OCP – Omni Consumer Product – qui contrôle la police de Detroit, mais qui a aussi la main mise sur le marché robotique, les prothèses et les armements, décide de tester une nouvelle forme de police. Une police qui pourrait être active 24h/24, dotée d'une puissance de feu inégalable, des réflexes supérieurs à ceux des flics actuels, qui ne mange pas, ne boit pas... enfin qui fait son taff et qui coûte pas cher en somme.
Ils construisent donc un robot-flic : l'ED 209, mais pendant une présentation du produit, tout dérape et l'ED 209, manquant de discernement humain, est complètement abandonné.
Un cadre propose alors son projet RoboCop : il prévoit de pouvoir fusionner un robot avec un flic. Une solution qui permettrait de palier aux défauts de l'ED 209, en gardant ses avantages techniques. Le projet est accepté... Il n'y a plus qu'à attendre qu'un flic se fasse tuer pour avoir le cobaye.




C'est là qu'intervient le héros du film : Alex Murphy incarné par Peter Weller. Brave flic muté à Detroit, celui-ci tombe dans une embuscade lors d'une mission dans les quartiers mal-famés, et se retrouve laissé pour mort, grièvement blessé. L'OCP a enfin son cobaye : ils purgent la mémoire de Murphy et la transfèrent dans un corps cybernétique ayant l'apparence d'un exosquelette.
Si RoboCop donne ses fruits très rapidement et nettoie la racaille comme il faut, au bout de quelques temps, son côté humain refait surface sous forme de cauchemars et de doutes, se rappelant même à un moment de son assassinat... RoboCop, contre toute attente, se lance à la poursuite de ses assassins, assoiffé de vengeance.

Le film est sans temps morts, grâce à une réalisation complètement maîtrisée par Verhoeven qui a cette capacité à nous interpeller avec ses images, nous plongeant au cœur même de sa violence. Les effets spéciaux ont certes un peu vieilli, mais sont pour moi toujours aussi efficaces et bien plus beaux que des CGI mal utilisés (quasi tout le temps en ce moment donc). Le passage de la « transformation » de Murphy fait toujours son petit effet, et Verhoeven rivalise d'inventivité pour rendre ses plans les plus intéressants possible. Même les stop-motion sont à mon avis une super idée, renforçant un peu plus encore cet aspect mécanique et froid que veut nous faire passer le film.

Ce film, je l'ai vu petit en VHS, et je peux vous dire que dans ma tête de gosse, ça a fait un gros « splash », à l'instar de la scène de l'acide qui m'avait choqué à l'époque et dont je me souviens encore ! Avec l'âge que j'avais, difficile de saisir toute la substance de ce film, mais ce qui en apparence est un film de série B violent et sanglant offre une lecture parallèle plus qu’intéressante et subtile, qu'on ne voit que trop rarement dans un film tel que celui ci.

RoboCop est donc un film que je recommande à tous. Je vous recommande de le voir, ou de le revoir en faisant attention à toute cette critique qui ne fait qu’accroître notre compréhension d'un chef d’œuvre des années 80, et le sublime.

lundi 3 octobre 2011

Garden State by Oscar




(2004, réalisé par Zach Braff.)


Garden State. « L’état-jardin », surnom équivoque attribué au New Jersey, endroit clef du film à la pléthore de symboliques aux yeux d’Andrew (Zach Braff), personnage principal. Nous allons assister à son voyage initiatique moral entre chagrin et émerveillement, tout en pudeur.

Une chambre d’une blancheur maladive, et Andrew plus léthargique qu’endormi. Une voix déchirée dans sa boîte vocale lui demande de le rappeler, de communiquer avec lui, mais notre jeune homme ne répond pas.
Nous comprendrons que l’appel reçu est émis par le père d’Andrew (Ian Holm), qui lui annonce alors de but en blanc la mort de sa mère, noyée dans sa baignoire.
Andrew ferme les yeux. Les premières notes de Don’t Panic de Coldplay montent crescendo. Tout commence.





Dépressif gavé de médicaments, Andrew se laisse complètement submerger par une vie qui ne lui ressemble pas : graine d’acteur en attente d’auditions, il travaille en à-côté dans des jobs minables.
Lorsqu’il apprend la mort de sa mère, il est obligé de revenir dans le New Jersey de son enfance se confronter à son psychiatre de père qu’il tente de fuir, à ses amis de lycée vivant eux aussi dans la déception, et à assister à l’enterrement de sa mère.
Nous faisons face, en même temps que lui, à la découverte de ses angoisses, à ses tendances à ne jamais décider de rien, à fuir les conflits. Comme lui, nous serons ulcérés de répondre à des questions indélicates, et nous le verrons se confondre dans le décor sans jamais rechigner.

Puis Andrew rencontre Sam (Natalie Portman).
Évidemment, dit comme ça, ça semble un peu facile. Et c’est là que la magie de Garden State opère. Il brode une mosaïque d’images à l’eau forte avec une justesse digne et belle, sans jamais verser dans un extrême ou un autre. Le deuil, la maladie - rien ne se transforme en image d’Épinal insensée, et même l’amour, tellement difficile à dépeindre sans tomber dans quelque poncif, a été illustré avec grâce. Les personnages s’étudient avant de s’aimer et leur affection mutuelle est méritoire, ainsi, ni baisers langoureux ni scènes de sexe passionnées entre Sam et Andrew ne viendront entacher le film, mais un partage de valeurs immensément important pour les deux personnages unira le couple, entre quelques étreintes et une poignée de baisers sur le front.
Sam apportera à Andrew la considération et l’acceptation de la faiblesse et du ridicule. Elle lui tirera la tête hors de l’eau d’une façon fondamentalement humaine, sans s’adonner à des envolées héroïques factices. Elle fait seulement ce qui est dans la mesure de son personnage, et c’est tout-à-fait suffisant.
Nous assistons donc à une belle leçon d’amour entre les deux protagonistes qui se sont trouvés et qui s’explorent dans leurs failles et leurs échecs avec beaucoup de respect.





Ce film a été à mes yeux, d’une beauté déconcertante.
Il arrive et sans une once de prétention à capturer des instants cruciaux, à nous amener à nous débattre dans le mal-être profond et jamais caricatural d’une douleur indicible, toujours ravalée.
La dépression n’est plus un concept ici, elle est réelle. Elle n’arbore pas de couleurs tristement froides, ne s’étale pas en clichés qu’il aurait été facile de maquiller sous le prétexte vulgaire d’un film pour « vingtenaires en crise ». Jamais Garden State n’empruntera un ton docte, moralisateur ou pseudo-philosophique.

Mes premières craintes se sont vite éclipsées : j’avais peur de voir 1h40 d’agonie morale où un pauvre homme se lamente sur sa vie, ses mauvais choix et ses relations complexes afin de transformer les spectateurs en psychiatres/confidents par défaut. Une nouvelle fois tout en nuance, il est question ici d’un malaise récurrent, quasi-vertigineux, mais non intrusif. Andrew est lézardé de toute part de culpabilité, groggy par les médicaments, détruit par la mort de sa mère, mais jamais il ne nous prendra à témoin ni n’implorera l’aide de quiconque. Après tout, il intériorise et garde le masque devant ses proches – les spectateurs ne font pas exception, et ne seront donc pas nourris des indécisions (pourtant bien présentes) du personnage.





Garden State, c’est la reprise de la respiration après la crise d’angoisse. C’est un soulagement encore abasourdi, encore un peu sonné, de la vie qui se contraste de nouveau après la léthargie cotonneuse.
Le film est certes maladroit par moments (on peut remarquer une emphase un peu trop appuyée lors d'instants clefs, le discours de Sam sur le fait d’être unique aurait pu être tronqué et un brin plus subtil), des erreurs de débutant tellement minimes que l’on ne peut que les pardonner.
J’avais peur que la présence de Natalie Portman me fasse moins aimer le film, mais malgré la rancœur que je porte à l’actrice, elle incarne très finement le personnage de Sam, rendu magnifique - ceci dit, c'est pour moi plus grâce aux compétences scénaristiques de Zach Braff (réalisateur, scénariste, acteur principal) qu'aux "compétences" d'actrice de Natalie Portman.

Je me dois de faire un bref aparté sur la BO du film, superbement bien incorporée aux séquences, incroyablement forte et émouvante grâce à Iron&Wine, Simon&Garfunkel, Imogen Heap, The Shins et Coldplay, entre autre. Le genre de CD à écouter, en fin d’après-midi d’automne, un thé entre les mains.

Pour finir, Zach Braff, pivot du film, a finalement accompli un de ses rêves en réalisant et en jouant dans Garden State. Ce qui est épatant avec cet acteur, c’est sa façon de jouer avec une justesse énervante mais efficace, des personnages insupportables. Des personnages « à défauts », égoïstes, menteurs, veules, parfois dépressifs, mais qu’il incarne toujours en évitant la parodie et en frappant en plein cœur d'une humanité inexplicable.
Projet très personnel (le scénario est parfois référentiel à des anecdotes de sa vie, la musique a été entièrement déterminée par lui […]), il a su faire de son premier film une réussite totale et ce à tous les plans : généreux, tout en suggestion et en mouvement, simple sans être facile, poétique sans être l’exemple typique du film pour l’onanisme de l’esprit, doux mais certainement pas niais, triste mais jamais mélodramatique, Garden State est une harmonie parfaite de murmures à demi-mots et de cris du cœur : le genre de film qui tient chaud à l’âme, au final.


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The Shins - Caring is Creepy

lundi 26 septembre 2011

Melancholia de Lars Von Trier by Jim

Melancholia aurait pu être le grand gagnant de Cannes, en 2011. Le film avait tout pour prétendre au grand titre : une réalisation exquise, une photographie trop belle pour être vraie, des acteurs grandioses, et un thème tragiquement passionnant. Malheureusement pour Melancholia, le jury a opté pour Tree of Life de Terrence Malick, et le film de Lars Von Trier n'est reparti qu'avec un prix d'interprétation, amplement mérité par Kirsten Dunst, éblouissante, apocalyptique (les mots s'y prêtent).



Le prologue de Melancholia est à la hauteur de celui d'Antichrist : il glace le sang. Alors que le préambule d'Antichrist présentait une narration – un couple en plein acte sexuel qui laisse son enfant sans surveillance-, l'entrée en matière de Melancholia est non-linéaire : il s'agit plus d'une suite d'images sans véritable logique, puisqu'elles trouveront une certaine cohérence à condition de regarder le film. De cette mise en bouche léchée, qui rappelle esthétiquement la photographie de mode, on retient une Kirsten Dunst mélancolique.

Mélancolie, quand tu nous tiens, tu ne nous lâches plus. Kirsten Dunst est Justine, une jeune femme considérée comme brillante par son employeur, comme ravissante et excitante par son époux, et comme énervante par sa soeur, Claire jouée par Charlotte Gainsbourg. Nous explorons le jour du mariage de Justine et Michael : entre les faux-sourires, les apparences, les scènes qui rappellent Festen de Thomas Vinterberg, nous découvrons cette jeune femme forte et fragile à la fois, cette mélancolique Justine qui noie son soi-disant bonheur sous une moue de tristesse effrénée. Entre deux scènes où Justine s'isole pour mieux souffrir de l'absurdité ambiante, il reste Claire, sa soeur, pour s'indigner de la tournure des choses. Attention, il n'y a pas que de la contemplation : il y a des dialogues, mais surtout, des jeux d'acteurs comme on en voudrait plus souvent, menés jusqu'au bout de ce qu'ils ont à offrir. Si Kirsten Dunst subjugue pendant la première partie du film, Charlotte Gainsbourg prend le relais avec beaucoup de doute dans la deuxième. La seconde partie du film est centrée sur Claire, la soeur de Justine, et sur la fameuse planète Melancholia censée frôler la Terre. Alors que Claire ramasse à la petite cuiller Justine – la plus vulnérable des deux en apparence-, elle s'angoisse à propos de Melancholia, cette planète étrange qui pourrait bien entrer en collision avec la planète Terre et détruire l'humanité.

Lars Von Trier a écrit et réalisé un de ses meilleurs films avec Melancholia. Alors que les thèmes de prédilection de ses films sont l'auto-destruction, la malveillance d'autrui et la cruauté des êtres humains (pour résumer d'une façon certes triviale), le réalisateur danois parle dans ce nouveau film d'une maladie qui tue à feux doux et empoisonne l'existence de millions de personnes : la dépression. Le vague à l'âme et la mélancolie sont des « synonymes poétiques » de cette dépression, qui agissent sur le personnage de Justine tout au long du film, de façon exponentielle, pour aller au plus loin de ce qui est permis. Ainsi, dans la seconde partie du film, Von Trier expose le spectateur à la forme la plus dure de la dépression : celle qui laisse apparaître ses malades comme des objets ; des personnes désarticulées incapables de penser, de vivre. Il n'y a plus qu'une enveloppe, l'âme, l'étincelle est partie. La dépression est une forme de mort : c'est sans doute pourquoi Justine semble la plus sereine à l'idée d'une probable collision entre la Terre et Melancholia.
Melancholia est donc le titre idéal pour le film : l'appellation fait référence à la mélancolie qui ronge Justine, et également à la planète qui menace la Terre.
On pourrait même dire que dès que la mélancolie entre en collision avec votre monde, il y a peu de chances que vous en réchappiez : le spleen est une addiction, une drogue dans laquelle on sombre sans chances de trouver un échappatoire. En même temps qu'elle afflige, la mélancolie attire : elle est la beauté. Toutes les oeuvres mélancoliques sont empreintes de quelque chose de si beau qu'elles plaisent. C'est pourquoi Kirsten Dunst étincelle dans l'ombre, incarne une beauté d'une pureté éternelle et séduisante.



Lars Von Trier innove dans le sens où il filme un mariage comme on en avait jamais vu : au lieu de passer le plus beau jour de sa vie, la mariée semble loin, malheureuse, entrain de jouer à un jeu dangereux avec la folie. Comme il s'agit d'un film réaliste d'un point de vue des sentiments et de la psychologie des personnages, le marié n'est pas un crétin fou amoureux de son épouse qui ne se rend pas compte de ce qui se passe. Le jeune marié, Michael, est interprété par l'acteur suédois Alexander Skarsgård, qui oscille entre empathie et lassitude contrôlée. La peine de ce jeune homme face au problème de la femme qu'il aime bouleverse sérieusement. Tout le monde ne peut pas supporter la dépression. Il est difficile de satisfaire quelqu'un qui sombre et se rendre compte qu'on ne suffit pas au bonheur de la personne qu'on désire est une douleur atroce.
Le cynisme de Von Trier s'illustre au travers de certains personnages, comme celui de la mère de Justine et Claire (jouée par Charlotte Rampling), une femme qui ne croit pas au mariage, et qui, ouvertement, critique le choix de vie de sa fille. Stellan Skarsgård (oui, le père d'Alexander dans la vie de tous les jours), lui, se contente d'apparaître dans un rôle de patron aux mauvaises intentions.
Melancholia ressemble aux autres films de Von Trier parce que le film donne une grande importance aux apparences : tout ce qui se passe n'est que façade, voile. Il y a une marge entre ce qu'on voit et ce qui est réellement. Ainsi, Justine paraît la plus sensible des deux soeurs, mais en réalité, les choses sont différentes dès que Melancholia fait son apparition. C'est sans doute cette dualité entre ce qu'on observe et ce qu'on ne voit pas qui rend si passionnant le cinéma de Lars Von Trier : il y a toujours plus en profondeur, il faut gratter pour faire apparaître la réalité.

Melancholia est un grand film, un millésime, certainement un des films à retenir de 2011. Déjà, les performances des acteurs valent le détour ; Kirsten Dunst épouse le meilleur rôle de sa vie, sans doute le plus complexe, et Charlotte Gainsbourg passe de la certitude au questionnement en deux heures riches en émotions. Les seconds rôles sont tous aussi brillants, bien dosés, convaincants : Kiefer Sutherland joue le beau-frère qui ne va jamais craquer, Charlotte Rampling la mère cynique, John Hurt le père fantasque, Alexander Skarsgård l'amoureux éconduit, Stellan Skarsgård le patron pervers. Manuel Alberto Claro est la révélation du film : son travail de directeur de la photographie est tout juste majestueux : entre la couleur chaude de la première partie du film (toujours pour les apparences), et les couleurs presque saturées de la deuxième partie, les images apparaissent avec grâce et splendeur.
Et Lars Von Trier dans tout ça? Il n'a pas menti lorsqu'il a déclaré s'être inspiré du romantisme allemand, puisqu'il utilise la musique de Wagner et offre des scènes de toute finesse et de toute délicatesse du point de vue visuel, rappellant les toiles de Caspar David Friedrich. Son travail de réalisateur est également empli d'harmonie : il filme avec toute la sensibilité dont il peut faire preuve, communique une oeuvre pleine d'émotions, de sensations, d'idées. Chaque plan est là pour une raison et trouve son utilité dans l'impression de vertige qu'il communique.



Melancholia aurait vraiment pu remporter la fameuse Palme à Cannes : sur un décor de fin du monde imminente, la mélancolie blesse une jeune femme, transforme sa vie, sa conception des choses et son appréhension du monde. Une histoire universelle, car, sans mentir, elle pose la question de "qu'est-ce qui en vaut vraiment la peine?".

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The Innocents (1961) by Dylan



The Innocents fut réalisé par Jack Clayton, grand nom de la Nouvelle Vague britannique. Il réalisera, entre autre, Gatsby le magnifique (1974) sur un scénario de Coppola ou encore Memento Mori (1992). Véritable calligraphe de la caméra, il réalise ici un film d'angoisse classique, portant à l'écran un style de personnage que j'adore dans les films du genre: des enfants. D'après Le Tour d'écrou de Henry James, et sur un scénario écrit en collaboration avec Truman Capote. Ce film est considéré comme étant l'un de ses meilleurs (voir son meilleur), et mets en scène une jeune gouvernante (Deborah Kerr) qui se voit confier la garde de deux jeunes enfants d'une famille très, très riche. Les règles sont simples: elle prendra tout en main avec l'aide des auters domestiques, mais elle vivra avec les enfants, loin du maître de maison, et elle ne devra le déranger sous aucun prétexte. Un peu hésitante, elle finit pourtant par accepter, et part habiter dans une immense demeure pour faire la connaissance des deux jeunes enfants: Flora et Miles. Hélàs, elle se rend rapidement compte que les enfants semblent tous les deux avoir deux personnalités: une "jeune" et une plus... vieille. Rapidement, des phénomènes étranges l'amène à penser que la maison serait hantée par un fantôme, voir plusieurs... Elle ne sait alors que penser et essaye de comprendre d'où viennent ces présences et quelles sont leur influences sur les enfants...



The Innocents est un classique du cinéma d'horreur Britannique. Sortit en 1962 (filmé en 1961), il est tourné en 35 mm et en noir et blanc. S'approchant un peu des films étranges à suspens comme Rosemary's Baby, la pression monte tout le long du film sans que l'on sache trop à quoi s'attendre. Il se situe dans l'Angleterre de la fin du 19ème siècle, ce qui donne lieu à de somptueux décors mais surtout de très, très jolis costumes. Mais je vous préviens: il faut voir ce film en pensant à l'époque, ou vous risquez d'être déçus. Effectivement, dans notre monde cinématographique actuel, nous avons l'habitude de sursauter, de voir des fantômes en images de synthèse, en gros: d'avoir vraiment peur. Mais je trouve qu'il est intéressant de voir également ce style de film qui, après tout, était ce qui faisait frissonner les gens dans les années 50-60. Ici, on joue surtout sur la psychologie et sur le fait que nous avons affaire à une gouvernante sceptique, qui n'a pas l'habitude de voir ce genre de choses. Pour moi, c'est un film à voir lorsque l'on aime le cinéma: le noir et blanc ne dérange pas du tout (pour les plus réticents), car les personnages sont peu nombreux et très bien éclairés. Le manque de couleur nous aide également à nous plonger dans l'univers des personnages qui sont, dans un sens, enfermés dans une grande maison. Réel huis-clos, le film devient de plus en plus oppressant jusqu'au grand final: la fin. Il y a un véritable travail de mise en scène, à la fois avec les enfants, mais aussi avec les décors du Château, les statues.... tout. Le point fort du film réside pour moi ici. Dans cette capacité à faire parler les images lorsqu'il est clair que la plupart des personnages mentent. Comme si la vérité sortait du lieu. La profondeur des personnages est également intéressante, personne n'est ce qu'il semble être, et on le comprend, mais on le comprend toujours de façon plus ou moins innatendue. Les acteurs qui font les enfants sont vraiment attachants et flippants à la fois: pari réussi.

Le fantôme principal est assez flippant aussi (okay, okay, pour l'époque), et je trouve ça assez culotté de prendre simplement un acteur et de ne rien ajouter de vraiment paranormal. Juste histoire que l'on se mette à la place de la gouvernante et qu'on ne sache pas vraiment ce que l'on est en train de voir (même si on s'en doute). Personnellement, j'ai toujours aimé les histoires de fantômes, et je trouve que celle-ci est vraiment originale (elle a d'ailleurs été adaptée bien d'autres fois). Il n'y a pas de volonté de faire a tout prix sursauter le public, contrairement à la plupart des films récents. C'est bien plus doux, bien plus réaliste, et surtout, bien mieux amené. The Innocents aurait pu être un film muet tant c'est un film expressif, qui repose essentiellement sur l'expression de ses personnages et l'immense décors. Et pour moi, c'est ce qui fait un grand film: être capable de comprendre l'histoire, même si on enlevait le son. (Mais gardez le, il est tellement classe....)



Les plans sont originaux, décalés, somptueux, et tout ça en format 2.35, un scope vraiment, vraiment très agréable à regarder, et qui colle très bien avec la grandeur des décors et le sentiment d'y être enfermé avec les personnages. A mes yeux, ce film est un chef-d'oeuvre. Lorsqu'on y réfléchit, il n'y a aucun plan inutile, aucune scène en trop. Tout est là pour servir le scénario, et il n'y a pas de superflu. Les acteurs sont parfaits, et on reste plongé dans l'histoire du début à la fin. Il y a, en plus, une musique qui revient plusieurs fois le long du film: une musique enfantine mais qui devient étrangement angoissante lorsqu'elle est liée au film. On l'entend au début, et c'est pour ma part grâce à cette musique que je suis entrée immédiatement dans l'ambiance.. encore une fois, comme dans Rosemary's Baby (1968) de Polanski, qui s'est sûrement inspiré de ce film-ci pour la musique du sien. Pour le reste, je pense qu'il vaut mieux voir le film, même s'il y aurait de quoi écrire des pages et des pages sur chacun des personnages, tant ils sont complexes et intéressants. Et pour le petit côté prestige: le film fut nominé pour le meilleur film britannique, et la meilleure adaptation aux BAFTA Awards. Clayton fut récompensé par le National Board of Review Award pour la direction, Truman Capote reçu le prix Edgar Allan Poe pour le meilleur scénario.

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lundi 19 septembre 2011

The Naked Man, J. Todd Anderson (1998) by Cowboy

Pas la peine de planquer les enfants, The Naked Man, malgré son titre, pourrait être un film famillial. Quoique. Non, en fait, non, éloignez-les, ce film n'est pas pour n'importe qui. Mais il n'y a pas de nudité. Juste un peu de gore. Et quelques idées franchement saugrenues.



Il s'agit du premier (et à ce jour unique) film de J. Todd Anderson. Le nom ne vous dit rien ? Plutôt normal. Pourtant, ce monsieur s'est illustré, entre autres, comme story-boarder des frères Coen depuis Raising Arizona (Arizona Junior, en vf), un film auquel il emprunte énormément à l'esthétique, et même directeur de la seconde équipe sur Fargo. Et, ô surprise, qui trouve-t-on en coscénariste avec Anderson ? Monsieur Ethan Coen. Pour ça que je l'ai acheté. Ça et le casting. Michael Rappaport et Rachael leigh Cook, il ne m'en faut pas plus.

L'histoire est tout simplement démente. Un narco-traffiquant infirme, à l'aide de son acolyte déguisé en Elvis, massacre la famille d'un brillant chiropracteur-catcheur, qui va alors devenir un bien étrange justicier (venu pour rétablir l'intégrité vertébrale de ses concitoyens...). Sur son chemin, il croise une jeune bikeuse qui, à sa manière, va redonner un sens à sa vie. Le tout sous le regard torve d'un inspecteur de police blasé.



Cartoonesque, c'est le moins qu'on puisse dire. L'esthétique est très proche des premiers films des Coen (surtout Raising Arizona et The Hudsucker Proxy/Le Grand Saut), et évoque également Sam Raimi. Le film est très graphique (cf l'ouverture du film), et plutôt bien réussi, dans un style assez old-school (datant de 1998, et pour cinq maigres millions de dollars...). La musique, en partie écrite par Ethan et Anderson, colle parfaitement. Et l'interprétation, Rapaport est magique, et Joe Grifasi est juste parfait dans le rôle de l'inspecteur. Et puis Rachael Leigh Cook... bon, son rôle est un peu trop court pour pouvoir bien en profiter, mais elle est chouette, cette petite. Et puis elle a un tatouage Love/Hate sur les miches, dans le film.
On se poile bien. Définitivement Coenesque. Quoi de plus normal, en même temps ? Même si c'est un peu le même syndrome que Mort sur le Grill (Crimewave, en vo), où la première vision peut laisser... perplexe ? Le genre de film qui peut vous laisser bouche bée tout le long. Un peu comme un bad trip de pillules multicolores doublé d'un écrasement cervical. Mais je dois dire qu'au revisionnage, en sachant à quoi m'attendre, j'ai bien apprécié.



Le film a connu des déboirs terribles pour être distribué, aboutissant malheureusement à un flop assez monumentale, alors, rendons hommage à ce chef d'oeuvre injustement méconnu, et qui a eu la vie dure, parce qu'il est drôlement bien foutu.

En savoir plus : http://www.citypages.com/1999-09-01/arts/good-touch-bad-touch/

Trailer qui spoile à fond. Mais voyez-le quand même, pour avoir une idée du style.

Radio Flyer (1992) by Dylan



Radio Flyer est un film américain sorti en 1992 et réalisé par Richard Donner. Donner, qui s'est fait connaître avec de nombreux films qui sont rapidement devenus des classiques, comme par exemple La Malédiction, Les Goonies ou encore L'arme Fatale. Pour ceux et celles qui ont, comme moi, adoré les Goonies, il y a des chances que vous aimiez ce film. Il est certes moins pour les enfants mais garde cette innocence extérieure et cette ambiance qui montre que ce réalisateur sait ce que c'est que de rêver lorsque l'on est gosse.

Tout commence avec un adulte qui explique à ses enfants qu'il va leur raconter une histoire qui lui est arrivée lorsqu'il était petit. Il leur dit alors : "History is in the mind of the teller" (L'histoire est dans l'esprit du conteur) et leur assure qu'ils comprendront la signification à la fin de l'histoire. Radio Flyer raconte l'enfance de deux enfants, Bobby (Joseph Mazzello) et Mike (Elijah Wood), qui grandissent en compagnie de leur mère et de son mari, "The King", un homme en apparence gentil mais qui en réalité frappe le petit Bobby. Le film se focalise uniquement sur les deux enfants et offre un film léger et rêveur, qui tourne pourtant autour d'un sujet lourd. Radio Flyer est le nom du petit chariot que les enfants amènent partout avec eux. Cela pourrait d'ailleurs être un personnage secondaire. C'est d'ailleurs un vrai chariot qui existait à l'époque. Toujours présent, il représente la joie de l'enfance et le plaisir des choses simples. Mais c'est également une part essentielle de l'histoire, mais si vous voulez savoir pourquoi, il vous faudra voir le film.

En fin de compte, Radio Flyer n'est pas du tout le genre de film auquel je m'attendais. Il a l'essence des films classiques américains, l'esprit des années 90, mais il y a quelque chose d'autre, une petite dimension fantastique, juste assez pour que l'on se sente redevenir enfant, et juste assez pour que l'on se demande si tout n'était qu'imagination. Et pour ça, les 10 dernières minutes de film sont plutôt originales. Le film a beaucoup d'énergie, et est rythmé par la narration de Tom Hanks (Mike adulte). C'est ce qu'on pourrait appeler un film typiquement Américain. L'ambiance, les décors, la narration, tout est fait pour représenter l'enfance à l'Américaine. Ou du moins, l'enfance telle qu'on peut souvent se la représenter. Ce n'est pas un film sombre malgré le sujet, car il est présenté à travers des yeux d'enfants. Le narrateur (Mike vieux) le dit lui-même, l'important, c'est la façon dont on se rappelle l'histoire et comment on la raconte. Et c'est exactement ce que fait le film : il prend une histoire plus ou moins banale et sans surprise, mais y ajoute une nouvelle dimension, celle du narrateur. C'est une jolie démonstration de narration et de son rôle dans un film. Mais c'est un exercice de style qui sert à l'histoire, donc ça marche.



Mine de rien, c'est un film extrêmement bien réfléchi. Les deux jeunes acteurs font un travail remarquable du début à la fin, et il n'y a pas une seule fausse note. C'est clairement bien écrit, avec une mise en scène classique mais qui fonctionne. Un film qui représente typiquement l'image qu'on pourrait se faire de l'enfance lower-class Américaine. Assez pauvre, mais remplie de moments et d'images mémorables, car c'est un film qui se base sur l'imagination des enfants et qui, à l'image, la mélange avec la réalité. Les deux enfants luttent à leur façon contre la violence de l'adulte. A travers leur imagination, mais aussi à travers les films qu'ils voient à la télévision ou les Bd qu'ils lisent, ils tentent tous les deux de trouver une solution. Conscients que les adultes ne peuvent pas les aider comme ils l'aimeraient, ils grandissent à leur façon, tout en préservant au maximum le bonheur de leur mère, lui cachant la vérité.

J'ai énormément apprécié que le personnage du King, interprété par Adam Baldwin. C'est le beau-père des enfants, qui frappe Bobby. Ce personnage est très fort et merveilleusement exploité. Pourquoi ? Parce qu'on ne voit jamais vraiment son visage. Il est toujours caché, tête baissée, ou de profil, dans le noir, etc. Ce choix de mise en scène est intéressant, car il permet aux enfants de rester au centre de l'histoire, mais nous fait aussi comprendre que cet homme est sans identité précise, qu'il pourrait être n'importe qui. Ce personnage a un problème avec l'alcool, et il devient alors violent. Il y a donc essentiellement des plans sur ses mains, car elles sont la cause de tous les problèmes de l'histoire. Il n'a donc techniquement pas de visage, et utilise ses mains pour frapper, pour boire. Il y a même une réplique du film qui va dans ce sens "What he couldn't get his hands on, he couldn't hurt". Mais ce n'est pas un film sur la violence, c'est réellement un film sur l'adolescence. Et même si le King reste présent du début à la fin, il y a bien des histoires parallèles. Le King n'est qu'une ombre qui menace les enfants tout le long du film, c'est l'élément "perturbateur", le conflit intérieur des enfants, et ce qui les pousse à vivre.

S'il y a une chose difficile en cinéma, c'est de faire un film avec des enfants. D'autant plus lorsqu'ils sont les personnages centraux de l'histoire, et qu'on ne voit quasiment qu'eux. Mais sur le coup, rien à redire, le casting est parfait. Elijah Wood est adorable, et on remarque qu'il avait déjà un talent monstrueux à seulement 11 ans. Il avait déjà l'habitude de tourner dans des films, et cela se voit. L'autre enfant est interprété par Joseph Mazello, lui aussi, grand habitué des films, puisqu'il joue depuis l'âge de 7 ans....

Radio Flyer est donc un film que je conseille à tous ceux qui aiment les belles petites histoires qui n'ont pas besoin d'en faire des tonnes ou de tomber dans le mélodrame. On ressort du film avec des belles images et une belle philosophie, ce qui est étonnant vu qu'au fond, c'est un film sur un enfant qui essaye d'échapper à un adulte avec l'aide de son frère. Mais le point de vue fait ici toute la différence. Car en fin de compte, on ne sait pas vraiment ce qui se passe à la fin, étant donné que le narrateur dit lui-même qu'il raconte ça à sa façon, d'après sa vision à l'époque. Et juste pour cette profondeur, je dis bravo.