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lundi 25 avril 2011

Dead Poets Society by Carban

Film sorti en 1989 et devenu culte aujourd'hui, Dead Poets Society a été plusieurs fois récompensé. Titulaire de l'Oscar du meilleur scénario original et du César du meilleur film étranger, son réalisateur Peter Weir nous présente en effet un film fort sur la jeunesse et sur l'importance de vivre sa vie pleinement.



Synopsis

Todd Anderson, jeune adolescent introverti, rejoint la célèbre école de Welton comme son frère avant lui. Lieu d'enseignement uniquement pour garçon, Welton a la réputation de former ses élèves de la manière la plus réputée, au prix d'un enseignement très dur.
Avec ses amis, dont Neil Pery, Knoxe ou encore Charlie, le jeune homme essaye de s'habituer à sa nouvelle vie.
Pourtant l'arrivée d'un nouveau professeur de littérature, ancien élève de Welton lui aussi, John Keating, va complètement changer leurs habitudes scolaires. Ce dernier, professeur passionné, va leur apprendre l'importance du "carpe diem", de vivre le jour présent, en accordant de l'importance à la libre pensée et en la concrétisation de ses rêves.



Analyse

Dead Poets Society nous plonge dans l'univers assez peu réjouissant d'une école privée très dure où tout est surveillé. Comme le montre le discours d'entrée du directeur, l'académie de Welton forme l'élite et on comprend assez rapidement que les étudiants ne vont pas s'amuser. Sentiment partagé par les concernés, lorsqu'ils rejoignent leur dortoir.
Pourtant le film prend une dimension tout de suite plus ouverte avec l'entrée en scène de Robin Williams, qui dès les départ confère au film un intérêt tout particulier dans sa façon d'être et dans ses dialogues. Rapidement ses tirades rencontrent l'oreille attentive des étudiants comme des spectateurs. Sa connaissance de la littérature classique anglaise, l'utilisation qu'il en fait et sa façon de parler captivent.
Si nous suivons davantage le parcours du groupe d'amis dans le film, c'est à mon sens l'interprétation de Robin Williams qui en est indéniablement le moteur et qui rythme la vie des étudiants.

Son interprétation est très juste. Personnage à la fois attachant et paternel, l'acteur est très bien dans la peau de ce professeur et on ressent la passion qu'il a pour son métier. La dimension dramatique du personnage, notamment à la fin du film, est elle aussi poignante, et à l'instar de celui qu'il interprète dans Will Hunting, on ressent le côté passionné de l'homme dans ce qu'il fait, et pourtant on a du mal à cerner le côté plus personnel de sa vie, comme si l'essentiel de son existence était son métier (ce qu'il dit implicitement dans le film).



La bande d'amis est également la force du film. Très diversifiée au niveau des personnages et des interprètes, on s'identifie facilement à eux, et suivons leur année scolaire, ainsi que les 400 coups avec à la fois un certain plaisir et une certaine tristesse à certaines occasions. On peut noter l'apparition de Ethan Hawke dans le rôle de Todd Anderson, mais j'ai trouvé son personnage un peu trop introverti et trop effacé. À ses côtés nous avons Robert Sean Leonard (Dr Wilson), interprète de Neil Perry, plus enclin à profiter de la liberté qu'il peut avoir et d'assouvir sa passion du théâtre malgré l'interdit paternel. Sa rencontre avec Keating est donc une révélation.
Nous pouvons également citer Josh Charles en amoureux transit, ou encore Gale Hansen en tête brûlée complètement décalée, un peu rebelle, mais qui nous apporte certains moments forts du film. Un personnage attachant et drôle.

Ainsi avec des personnages variés, (qui peuvent tomber parfois dans le cliché, mais comment faire autrement), le film nous offre un panel d'acteurs convaincants. Tout au long, la notion de Carpe Diem reste mise en avant et nous suivons les cours de Keating avec plaisir.
Le film traite également du désir d'affranchissement qu'ont les étudiants par rapport à leurs parents qui essayent de tracer leur vie alors qu'ils n'ont encore que l'âge de rêver à leur avenir. Grâce à l'ouverture d'esprit et à la poésie, Keating va leur apporter les clés nécessaires à la liberté de penser et d'agir par eux-même, ce qu'ils vont faire, notamment en bravant les interdits de l'école (exemple flagrant : la création du Cercle).

Avec ce film Peter Weir a pris un certain risque. Il est difficile de réaliser un film qui traite de poésie tout en le rendant intéressant sur la durée. Pas d'action réelle, pas de rebondissement inattendu, le film suit son cours, suit la vie des étudiants, sans pour autant jamais tomber dans les longueurs et l'ennui. La mise en scène est parfaitement maitrisée et nous attendons la suite avec impatience et curiosité. Assumant un certain anti-conformiste, notamment chez son professeur, Weir assure un film pour tous, à la fois émouvant et touchant, et drôle dans des situations inattendues, notamment au sein d'une école ayant ce prestige.
La musique de Maurice Jarre quant à elle est tout à fait dans le ton, très belle, elle assure au film sa force.



Pour conclure, Dead Poets Society est un très bon film, peut-être pas réservé à tout le monde à cause de son rythme assez particulier et de son contexte assez restreint (internat de garçon). Pourtant le long métrage est porté par des acteurs très bons, notamment la prestation exceptionnelle de Robin Williams qui nous montre toute l'étendue de son talent, dans un rôle qui pourtant reste assez simple. Il parvient néanmoins à captiver dès le début du film et à sublimer son personnage.
Bien qu'il ait sans doute un peu vieilli, ce film ne se démode pas et reste un classique du genre, à voir pour sa poésie particulière et son scénario de qualité. À noter que le film a rapporté au box-office mondial 15 fois plus que ce qu'il a couté à la production.

Trailer
Soundtrack - Keating's Triumph
Soundtrack - Carpe Diem

Divers : Est-ce qu'il n'y a que moi que cette phrase du film a "surpris" : voix dure "Asseyez-vous monsieur Anderson !... Répondez à la question monsieur Anderson !"

lundi 18 avril 2011

Master & Commander by Carban

5 ans après le mythique The Truman Show et 14 ans après l'oscarisé Dead Poets Society, Peter Weir revenait en 2003 avec un nouveau film, qui cette fois-ci nous emportait sur les océans du bout du monde.
Avec un thème assez peu utilisé au cinéma et une tête d'affiche comme Russel Crowe, Weir nous promet un grand film d'aventure maritime. Promesse tenue ou non ?



Synopsis

Au début des années 1800, le navire anglais HSM Surprise est attaqué par un navire français, l'Acheron. Le capitaine Jack Aubry, commandant du Surprise décide contre l'avis de son équipage de se lancer à la poursuite de son agresseur à travers tout le Pacifique afin de laver cet affront.
Bien que voguant en mers inconnues et malgré la supériorité de l'Acheron, rien ne pourra faire changer d'avis le capitaine, pas même son fidèle ami Maturin, médecin de bord et naturaliste passionné.



Analyse

Chose frappante chez Peter Weir, et notamment dans ses films d'aventures, c'est la grande qualité dont jouit la photographie. On a pu le voir récemment dans The Way Back et ce n'est pas son précédent film Master & Commander qui déroge à la règle. Et pourtant filmer en mer n'est pas forcément la chose la plus aisée à faire. Pourtant le réalisateur nous ravit avec des images exotiques tout à fait sublimes.
Outre l'image même de l'océan en général, Weir nous emmène jusqu'aux Galapagos et nous fait arpenter un monde intimiste et inconnu et c'est avec l'équipe du Surprise que nous voguons à travers le Pacifique pour en découvrir les secrets et les dangers.
Le film recevra d'ailleurs l'Oscar de la meilleure photographie, récompense largement méritée au vu des images que nous offre le long-métrage.



Et pourtant le scénario lui-même était risqué. En effet, sans aller jusqu'à parler de huis clos, nous ne quittons jamais le Surprise sauf pour suivre les personnages principaux durant une rare escale. Il fallait donc pouvoir traiter un sujet avec peu de marge de manœuvre et rendre un duel sans fin entre deux navires haletant et passionnant.
Cela pourrait marcher facilement dans un livre, mais comme on a pu souvent le remarquer, ce qui fonctionne en littérature ne fonctionne pas toujours sur grand écran. Le film est cependant une adaptation combinée de plusieurs romans de l'écrivain Patrick O'Brian, les personnages de Aubry et de Maturin en étant les protagonistes principaux.
Malgré les difficultés imposées par les restrictions du scénario, Weir parvient à rendre son film intéressant et à nous raconter la vie d'un équipage militaire au début du XIX siècle.
Afin d'y parvenir il n'hésite pas à multiplier les personnages secondaires, se penchant sur certains avec plus d'attention, et c'est ce qui confère au film son attrait.

En effet, outre Russel Crowe qu'on ne présente plus, surtout depuis l'Oscar qu'il a gagné trois ans auparavant, et qui joue toujours à la perfection et sans fausses notes, le film possède de nombreux personnages contrastés, qui permettent de mettre en avant la difficulté de la vie à bord d'un vaisseau de guerre.
Le personnage d'Aubry reste forcement le plus intéressant. Officier au sang froid, courageux, sévère mais juste, intransigeant et borné et qui pourtant est prêt à tout pour ses amis proches. Le rôle a tout de suite séduit le comédien, qui aime les personnages au caractère marqué, et on sent qu'il s'investit comme à l'accoutumé entièrement dans son rôle, prenant possession du capitaine Aubry.
Le second rôle est celui de Maturin, interprété par Paul Bettany, bon dans sa prestation. Médecin fidèle et dévoué, c'est aussi un naturaliste précurseur, en avant sur son temps, qui voit en ce voyage l'opportunité de découvrir de nouvelles espèces animales et végétales. Souvent en désaccord avec Aubry, on ressent la force de leur amitié et de leur loyauté malgré les disputes. Une certaine complicité est présente entre les deux acteurs qui avaient déjà tourné ensemble par le passé dans Un Homme d'Exception.
À noter une apparition de Billy Pipin Boyd.



Les seconds rôles tous aussi présents, permettent de mettre en avant les tensions, les difficultés et parfois l'insubordination qui peuvent naitre dans un lieu isolé. Mais c'est aussi l'occasion de montrer l'entraide et la solidarité dans les moments difficiles. On pourra noter la performance du jeune (au moment du tournage) Max Pirkis qui interprète un jeune officier d'une douzaine d'années, les marins pouvant être très jeunes à l'époque, et qui arrive à tirer son épingle du jeu dans ce monde d'hommes. À noter le côté amusant du gamin de douze ans qui crie et donne des ordres à des marins pouvant être son père.
Le film en général reste très bien interprété et permet de rendre compte du monde marin en général (absence de vent, tempêtes, batailles, blessures, ainsi que de la forte superstition qui l'habite). À noter que les figurants ont été recrutés à peu partout et sont originaires des quatre coins du monde, le réalisateur voulant trouver des visages "d'époque" et non des gravures de mode.

La musique, qui est toujours essentielle dans un film d'aventure, est bien présente et témoigne de la bataille acharnée qui oppose les deux vaisseaux de guerre. Celle-ci, écrite par de nombreux compositeurs, alterne les moments de tension et les moments de détente, durant les escales, ou l'utilisation de plusieurs morceaux de musique classique, notamment durant les repas des officiers du Surprise, afin de donner au film les effets souhaités.

Autre point important du film, le lieu de tournage : le navire Surprise. Afin de crédibiliser son film, c'est un véritable trois-mats qui a été utilisé pour les besoins du long-métrage et qui a été retravaillé pour le rendre le plus réaliste possible aux navires britanniques de cette époque. Ainsi pour en garantir l'authenticité, l'équipe du film s'est largement documentée.
Le seul tournage n'ayant pas lieu en mer a été fait sur les îles Galapagos, fait assez rare, puisque c'est la première fois qu'un film est tourné dans cette région du monde connue pour la diversité de sa faune et de sa flore. Il aura fallu de longues négociations pour que l'équipe puisse recevoir l'autorisation de filmer dans cette zone protégée, mais au final cela nous permet de visiter sommairement ce lieu inconnu.

Le film, outre l'Oscar de la meilleure photographie, a reçu l'Oscar du meilleur montage sonore et avait été nominé pour 8 autres statuettes, notamment celle du meilleur film et celle du meilleur réalisateur.
On peut donc dire que Peter Weir réussit son pari et nous offre un excellent film, malgré des risques de longueurs assez présents.



Pour conclure, Master & Commander est un excellent film, à tous les niveaux. On ne s'ennuie pas, on découvre un univers qui n'est pas souvent traité au cinéma (surtout ces dernières décennies) et le long-métrage jouit d'une attention soignée globale. On retiendra la performance de Russel Crowe qui bien que très bonne, reste en-dessous (selon moi) de celle de Gladiator, mais son personnage reste comme toujours intéressant et comme dans chacun de ses films, il parvient à lui conférer une force de caractère saisissante.
Peter Weir quant à lui rend un bel hommage à O'Brian, décédé quelques années plus tôt et nous livre un film réaliste et fidèle sur le monde de la marine et sur le travail de l'auteur.
Un très bon film d'aventure à voir et à revoir, que je conseille à tous.



Divers : Dans le roman, il s'agit d'un vaisseau américain et non d'un vaisseau français. Cependant quand le film a été réalisé en 2003, la France étant mal perçue aux USA (refus de la guerre en Irak, etc), il a été décidé de changer l'origine du navire. (De nombreux faits similaires se retrouveront dans le cinéma hollywoodien de cette période.)


Soundtrack - divers
Trailer

lundi 11 avril 2011

AntiFa : chasseurs de Skins by Cowboy

Alors que dans l'esprit du grand publique, l'association skinhead et fasciste est quasi-inévitable, que les sociologues se dépatouillent tant bien que mal pour tenter de comprendre les dérives et la récupération politique des petits frères des mods et des rockers, un documentaire a fait grand bruit dans la scène alternative : sorti en 2008, AntiFa : chasseur de skins se démarque des autres documentaires sur le sujet (comme Skinhead Attitude) qui tentent de dédouaner le mouvement skin et d'en montrer la pluralité politique, voire l'aspect apolitique des débuts, par le fait qu'il se focalise sur un seul point de vue, celui des redskins qui, à Paris, au milieu des années 80, se sont lancés dans une véritable guerre contre les Fafs.



Ce documentaire a le bon goût de commencer sur un historique assez bien fait du mouvement skinhead, rappelant avec force détails les origines populaires, l'attrait du reggae et du ska, la rencontre et la distance avec le mouvement punk qui prône des valeurs antithétiques avec l'ordre idéalisé par les skins. Là où ce film commence à provoquer la polémique, c'est lorsqu'il rentre dans les détails de la guérilla boneheads-redskins, en mythifiant les antifascistes. Malgré un certain nombre de précautions, comme la distance avec les idées d'extrême-gauche, pas mal d'anecdotes sont clairement remaniées de façon à créer une aura autour des nettoyeurs des Halles. C'est divertissant, mais le ton manque un peu de sérieux. Si les interviews des membres d'origine (à l'exception, vraisemblablement, des Ducky Boys) sont tout à fait souhaitables, et si certains font preuve de sérieux, d'autres sont clairement là pour se faire valoir (OGKim, pour ne pas le citer). On ne peut que regretter le côté unilatéral de ce documentaire, pourtant bien documenté et qui permet de faire sauter pas mal de clichés sur les neusks. Une réponse de Serge Ayoub, dit Batskin, figure éminemment connue (pas toujours en bien...) chez les skins fascistes, aurait été mise en ligne, et souffrirait du même défaut de partialité, ne devant sa crédibilité (toute relative...) là encore qu'au charisme de son principal intervenant.



Mais pour en revenir à AntiFa, il convient d'admettre qu'avant de sombrer dans la béatification des Red Warriors, le documentaire est très bien fait, tant au niveau plastique (très attrayant, un film de montage tout à fait dynamique), qu'au niveau des informations (qu'il faut juger avec un peu recul, dès lors qu'elles quittent les généralités du mouvement), et même au niveau de la bande-son (Nazi Punks Fuck Off des Dead Kennedys fera toujours son petit effet). Très probablement ridicule pour quelqu'un s'y connaissant un minimum dans la culture skinhead, il est pourtant, de mon humble point de vue, un excellent documentaire de vulgarisation, qui, pour le coup, réussit au moins dans l'objectif qui est de montrer l'envers du décors, la présence d'une altérité aux skins nationalistes, ce que des docus comme Skinhead Attitude ne font que timidement, et montrent dans le même temps le profond engagement antifasciste (SHARP, RASH, et compagnie...), la présence d'une rupture profonde au sein de cette sous-culture, trop souvent associée dans l'imaginaire collectif à la partie la plus diabolisée par les médias.

Le docu en intégralité.

Pour information, le réalisateur, Marc-Aurèle Vecchione, a aussi fait un autre docu auparavant intitulé Writers 1983-2003, sur le monde des graffeurs à Paris, et qui jouit d'une assez bonne réputation.

dimanche 3 avril 2011

Citizen Kane by Carban

Premier long métrage de et avec Orson Welles, Citizen Kane est considéré, encore sept décennies après sa sortie en salle comme l'un des meilleurs, voire le meilleur film jamais réalisé. Rien que cette réputation devrais attirer le cinéphile à regarder cette œuvre majeure du cinéma du début des années 40, et c'est pourquoi après avoir mis un certain temps, je me suis décidé à visionner ce film qui à l'époque a été qualifié de révolutionnaire d'un point de vu technique.



Synopsis

Le film commence sur la mort du magnat de la presse, Charles Foster Kane. Rapidement la nouvelle fait le tour du monde journalistique. On retrace sa vie, décortique son existence. Pourtant un mystère demeure.
Le dernier mot prononcé par Kane avant de mourir est Rosebud, et personne ne sait à quoi cela peut faire référence, pas même ceux qui ont été le plus proche de lui. Qu'est-ce qu'est ce bouton de rose ?
C'est la question à laquelle devra répondre le journaliste Thompson. En rencontrant les anciens associés, femmes, amis de Kane, le reporter va découvrir la vie d'un homme hors du commun, plein de contradictions, sans pour autant pouvoir cerner clairement le personnage, tellement les avis diverges et ne se recoupent pas forcément.



Analyse

Bien qu'acclamé par la critique à sa sortie Citizen Kane n'a pas eu le succès auquel il avait droit, pour la simple raison, que l'histoire de Charles Foster Kane, s'inspire en parti d'un autre magnat de la presse, bien réel celui-ci : William Randolph Hearst, qui n'a eu de cesse de tenter d'interdire le film, notamment à cause de l'expression rosebud qui aurait qualifier le clitoris de sa maitresse : l'actrice Marion Davis.
C'est donc après avoir subit une longue campagne de dénigrement de la part de Hearst, un combat avec sa propre maison de production et beaucoup de fatigue mentale que Welles parvient à sortir son film en salle en 1941.
C'est un film moderne et novateur au niveau de la technique qu'il présente, et si les critiques s'accordent pour en faire l'éloge, le public ne suit pas.
Pourtant Welles a su faire de son film une œuvre de visionnaire comme en témoigne sa caméra sûre et audacieuse ainsi que son système narratif particulier.

En effet, le personnage principal meurt au début du film, et si on a un léger aperçu de sa vie grâce à des documentaires et films d'archive, on va apprendre à connaitre le personnage à travers les yeux de ceux qui l'ont côtoyé de prés, comme ses femmes, ses amis et collaborateurs.
Welles alterne donc entre souvenirs des uns et des autres, et l'enquête de Thompson, et il utilise tous les moyens pour nous plonger dans le passé de Kane. Archives écrites, témoignages etc. et là où le réalisateur fait montre de son génie c'est dans la manière dont il recoupe la narration de son film.
Les témoignages ne sont pas toujours chronologique, certains étant antérieur à d'autres, ou l'un s'enchainant directement à un autre, mais d'un point de vu différent. Welles essaye d'être novateur et confère à la narration de son film une originalité réelle et saisissante sans être brouillon.



On peut également noter l'existence d'un narrateur omniscient au début du film qui raconte l'histoire même du magnat de la presse, ce qui amorce le début de l'histoire. C'est d'ailleurs grâce à ce narrateur que l'on connaitra le fin mot de l'histoire et non pas du fait des autres intervenants internes au film. Le film possède donc une narration fluide et bien suivie, à la fois grâce à l'entourage de Kane qui raconte quel homme il a été, mais également grâce à ce narrateur inconnu, qui nous montre et nous dit ce que l'on n'est pas censé voir ou entendre.

Citizen Kane a également révolutionné la technique cinématographique au niveau de l'utilisation de la caméra. Les plongés et contre-plongés sont très souvent utilisés dans le film, et parfois de manière inattendue et à contre-emploi. (certaines scènes montrant une contre-plongée là où l'on aurait attendu une plongée).
Welles joue aussi énormément avec le champs de la caméra et les plans, mettant ainsi en avant certains éléments du plan, ou s'en servant dans le déroulement de la séquence, changeant ainsi le point du vue ou attirant l'attention du spectateur sur un autre élément.
Le réalisateur aime jouer avec sa caméra comme le montre la première scène du film où la caméra passe à travers une grille et une fenêtre de manière fluide et sans coupure, s'infiltrant ainsi dans une nouvelle séquence sans coupure.



On peut également noter une large utilisation d'effet spéciaux dans le film (chose peu courante pour l'époque), notamment au niveaux des décors, ceux-ci étant souvent fictifs (utilisation de diapo ou de toiles peintes.)
Outre les trucages divers au niveau de l'utilisation de la caméra et de la manière de filmer (jeux de lumières, utilisation de la pellicule...), on peut également noter d'autres montages, comme Kane apparaissant à côté d'Adolphe Hitler sur une vidéo.
Orson Welles n'hésite pas à se servir d'images d'archive pour enrichir son film et son personnage.

Mais Citizen Kane, c'est aussi des acteurs, notamment la troupe du Mercury Theatre (dont est membre Welles) qui permettent à ce film d'être ce qu'il est. L'interprétation de Welles en Charles Foster Kane et s'étalant sur plusieurs décennies est saisissante. Dans le peu de temps que retracent les témoignages, on peut voir l'évolution d'un homme, de son développement et ses contradictions et finalement sa mégalomanie qui n'a pour seule compagnie qu'une solitude presque touchante. Kane est à la fois un personnage détestable et attachant. Mauvais mari, mauvais ami, qui ne veut accorder de l'importance qu'aux apparences, et qui portant aurait besoin de bien plus. Un personnage qui comme le dit son meilleur ami dans le film, demande beaucoup d'amour, alors qu'il en a si peu à donner.
Welles nous offre donc une prestation magistrale. Celle d'un homme complexe et difficile à cerner.
A ses côtés on peut voir de nombreux acteurs qui débutent aux côtés de Welles comme Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Ruth Warrick ou encore Everett Sloane qui nous présentent le personnage de Kane, souvent de manière pathétique, l'étant eux-même d'une certaine façons.
On peut également noter une qualité au niveau des dialogues, certains restant à l'esprit, comme une tirade d'Everett Sloane sur l'étrangeté de la mémoire.



En conclusion, Citizen Kane est un grand film, qu'il faut voir avec un certain recul néanmoins, et qu'il faut replacer dans son contexte. Ce film a 70 ans. Pour beaucoup il peut sembler ennuyant, aspect renforcé par sa forme, qui pourrait ressembler à celle d'un documentaire réalisé à la mort d'un quelconque homme publique. Néanmoins le procédé narratif, la qualité des acteurs, et le déroulement même du film, suffisent à attirer l'attention, sans compter la curiosité inspiré par ce fameux Rosebud dont on peut essayer de deviner la signification mais qui ne pourra que surprendre lors de sa révélation, compte tenu de la vie de ce personnage atypique.
Un film à voir, pour sa réputation, et parce qu'il s'agit d'un grand classique du cinéma, sans compter la parfaite réalisation dont il jouit.
Il est sans doute difficile aujourd'hui de classer ce film, compte tenu du cinéma moderne mais malgré la différence d'époque ce film mérite la place qu'il occupe dans le monde du septième art.



Divers :
- Tout le film repose sur un non-sens très facile et rapide à découvrir.
- Charles Monthy Burns des Simpsons est largement inspiré de Kane (histoire personnelle, son château et la clôture avec le "B" etc.). Le film inspirera la série de Groening à de nombreuses reprises.
- Citizen Kane possède de nombreuses références dans les milieux de l'art en général.

mercredi 30 mars 2011

Saving Private Ryan by Carban

Film de guerre sorti en 1998 et réalisé par Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan a été récompensé à de nombreuses reprises, notamment à la cérémonie des Oscars, en remportant 5 statuettes, dont celle du meilleur réalisateur.
Ce long-métrage de presque 3 heures met en scène Tom Hanks, Tom Sizemore, ainsi que Matt Damon ou encore Vin Diesel.



Synopsis

6 juin 1944. Après des mois d'attente, l'opération Overlord commence et le débarquement en Normandie a lieu. John Miller, capitaine d'une compagnie de Rangers est dans la première vague à débarquer à Omaha Beach.
Après une lutte sanglante et acharnée pour le contrôle de la plage, les Américains prennent pied en France et parviennent à repousser les Allemands hors des côtes.
Cependant après cette difficile victoire, une mission encore plus délicate est confiée à Miller.
Il doit en effet partir à la recherche d'un soldat parachuté derrière les lignes ennemies : James Ryan, afin de le ramener au pays.
En effet, Ryan a perdu ses trois frères à la guerre et le chef d'état-major des armées lui-même, Georges Marshall, désire ramener ce quatrième frère en vie à sa mère.

Commence alors pour Miller et ses hommes une longue quête en territoire ennemi. Mais alors que l'ennemi se fait de plus en plus présent, des questions divisent la troupe du capitaine.
La vie d'un seul homme mérite-elle qu'on lui sacrifie plusieurs autres ? D'autant plus que personne ne sait si Ryan est toujours en vie.



Analyse

Il faut sauver le soldat Ryan marque le spectateur d'entrée de jeu par une reconstitution hyper-réaliste du débarquement allié à Omaha beach. La reconstitution est quasi-historique et le réalisme est poussé à l'extrême, sombrant parfois dans l'horreur et le gore. Néanmoins, comment reprocher à un film de guerre, relatant un évènement historique, de se montrer vrai, bien que jugé cru à sa sortie.
Le résultat est là malgré tout et le spectateur est rapidement immergé dans cette bataille qui semble désespérée. On ressent clairement le coupe-gorge dans lequel se débat l'armée américaine et la caméra parfois subjective renforce encore plus cet aspect. Le mixage et la bande sonore (récompensés aux Oscars) sont d'une grande qualité et la déflagration des obus et des cartouches finissent de nous faire revivre cette bataille acharnée.
Spielberg réussit un coup de maître en tournant l'une des scènes étant considérée comme la meilleure scène de bataille du cinéma par de nombreux magazines. Plus d'un millier de figurants, le double en armes et un total de 11 millions de dollars auront été nécessaires pour tourner ce début de film qui dure pas loin de trente minutes, ce qui pour une introduction s'avère particulièrement long.

Le réalisateur n'a pas précipité sa mise en scène et laisse donc tout le temps nécessaire à son film pour se mettre en place, lui conférant ainsi un grand réalisme et un contexte marquant.



La photographie du film jouit d'une grande qualité, notamment lors de la scène du débarquement. L'image semble assez épurée, très peu de couleurs vives composent la scène. Seul le sang se démarque et cela renforce l'aspect visuel de la mise en scène. La luminosité est assez faible, le débarquement ayant eu lieu très tôt le matin. L'esthétique est très convaincante et Janusz Kaminski sera oscarisé pour son travail à la photographie. À noter également l'utilisation de caméras sous-marines qui enrichissent le visuel du film et le côté réaliste, montrant ainsi que de nombreux soldats sont morts noyés, ceux-ci ne pouvant débarquer sur la plage, ont alors essayé de nager jusqu'à elle, devant supporter la charge trop lourde de leurs équipements ou les mitrailleuses allemandes.

Au niveau des acteurs, on peut noter une grande qualité dans l'interprétation de Tom Hanks qui incarne un capitaine tout ce qu'il y a de plus humain au niveau des émotions. On ne tombe pas dans le cliché de l'officier américain à la grosse voix et au cigare. Il en va de même pour l'ensemble des acteurs constituant la troupe de Miller.
Chacun possède son propre caractère, plutôt bien mis en avant, et ceux-ci rendent bien compte des tensions qui peuvent se développer dans un groupe durant l'exécution d'une mission controversée. Néanmoins ils parviennent à rester solidaires dans l'adversité sans surjouer et stéréotyper le militaire américain en héros.
Tom Hanks est donc bien entouré, principalement par Tom Sizemore qui une fois de plus endosse l'uniforme pour le rôle de dur à cuir qui lui va si bien et par Matt Damon qui, un an après son Will Hunting, passe devant la caméra pour Spielberg, dans le rôle d'un jeune soldat courageux, sans trop en faire cependant. Il rend bien compte de l'esprit de camaraderie qui peut naître entre soldats et son interprétation est bien dosée.



Malgré quelques erreurs techniques (parfois volontaires), Spielberg nous offre une fois de plus un grand moment de cinéma et évoque l'une des plus grandes pages de notre histoire avec réalisme et une certaine neutralité. Il ne cherche pas à enfoncer les soldats allemands et à valoriser l'armée américaine. Il se contente de filmer une histoire, certes plus d'un point de vue que de l'autre, mais sans perdre de vue son objectif principal, qui n'est pas d'encenser les victoires alliées, mais de raconter l'histoire d'un groupe de soldats durant la seconde guerre mondiale et d'en profiter ainsi pour traiter ces évènements qui ont marqué l'histoire.
Un grand film donc, pour trois heures d'immersion dans un des conflits les plus célèbres du vingtième siècle. De plus, venant du réalisateur américain, la bande originale n'est pas en reste, puisque c'est John Williams qui s'y colle pour nous offrir une nouvelle fois une musique sublime qui épouse parfaitement le film. Même si le côté symphonique reste courant dans les films de guerre, l'essentiel est que l'effet soit là et que les morceaux s'accordent harmonieusement avec les différentes scènes et c'est le cas ici et plus encore.
Williams alterne les morceaux très instrumentalisés et symphoniques pour renforcer les moments forts du films et des morceaux plus intimistes pour mettre en avant des moments plus calmes ou qui font monter la tension de l'intrigue. Rien de très novateur en somme, mais la recette marche tellement bien.

Pour conclure, Saving Private Ryan est un excellent film, maintes fois récompensé. Avec un large budget de presque 90 millions de dollars, Spielberg a réussi à rendre son long-métrage grandiose et authentique.
À voir, et je dirais même plus, à voir sur écran géant (comme si c'était facile :p)



Trailler
OST - Omaha beach
OST - Finding pvt. Ryan
OST - Approaching The Enemy
OST - Tu es partout (Edith Piaf)

lundi 28 mars 2011

Black Swan by Jim

Un peu plus de deux ans après The Wrestler, Darren Aronofsky signe son retour avec Black Swan, un thriller psychologique – voire psychanalytique- inspiré du film "Le locataire" de Polanski et de la nouvelle "le Double" de Dostoïevski.



Nina (Natalie Portman), une ballerine de la New York City Ballet Company, commence à perdre la tête lorsqu'une nouvelle danseuse fraîchement arrivée de San Francisco, Lily (Mila Kunis), débarque dans la troupe. La paranoïa s'installe de façon plus intense et plus effrayante lorsqu'elle décroche – pour une raison un peu nébuleuse – le rôle de la Reine des Cygnes dans la nouvelle version du Lac des Cygnes de Thomas (Vincent Cassel).

On a beaucoup insisté – que ce soit dans les reviews ou dans la bande-annonce du film – sur le fait que Black Swan est avant tout une représentation du "double" de "l'autre", des deux faces d'une même personne. Bien entendu, cette vision tient la route : Nina, le personnage principal, est rongée par l'apparition de Lily dans sa vie, à un point frôlant l'obsession morbide et la jalousie.
En devenant la Reine des Cygnes, Nina intègre parfaitement son rôle mentalement, puisqu'elle s'imagine être réellement un cygne, le Cygne Blanc, effrayé par sa rivale noire.

Le film joue énormément sur les contrastes, d'abord sur les zones d'ombres et de lumières : dans la première scène (qui est en fait un rêve), Nina danse en tant que Cygne Blanc, seule, puis, avec Von Rothbart, le sorcier qui l'a transformée en cygne. La scène est faite uniquement d'ombre (noire) et de lumière (blanche), entre les deux tendances, l'une étant le Cygne Blanc, l'autre le Cygne Noir.
Les autres nuances du film sont surtout entre Nina et Lily ; l'une est virginale, pure, vêtue de rose, de blanc, de couleurs douces et pastel, alors que l'autre est passionnée, libre, et habillée de noir.
Des symboles récurrents de ce thème du double/du contraste sont les miroirs : ils apparaissent à de nombreux moments importants du film, pour avertir le spectateur qu'on passe à une scène fantasmée ou non.
Passé un certain moment du film, la grande question apparaît : est-ce que Lily existe réellement ou est-elle le fruit de l'imagination (ou de l'exagération) de Nina?
Cette conception du double dans le film est certes intéressante, mais ne suffit pas à parler de l'histoire, parce qu'au final, ce n'est pas cet aspect dichotomique – très souvent utilisé dans le cinéma par exemple dans Fight Club – qui domine toute l'oeuvre : ce qui transcende le plus, c'est le caractère psychanalytique de l'histoire.



Quand Freud créa la psychanalyse, pour expliquer de nombreux comportements, il recourut aux mythes, qu'il revisita. Black Swan est une relecture de l'histoire du Lac des Cygnes, transposée à l'histoire de Nina : le Cygne Blanc et le prince s'aiment, mais le Cygne Noir, qui ressemble à s'y méprendre au Cygne Blanc, séduit le prince, pour empêcher le Cygne Blanc d'être sauvé par l'amour du prince. Au final, le Cygne Blanc se suicide.
Mais la psychanalyse (du temps de Freud) n'est pas qu'un ensemble de mythes, c'est également une multitude de symboles à interpréter. Et Andres Heinz, Mark Heyman, John McLaughlin et Darren Aronofsky s'en donnent à coeur joie : il y a deux grilles d'interprétation du film : la première est la psychose grandissante d'une jeune femme surmenée, exaltée et rendue folle par le rôle dont elle rêvait, et la deuxième interprétation est la perte de la virginité d'une jeune femme. Le film est entièrement codé sur base de cet évènement : la seule chose que Nina attend, c'est sa sexualité.
Dès le début du film, Nina apparaît comme asexuée : elle est maniaque du contrôle, vit avec sa mère, dort dans une chambre blanche et rose remplie de peluches. Dans la première scène du film où elle rêve de danser le Lac des Cygnes, il y a un sous-entendu sur le désir de la vierge de rencontrer l'homme, le démon, le sorcier, qui va lui enlever sa part de Cygne Blanc, d'innocence.
La seule passion à laquelle s'adonne Nina (et encore, avec une modération virginale), c'est la danse. Après l'avoir engagée pour jouer la Reine des Cygnes, Thomas lui fait même ce reproche : elle n'est capable que d'interpréter le Cygne Blanc, il n'arrive pas à la voir en Cygne Noir (qui symbolise la sensualité, la sexualité). La jeune femme commence à se consumer de l'intérieur, à tomber dans la folie, dans l'attente de l'acte sexuel, qui devrait la libérer, la transformer en Cygne Noir. Et tout au long du film, les signes apparaissent : elle connaît les préliminaires, fantasme sur l'acte, se prépare entièrement pour ce dernier, et attend, n'attend que ça. Bien sûr, la dernière scène du film symbolise parfaitement le passage à l'acte : Nina perd son innocence, sa virginité, son duvet de petit Cygne Blanc, et se transforme en Cygne Noir. Et bien sûr, comme dans toute perte d'hymen, il y a du sang.



Savez-vous que lorsqu'il composait le Lac des Cygnes, Tchaïkovski réprimait ses tendances homosexuelles et qu'on peut objectivement considérer que cette oeuvre parle des désirs interdits, tabous?
Dès la première scène où Nina aperçoit Lily, on peut comprendre qu'il ne s'agit pas que de jalousie, de haine, d'envie, mais également d'un désir foudroyant, fulgurant. Nina désire être Lily, la posséder, la pénétrer, se faire dévorer par elle. Un insatiable appétit pour le Cygne Noir. Le Cygne Blanc veut devenir le Cygne Noir, ne faire plus qu'un avec lui. C'est par Lily que la libido s'empare de Nina.
Outre le symbole de la virginité qu'on aspire à perdre, il y a l'attirance envers quelqu'un du même sexe qu'on essaye à tout prix de refouler. Ce refoulement s'exprime dans la jalousie, dans la peur que Nina éprouve vis-à-vis de Lily.

Black Swan est (peut-être) un clin d'oeil à Hollywood : au début du film, Beth (jouée par Winona Ryder) est la star, la vedette de la troupe : son visage est sur les affiches qui peuplent les murs de la New York City Ballet Company. Après la nomination de Nina dans le rôle de la Reine des Cygnes, Beth est remerciée par Thomas et doit prendre sa retraite à la fin de l'année, ce qui ne se passe pas sans encombre. L'ombre de Beth ne plane plus très longtemps puisqu'elle a un accident de voiture qui la propulse à l'hôpital. Nina, en véritable admiratrice de Beth, est touchée par la déchéance de la femme à qui elle s'identifiait.
Winona Ryder, il y a vingt ans, était une star : son visage était sur toutes les affiches.
Depuis qu'elle a eu, il y a un peu moins de dix ans, des problèmes de cleptomanie, c'est comme si elle n'existait plus pour Hollywood. Dans Black Swan, ce n'est pas la faute d'un trouble psychologique si Beth est rayée de la liste des étoiles, c'est simplement parce qu'elle est "trop vieille", qu'elle "approche de la ménopause" selon quelques mauvaises langues. À Hollywood, les actrices doivent rester jeunes et belles, parce qu'une fois qu'elles sont vieilles, il n'y a plus rien pour elles. Et même si les exceptions existent – Meryl Streep, Annette Bening, pour ne citer qu'elles – il est rare qu'une actrice puisse persister dans des rôles intéressants, dignes d'elle.



Darren Aronofsky a commencé à envisager Black Swan, en 2000. Et pourtant, la production du film ne s'est pas lancée avant 2008-2009. Si Black Swan a eu besoin d'une telle maturation, c'est dans un souci du détail, si précieux à Aronofsky. En plus, Natalie Portman s'est entraînée pendant cinq mois, à raison de six jours par semaine, pendant cinq heures, pour nous faire croire qu'elle pourrait être une vraie ballerine : le résultat est étincelant sur la pellicule : l'actrice, en plus d'être une Nina effrayée/effrayante est une ballerine gracieuse.
Black Swan est un film dans la lignée de Pi (le thème de la paranoïa, des saignements) et de The Wrestler (l'abandon de tout au profit de son art) : les films d'Aronofsky parlent souvent du fait de se sacrifier pour ce qui nous anime, que ce soit bon ou mauvais : dans Requiem for a Dream, les protagonistes se bousillent pour la drogue, dans the Fountain, Tommy ne vit plus que pour trouver un remède pour sauver sa femme plutôt que d'accepter sa mort et de passer quelques derniers moments avec elle. Dans Black Swan, Nina se laisse porter par la perspective de la représentation finale qui importe plus que tout, même si elle peut y laisser sa santé mentale, physique, son âme.
La presse a souvent évoqué le fait que Black Swan est un versant féminin de The Wrestler, ce qui n'est pas faux, mais qu'il faut nuancer : dans Black Swan, Nina est au début de sa carrière, alors que dans The Wrestler, Randy "The Ram" est un has been qui traîne son passé derrière lui. L'autre grande différence entre les personnages principaux est la suivante : Black Swan est une histoire de déconstruction, de perte de soi tandis que dans The Wrestler, Randy est en reconstruction : il se recherche, veut recoller les pièces du puzzle de sa vie. Le véritable point commun entre les films est dans leur conclusion : pour son "art", on peut aller jusque dans la mort, la souffrance n'est qu'un moyen d'atteindre la perfection.

Aronofsky éclipse sa performance de réalisateur fort discutée – à cause de sa caméra qui rend épileptique - au profit de la prestation hallucinée/hallucinante de Natalie Portman : la jeune femme porte sur ses frêles épaules (néanmoins musclées pour le film) le film, transcende parfaitement la schizophrénie, les deux cygnes. Comme il a déjà été explicité dans cet article, Portman ne se contente pas d'offrir une performance d'actrice, mais aussi, une performance de danseuse (qui a été très peu doublée) : un déploiement de grâce, de charme, d'élégance.
Pour revenir à la réalisation d'Aronofsky, elle n'est certes pas agréable, puisque les images bougent à une vitesse ahurissante, ne laissant pas le temps de reprendre son souffle, mais, est néanmoins justifiée : Black Swan est une histoire de fantasme, de désir, de folie, de perte de soi : il est donc légitime que la caméra agisse comme une dératée.

Black Swan est une fable noire bourrée de symboles psychanalytiques, entre réalité et fantasme. Et le meilleur rôle de Natalie Portman.

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lundi 21 mars 2011

Le Vieux Fusil by Jim

Le cinéma français peut se targuer d’avoir dans ses grands classiques un film comme Le Vieux Fusil : une œuvre originale, portée par une interprétation magistrale d’un feu Philippe Noiret au comble de son talent, en 1975.

L’histoire du Vieux Fusil s’inspire d’un fait historique tragique qui a fait plus de six-cent victimes dans le Limousin, en 1944, à Oradour-sur-Glane. Sur base de ce fait, une histoire a été brodée pour permettre au personnage de Noiret de sombrer dans une vengeance aussi glacée que chronométrée : au nom de son amour perdu, Julien, l’homme que Noiret interprète, se prête au même jeu que les nazis : celui de la tuerie cruelle, silencieuse, en apparence arbitraire.



Si cette première approche de l’œuvre cinématographique peut sembler limitée à la modalité du meurtre méthodique, cela ne suffit pas à rendre compte du film, qui, dans son entièreté, respire, pourtant, l’amour, la passion, la tranquillité.
La réalisation mélancolique de Robert Enrico et le montage excellent d’Eva Zora forment un duo formidable qui laisse transparaître cette existence discrète et heureuse d'avant le drame qui renversera tout.
Soulignons aussi le couple touchant formé par Philippe Noiret et Romy Schneider, qui, incarnent à l’écran, avec grâce, et sensibilité les héros tragiques d'une histoire funeste.
Le Vieux Fusil n’est pas qu’une énième histoire sur un drame de la seconde guerre mondiale, et encore moins une représentation de la vengeance chez un homme ordinaire ébranlé par des circonstances extraordinaires : le film est une ode à l’amour, une ode à Clara, la femme que Julien aime de tout son cœur. Attention, le Vieux Fusil n’est nulle tirade niaise sur les pâquerettes : c’est l’histoire d’amour de deux personnes « banales » - dans le sens où il s’agit de deux humains qui aspirent à la paix, le calme, la vie tendre – , malheureusement séparées par des évènements dramatiques et barbares.
Il y a tant d’amour dans le film, que le spectateur se sent lui-même submergé par tant d’émotions, de souvenirs trempés de mélancolie. Il est naturel, sensé, que Julien et Clara seront séparés, leur couple déchiré par un deuil carnassier qui poussera Julien à retrouver le vieux fusil, son vieux fusil, qui lui servira à éliminer chacun des salauds qui l’a privé de sa femme. Dans ces moments de vengeance, de colère, de tristesse infinie, des instants du passé surgissent et rappellent à Julien pourquoi il aimait Clara, pourquoi sa peine est démesurée, et pourquoi il est juste d’annihiler ceux qui – sans s’en rendre compte – ont abattu les murs de son bonheur.

Le film est une succession de dualités : le présent et le passé se mélangent constamment ; on passe de l’un à l’autre, d’une façon logique et structurée qui permet au spectateur de ne pas être perdu dans l’histoire. Le passé se matérialise par l’introspection de Julien, dès le moment où il imagine ce qui a pu arriver à sa bien-aimée. Le massacre qui prend suite dérive donc de l’imagination de Julien : Julien se représente, difficilement, tragiquement, ce qui a pu arriver à Clara.
Et du cadavre de Clara éclot le souhait de retrouver le vieux fusil. Mais à chaque mouvement, à chaque étape franchie, à chaque nazi tué, Clara apparaît. L’observateur externe rencontre, au début du film, en chair et en os, vivante, étincelante, Clara, qui s’anime, et qui se perd sur un arrêt sur image horrifique, avant de se réanimer, sous nos yeux ébahis, en souvenir ensorcelant, rappelant que la vie vaut la peine d’être vécue. Même dans l’absurdité de la situation – le massacre du village, de sa fille, de Clara – les images qui hantent Julien suggère que sa vie valait la peine d’être vécue, d’être consommée, d’être exaltée : à chaque coup de feu, c’est une preuve de plus qu’on a pris à un homme ce qu’il avait de plus cher : l’amour, la tranquillité.
Le tranquillité disparaît le temps d’un instant dans la vie de Julien : le temps de prendre les armes. Et finalement, elle ne se dévoile que dans des séquences souvenirs. La première image et la dernière image du Vieux Fusil sont un clin d'oeil à cette tranquillité, à ce bonheur incommensurable qu'un homme a perdu : sa femme, sa fille, leur vie de douceur, de tendresse, de calme, de bonheur. Adieu le bonheur.

Un mot peut résumer le film : Passion. La passion qui commence le jour de la rencontre entre Clara et Julien, et qui prend toute sa signification quand Julien, après avoir pleuré, et cassé quelques objets se reprend et s'abandonne à la vengeance. Nous ne quittons jamais cette passion, cette flamme éternelle qui anime l'être de Julien. Même si le personnage semble nonchalant, il est véritablement exalté par ce coup de foudre qui l'a transformé en l'époux de Clara.



Le Vieux Fusil est un film qui emporte, qui ne laisse pas de répit, qui se savoure tristement. Certaines images sont très dures, et on ne peut qu'acclamer l'ingéniosité de l'équipe des effets spéciaux, qui, pour un film des années septante, a fait dans le réaliste.
Du point de vue des acteurs, Philippe Noiret fut couronné d'un César pour son interprétation magistrale, détonante de Julien. Romy Schneider est divine, son léger accent allemand lui donnant un petit charme exotique, alors que son visage est d'une beauté resplendissante, naturelle, douce. La voir à l'écran fend le coeur tant le personnage de Clara est une mine d'or, un mystère, une déchirure intérieure qui ne laisse pas indifférent. La cerise sur le gâteau de ce chef d'oeuvre du septième art est la musique inoubliable composée par François de Roubaix, entre mélancolie et bonheur. Une ode à la tranquillité loin de l'horreur de la guerre, à l'amour simple mais passionné, à la vie.
Parce que même si le Vieux Fusil est une histoire de morts, c'est également une ode à la vie, au plaisir que procure l'amour, l'être aimé.

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