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vendredi 8 octobre 2010

Enter the Void de Gaspard Noé (2010) by aivi

Enter the void....

Comment vous dire.....





Pour résumer sans répéter Gna mais quand même un peu, le film tourne autour d'Oscar, jeune junkie qui après un trip et quelques réflexions sur la vie, la mort, et la vision tibétaine de la chose, se fait aérer la cervelle à cause de ses magouilles de deal. Une fois mort, on suivra les errances de son âme qui aura du mal à lâcher sa sœur, Lynda, le tout au travers de flashback et autres états de conscience.



Dans le cas de Gaspard Noé, ses films se suivent et se ressemblent dans leurs qualités comme dans leurs défauts. Et parfois même, les défauts semblent devenir de plus en plus conséquents.
Déjà, commençons par les bons points de ce film. Parce qu'il en a. Pas beaucoup et largement dans l'ombres de gros défauts quasi imbuvables certes, mais quand même.

Le générique de début regroupant celui de la fin. Un montage en effet rapide, violent, brutal, jouissif. Pour tous ceux qui ne sont pas épileptiques et qui donc ne seront pas en train de se faire évacuer, sachez que c'est un des moments les plus intenses du film. Si, si, profitez-en, ça sera rare pendant les 2h30 qui vont suivre. D'ailleurs, il ose même nous donner de faux espoirs avec l'annonce dans la bande son de grands groupes du début de l'indus période 80 comme Coil ou Throbbing Gristle. C'est un leurre mais j'y reviendrai.


Ensuite, pour un film qui se veut immersif, le choix de la caméra subjectif est non seulement logique mais tout à fait bien senti et travaillée, que la caméra soit placée derrière le personnage pendant les flashback ou carrément introspective dans les errances de l'âme. Cette technique amène une fluidité qui accentue la beauté de certaines séquences réussies. Bref, un choix pertinent qui avait fauté à plusieurs reprises dans Irréversible.
Et rappelons qu'à la base de ces scènes très belles, il y a la photographie de Benoît Debie, qui ne cesse de s'améliorer et d'expérimenter après irréversible, et Vinyan.





Et pour finir, le trip du début. Un film qui se revendique psychédélique se doit d'avoir la séquence d'animation "psyché" justement. Et là, on se retrouve face à des hallucinations kaléidoscopiques absolument magnifiques et réalisées par le même studio qui avait fait celles de Jan Kounen dans BlueBerry,(le nom du studio m'échappe, toute mes confuses).
Bref, sur ce point, Noé dépasse de loin Kounen (même si c'est le même studio en fait) qui avait lancé la vague, et nous offre une séquence que je ne refuserai pas de voir en boucle car pour le coup, magnifique, vraiment immersive et physiquement entraînante (surtout si comme moi, vous êtes myopes et astigmate et que vous oubliez vos lunettes, vous aurez des effets d'optique qui vous donneront carrément l'impression que vous bougez autour de l'image.)



Voilà pour les qualités. Maintenant passons à ses défauts qui m'ont fait quitter la salle heureuse que ce soit fini mais en répétant inlassablement "mais quel film de merde":
Le script, le montage, la réalisation qui vous fait passer pour un con, la bande son, les personnages,et le jeu d'acteurs. Rien que ça.

Durant les quinze premières minutes du film, grossièrement jusqu'à ce qu'Oscar meurt, le film est intéressant, et entraînant dans la découverte de cet univers. Même si on se dit que quand même, Nathaniel Brown à le charisme d'une huitre alors que pour ce genre de personnage on s'attendrait à voir un acteur qui vous accroche les tripes avec un regard qui en dit plus qu'une description.
Certes, on le voit de dos (voir pas du tout) pendant tout le film donc certains peuvent considérer ce manque de charisme comme négligeable. Hors lorsque l'on dit charisme, on ne parle pas de la plastique physique, la voix en fait partie, elle a même autant de place que le visage pour faire passer les émotions. Vous imaginez bien que dans un film où on ne verra pas l'acteur de face pendant plus de 2 heure, la voix devient le fil conducteur de toute émotion. On se raccroche à ça pour rester plongé dans la tête d'Oscar. Et donc là, rien. Une voix monotone, incapable de faire passer la moindre douleur, le moindre plaisir, un jeu sans finesse sans.... Rien.


Mais tant pis, on pourra peut être se rattraper sur les autres acteurs me direz-vous. Et bien non.

Paz de la Huerta qui joue Lynda, la soeur d'Oscar est grossièrement ce qu'on appelle un bottom-face. Oui, vous avez compris, bilingues que vous êtes, on se rappelle mieux de son cul (par ailleurs très joli, comme son corps en entier) que de son visage passablement vide. Non, vraiment, j'ai beau chercher, je n'ai pas vu d'émotion traverser ce visage un seul moment, malgré ses simulations orgasmiques très convaincantes j'en conviens. Mais de l'émotion, non.
Pas facile avec un personnage aussi mal développé. Noé confond fragilité et faiblesse, femme/enfant avec gamine puérile à la limite du supportable.

Un acteur aurait pu sauver la barque, Cyril Roy qui interprète Alex, l'ami junki d'Oscar, et le seul qui soit non seulement crédible mais attachant. J'aurais vraiment préféré que le film se porte sur lui. Tant pis. Et il est vrai que le choix des plans de caméra n'aide pas la médiocrité du jeu d'acteur. Mais de près ou de loin, la médiocrité reste.



Ah non, je mens pas au sujet de l'affiliation avec les huitres...



La bande son. Déception somme toute personnelle j'avoue. Au lieu de se retrouver avec les groupes qui m'avaient mis l'eau à la bouche, c'est Thomas Bangalter des Daft Punk en charge de tous les effets sonores et transition qui finit par vous faire oublier que la musique électronique, ça peut être autre chose que chiant. Le reste des choix musicaux, je ne sais pas à qui on les doit mais force est de constater que ce sont les pires passages choisit dans un répertoire d'indus pourtant de haute volée. Et forcément, on aura droit à l'Aria de Bach. Ça donne toujours plus de puissance de raconter une histoire vide sur du classique. La culture, 'voyez...


Le script... Ah merveille de ce monde, on aurait pu apprécier la démarche si elle n'avait pas été superficielle. Grossièrement, Noé à réussi à réduire le livre des morts tibétain à "regarde, quand ma bite se transforme en sabre laser fluo, tu peux te réincarner". Il poussera comme dans tous ses films à une subversion qui avait fait les choux gras des critiques lors de la projection d'Irréversible et qu'ici ne restera qu'une vaste blague absurde et inutile.
Autre problème de ce film, un manque totale de confiance dans le spectateur. Certains auteurs vous feront travailler vos neurones jusqu'à en souffrir d'incompréhension ou de trop de possibilités d'interprétation.
Ne vous en faites pas, c'est pas le cas ici. Bien au contraire. On se retrouve face à un réalisateur qui va décider de vous dire et redire, et redire et redire et redire la même chose pour être sur que vous ayez compris. On peut comprendre que la scène violente et dure de l'accident de voiture soit répétée puisqu'il est dans le livre des morts une nécessité de revivre autant de fois que besoin est, ses moments tragiques pour se libérer de la peur qu'ils suscitent. Jusque là, tout va bien.
Mais la répétition de la maman dans la baignoire, ou encore d'Oscar et sa soeur dans le parc répétant inlassablement ce qu'on avait compris du premier coup: les sentiments incestueux du personnage...
Sans compter qu'on avait pas compris non plus le cercle de la vie (la vie, la mort la réincarnation.... en cercle tout ça) donc forcément, un avortement va être nécessaire pour bien percuter tout ça. Avec un magnifique foetus en gros plan.
Non, la subversion qui restera de ce plan, ne sera qu'un arrière goût de mauvais souvenirs de pub anti avortement....

Cette répétition se répercute aussi sur le montage avec une tonne de transitions similaires. Vous l'aurez compris, l'âme d'Oscar vogue et a tendance à rester attachée à sa soeur, mais pas que. Elle erre de pièces en pièces, d'immeubles en immeubles, de quartiers en quartiers.
Pour signifier cette errance, Noé à trouver deux astuces.
La première, les murs de béton. On va en traverser des kilomètres, au final. Entre chaque plan, l'âme navigue et là, on a des murs de béton... Encore. Toujours. Et ça revient. On aurait pu espérer une exploitation intéressante de ce que peut receler justement ces structures, ces réseaux cachés, mais non. Rien. Juste du béton obscur pour passer d'un endroit à un autre.
La deuxième astuce, calquée sur le principe des murs, c'est les lampes. La lumière, c'est beau. A chaque fois qu'Oscar verra une lampe, il se plongera dedans avec un petit trip hallucinatoire puisque c'est un film qui se revendique psyché ne l'oublions pas. Mais échec phénoménal, loin de la beauté de la première animation, cette technique n'a pour conséquence que de nous faire appréhender avec horreur et réticence chaque fois que la caméra approche d'une lampe. Et il y en a des lampes, incroyable ce qu'ils sucent comme électricité ces japonnais!
Toute cette lenteur et cette errance n'est même plus capable de contraster avec la violence de certains passages qui en devient anecdotique.




Et pour finir, le Japon. Parce que je ne sais pas si je l'ai dit mais tout ça se passe à Tokyo, puisque Lynda et Oscar ont émigré là bas. J'aurais pu ne pas oublier ce détail s'il avait eu une quelconque importance mais là, non. Quand c'est pas le Tokyo kawaï, ou kimono, c'est le Tokyo fluo et high tech, une des villes qui ne dort jamais. (pas la peine de dire LA ville qui ne dort jamais, on sait bien que seule Limoge mérite cette appellation!)
Bref, un Tokyo où il n'y a que des néons partout, ce qui aura pour but de laisser le film ancré dans cet œil d'européen qui ne veut pas sortir de son carcan. Pour preuve, les dialogues en japonais ne sont même pas sous titrés, sans doute les protagonistes ne comprennent pas le japonais, ça donne une idée. Quant aux personnages japonnais, ils sont quasi inexistants ou sans importance.
Même si cette foisonnante faune de couleurs (qui n'est pas une mauvaise idée en soi) aide à retranscrire à l'écran les effets du LSD, on aurait pu tourner ce film n'importe où ailleurs, ça n'aurait eu aucune incidence.
Et moi qui avait cru qu'on pouvait pas faire pire que Lost In Translation à ce niveau là.










J'en attendais quand même beaucoup de Noé, et à la vu du générique, je me suis même laissé aller à un certain enthousiasme trop vite éventé.
Tout ça pour vous dire que ce film ne fut pas une révélation pour moi. Tant mieux s'il en fut autrement pour certains mais je conseillerai fortement à tous ceux qui proclament une quelconque similarité entre ce film et un trip de changer de fournisseur, puisqu'en règle générale, on a rarement envie que ça se finisse et on a pas une sensation désagréable de perdre son temps qui dans cette salle de ciné s'écoulait avec une lenteur douloureuse. Et même en cas de badtrip, on se fait rarement chier comme un rat mort, ce qui est le cas avec ce film.

Gaspard Noé est capable du meilleur comme avec Seul contre Tous, mais aussi du pire. A trop vouloir suivre la voie psyché que Jan Kounen commence à tracer, il semblerait que l'on perde Noé qui avait pourtant beaucoup de mérite avec cette idée de départ intéressante et à fort potentiel.


Sans doute n'aurait-il pas du attendre la fin de ce projet pour se lancer dans la pornographie, ça lui aurait évité pas mal de frustrations balancées inutilement et pèle-mêle dans Enter the Void et de rater cette subversion qu'il aime tant et qui aurait pu avoir un réel sens et impact au sujet de la vacuité de la vie des personnages.
Et sans doute devrait-il se concentrer sur son propos et son but, au lieu de TROP s'inquiéter de la compréhension et des interprétations qu'en feront les spectateurs.

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