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vendredi 8 octobre 2010

Mulholland Drive de David Lynch (2000) by Symbol

Encore une fois, je dois prendre le clavier pour défendre un film traîné dans la fange par la mascotte qui se permet des ignominies sans nom (si, puisqu’on les désigne par « ignominie », elles sont nommées). Imaginez mon courroux ! Le voilà m’obligeant à produire des articles et à revoir des films afin de mieux les défendre, alors même que vous savez tous que c’est pour moi un effort que je ne souhaite pas faire en temps normal.

Petit résumé rapide pour personnes refusant d’en savoir plus sur un film estampillé David Lynch :

Sur la route de Mulholland Drive, à Hollywood, une très belle jeune femme brune vient d’échapper à un assassinat grâce à un accident de la route tuant ceux qui la menaçaient. Blessée et amnésique, elle se réfugie dans un appartement occupé par Betty. Toutes deux vont chercher à trouver l’identité de la jeune femme.
En parallèle, nous suivons également les péripéties d’un jeune réalisateur en proie avec la mafia qui veut lui imposer une actrice nommée Camilla Rhodes comme premier rôle pour son prochain film.

[Ceci était un résumé assez honteux et approximatif du début, mais il est difficile d’en parler sans trop dévoiler l’histoire. Vous pourrez trouver ci-après une argumentation en quatre points visant à démonter le troll de la mascotte.]

1/ La discrimination, c’est moche

Tout d’abord, je sais pourquoi DDYDLS n’aime pas ce film. Tout tient au générique du film. En effet, le premier nom d’acteur qui apparaît à l’écran est Justin Theroux, interprète du jeune réalisateur talentueux Adam Kesher. Or, nous savons tous que la mascotte éprouve une profonde haine à l’égard des roux. Nous sommes donc en droit de penser qu’il n’a pas regardé le film, l’arrêtant directement après avoir vu apparaître à l’écran ce nom « Justin Theroux ». C’est déjà très moche.


2/ Pointer sur un détail, c’est moche

Fort heureusement pour lui, quelque individu a tenté de lui parler du film et aura relevé un détail du film, la scène durant laquelle une actrice se masturbe, ce qui a permis à la mascotte de pouvoir dire sans sourcilier « Lynch avait envie de voir une actrice se masturber. » Alors non, non et non. Le film ne peut pas se résumer à cela, c’est assez anecdotique d’ailleurs, cette scène. Personnellement, je ne m’en souvenais pas vraiment, quand j’ai lu ses vilains mots, je me suis dit « ha oui, c’est vrai qu’à un moment, y’en a une qui se masturbe », mais bon, c’est loin d’être essentiel, c’est également loin d’être provocateur. Je ne vois pas pourquoi on devrait s’y attarder.


3/ Ne pas savoir de quoi on parle, c’est moche

a/ C’est vrai qu’au début, c’est pas facile

Sa deuxième critique concernait la manière de mener la narration « alors oui, j’ai fait un rêve étrange, je me suis réveillé, j’ai joué au cadavre exquis ». Là, on sent qu’on lui a super mal expliqué le film. Déjà, je le répète, pour ne s’en tenir qu’à la masturbation, son interlocuteur était naze, mais après, pour le cadavre exquis, c’est encore pire.
Certes, à la première vision du film, il est difficile de comprendre l’intérêt de l’agencer de la sorte. On découvre les histoires entremêlées au fur et à mesure et au bout de deux heures, alors que les personnages changent de nom, de renom et d’intérêt, il est bien difficile de comprendre ce qui s’est passé et où Lynch veut en venir. Celui qui ne s’intéresse qu’à la masturbation des actrices dira « ouais ouais, mais c’est du Lynch, il fait toujours comme ça, tu suis une histoire et boum d’un coup, on parle d’autre chose, on change les personnages, ou leur nom, ou ce qu’ils font et on mélange le tout et hop c’est le générique de fin et j’ai rien compris, sauf qu’à un moment, il y a une actrice qui se masturbe. Et les autres, ils disent que c’est génial. »


b/ Agencement et cohérence

De tous les films de Lynch que j’ai vus (j’en ai vu quatre ou cinq je crois), Mulholland Drive est celui qui me paraît le plus crédible et probant en terme de narration (exception faite de Blue Velvet qu’il faut que je revoie). Ce film est très travaillé et rempli de clés de compréhension. Seulement, comme je le disais plus haut, il faut le voir plusieurs fois pour bien cerner pourquoi il s’articule de la sorte et où Lynch veut en venir. La narration est parfaitement chronologique, la première partie est plus longue et plus lente parce qu’elle tient de l’illusion, du rêve. Ensuite, revient la réalité, les flash-backs (le personnage se souvient, le flash-back intervient en souvenir, il est cohérent en chronologie), qui aident à comprendre le personnage principal et ce qui lui arrive, et les hallucinations, qui permettent de cerner ses difficultés et son issue. Si ça peut s’apparenter au début à un cadavre exquis, il n’en est rien. Le scénario est bien travaillé et cohérent dans l’ensemble et les détails comptent pour éviter les incohérences. En le visionnant une nouvelle fois hier soir, je me suis demandé si le film serait aussi limpide s’il avait été organisé autrement, c’est-à-dire en nous donnant d’abord les évènements présentés en flash-back, puis le rêve et enfin l’issue finale. Il aurait certainement perdu de l’intérêt, mais, de plus, il n’aurait pas été plus clair, je me demande même s’il n’aurait pas gagné en lourdeur — chose à proscrire puisque ça peut paraître déjà assez lourd comme ça. Et comme certains films parodiques peuvent parfois être bourrés de petites références et clins d’œil qu’on découvre à chaque visionnage, Mulholland Drive est bourré de clés de compréhension du personnage principal. Sauf qu’ici, on ne rigole pas en disant « ha ouais tiens, ha ha ha ha » mais on se dit « ha ouais, mais il en a mis, mais carrément partout ! » (je pense notamment aux chansons sur le tournage de The Story of Sylvia North).



[interlude sans rapport avec le film pour vous détendre]



[Illustration de la flotte de l’amiral Nelson lors de la bataille de Trafalgar]



c/ Redéfinition du concept de cadavre exquis

Comment pourrait-on exploiter le concept du cadavre exquis au cinéma ? (si ça n’a pas été fait)
Il faudrait proposer des personnages avec des noms et des situations. Et avoir plusieurs scénaristes, disons trois tiens, pour correspondre aux trois actes de La Poétique d’Aristote (que je n’ai pas lu, mais c’est toujours bien d’en parler, surtout quand on défend Lynch). Un premier s’occuperait de faire débuter le film, d’installer les personnages, de planter le décor et finirait par l’événement qui bouleverse la vie des personnages. Le deuxième scénariste pourrait lire la dernière page de son prédécesseur et continuer l’histoire, sans lui donner de dénouement qui serait défini par le dernier scénariste.
C’est très simplifié, mais je ne vais pas m’attarder dessus, de toute façon, trop long pas lu, je connais.
Est-ce que dans Mulholland Drive, nous avons des personnages dont les noms et les situations sont clairement définis ? Non. Les personnages, si on les associe à un visage, changent de noms (pour les plus importants, Adam Kesher excepté) après deux heures de film et changent également de situation. Tout est rebalancé et déjà, là, nous ne sommes plus dans le cadre d’un cadavre exquis. Ensuite, il n’y a qu’un seul scénariste, Lynch ne peut pas jouer tout seul au cadavre exquis, c’est de la triche. Par ailleurs, si je reprends l’histoire d’Aristote et des trois actes, justement, Lynch ne suit pas vraiment La Poétique puisqu’on apprend l’incident déclencheur à la fin du film juste avant le dénouement (ce qui nous oblige à le revoir et ça, je suis sûre que c’est ce qui t’énerve le plus, DDYDLS).
Enfin, l’argument du cadavre exquis est invalide puisqu’à la base, c’est un exercice très intéressant et son film (qu’il aurait donc coécrit sinon c’est de la triche je le rappelle) aurait gardé beaucoup de valeur puisqu’il me semble être de ceux à qui on pourrait confier la tâche de produire une œuvre basée sur ce concept.

d/ L’anecdote qui tue (et qui menace)

Enfin, pour finir de convaincre la mascotte qu’il ne s’agit pas d’un cadavre exquis, j’ai un argument implacable. Il y a quelques années, j’étais très intriguée par une fonction de mon logiciel de lecture de DVD : le shuffle (ou random, ça dépend du logiciel ou du lecteur). J’avais donc expérimenté cette fonction avec ce film, Mulholland Drive, pour voir s’il pouvait être apprécié en diffusant les chapitres aléatoirement. La réponse fut « non », ça ne ressemblait à rien (et ne dis pas que le film ne ressemble déjà à rien en temps normal sinon, je t’oblige à le visionner d'abord dans l'ordre puis en aléatoire). Bon certes, normalement dans un cadavre exquis, il faut un minimum de cohérence dans les articulations, mais au final, la plupart des gens qui font des cadavres exquis sont assez mauvais pour qu’à la fin, cela ne ressemble à rien, dans quelque ordre que ce soit. Et puis, cet argument implacable valait juste pour l’anecdote d’avoir regardé le film en shuffle et la menace proférée entre parenthèses.


4/ Sans aller chercher si loin

Alors évidemment, les symboles oniriques, la recherche des clés de compréhension, l’obligation de le regarder plusieurs fois, de rester attentif, de se souvenir, ça fait un peu mal à la tête et parfois, on se pose devant un film pour rigoler, admirer, oublier de réfléchir.
C’est tout à fait faisable. J’aimerais vous parler de son côté esthétique, des couleurs, de leur expression, mais je m’aventurerais en terrain glissant. Je dirai juste qu’il est très agréable à regarder parce que les images sont belles. Et ce sera sûrement mon argument le plus moche.
Ensuite, certaines scènes sont assez drôles et très rafraichissantes. J’aime particulièrement le passage avec le tueur maladroit (que je n’explicite pas pour ne pas gâcher la scène à l’improbable lecteur que mon article aurait pu convaincre de visionner le film) ou celui traitant de l’arrivée du réalisateur chez lui et découvrant les activités de Gene le nettoyeur de piscine (et sa splendide coupe de cheveux qui ne le rend pas moins attachant d’ailleurs). Ces scènes sont bien plus marquantes que la fameuse scène où l’actrice se masturbe.
Enfin, la scène où le jeune homme raconte son horrible rêve est également très touchante et m’a mise très mal à l’aise (tiens d’ailleurs, c’est peut-être à cette scène que tu fais allusion quand tu dis « oui alors j’ai fait un rêve étrange et puis je me suis réveillé, nianiania »). Mon malaise provient bien entendu de l’empathie pour ce jeune homme, sans entrer dans l’importance de la scène pour la compréhension du film, j’ai eu l’impression de vivre à sa place sa terreur. Au-delà de ça, j’ai trouvé l’acteur très énervant, il avait quelque chose dans sa manière d’être de très énervant et c’est très énervant de se sentir proche de quelqu’un qui nous énerve, et mesurez l’importance de mon énervement à la redondance du mot dans ma phrase (enfin peut-être joue-t-il simplement très bien, peut-être doit-il avoir l’air énervant pour justement plus nous marquer, un peu comme Frédéric Moreau, le héros de Flaubert).


Mon argumentation s’achève ainsi. Je tiens à dire que j’ai beaucoup souffert pour rédiger cet article, je pense que ça se perçoit dans ma manière d’écrire. Je remercie Wayne et Blondin pour leur soutien sur le wall. Et je réitère ma menace située un peu plus haut dans le texte et qui peut être valable pour tous et sur n’importe quel film alors méfiez-vous.

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